Quartier Molenbeek, symbole du multiculturalisme belge

Par Dr Mohamed Chtatou

L’islam en Belgique est une religion minoritaire et est la deuxième religion du pays après le christianisme. Le nombre exact de musulmans est inconnu mais diverses sources estiment que 4,0% à 6,5% de la population du pays adhère à l’islam. La première présence enregistrée de l’islam dans ce pays remonte à 1829, un rapport du consul turc à Anvers estimait à l’époque environ 6 000 musulmans. La plupart des musulmans belges sont des immigrants de première, deuxième ou troisième génération arrivés après les années 1960. 

Selon l’étude démographique du sociologue Jan Hertogen, publiée le 18 mai 2016, la Belgique comptait alors 781 887 musulmans, soit 7% de la population. En 2012, la grande majorité des musulmans en Belgique venaient du Maroc (plus de 450 000 personnes avec leurs descendants) et de Turquie (220 000 personnes) dont la plupart étaient des travailleurs immigrés des années 1960.

Il faut, toutefois, signaler que l’Islam est une religion officiellement reconnue par la Belgique.

Islam en Belgique

Les principales vagues d’immigrants en provenance des pays musulmans ont commencé au début des années 60 du siècle dernier avec la signature d’accords de migration avec le Maroc et la Turquie, puis à la fin des années 60 avec l’Algérie et la Tunisie. Contrairement aux Pays-Bas, la Belgique n’a eu aucune relation avec le monde musulman pendant la période coloniale. En 1974, la Belgique a imposé des conditions strictes à l’entrée de la main-d’œuvre étrangère mais est restée l’un des pays les plus libéraux d’Europe en matière de politique de regroupement familial.

Il est difficile de trouver des données démographiques fiables sur les musulmans belges. Le gouvernement ne procède plus à un recensement national et, même s’il existait, aucune question n’a été posée sur l’appartenance religieuse. 

Le nombre de musulmans en Belgique est estimé entre 320 000 et 450 000 environ 4% pour cent de la population totale du pays. Comme dans les autres pays de l’UE, la population musulmane en Belgique est très jeune. Près de 35% des Turcs et des Marocains, les plus grands groupes musulmans du pays, ont moins de 18 ans, contre 18% des Belges natifs. En raison de l’âge et de la répartition spatiale, des proportions très élevées de jeunes dans certaines régions sont musulmanes. Un quart des Bruxellois de moins de 20 ans sont « d’origine musulmane » et en 2002 dans la région de Bruxelles, les noms les plus populaires donnés aux bébés étaient Mohammed et Sarah. 

Les données statistiques de 2003 ont montré une forte concentration de Marocains (125 000) et de Turcs (70 000) avec de plus petits nombres d’Algérie (8 500), de Tunisie (4 000), de Bosnie-Herzégovine, du Pakistan, du Liban, d’Iran, de Syrie et d’Égypte. Selon les statistiques, 113 842 personnes des « pays musulmans » avaient acquis la nationalité belge entre 1985 et 1997. Entre 2003 et 2007, les estimations montrent que ces populations ont presque doublé.

En 2007, le sociologue Jan Hertogen a publié des statistiques indiquant que les Marocains (264 974) avaient remplacé les Italiens (262 120) comme le plus grand groupe d’immigrants en Belgique au 1er janvier 2004. Les Turcs occupaient la troisième place avec 159 336 personnes. La méthodologie d’Hertogen a été critiquée par le Centre belge pour l’égalité des chances et la lutte contre racisme –CECLR- (qui prendra le nom d’UNIA en février 2016), dirigée par Jozef De Witte, parce qu’elle est trop simpliste et conduit à des résultats déformés.

Selon une étude réalisée par ce Centre, le 1er janvier 2005, il y avait 279 180 Italiens et 242 802 Marocains. Le Centre souscrit à l’affirmation d’Hertogen selon laquelle les Marocains constitueront éventuellement le plus grand groupe d’immigrants. 

La population musulmane est concentrée à Bruxelles (20% de la population totale) avec la plupart des autres musulmans vivant dans les zones industrielles du sud francophone. L’agglomération bruxelloise abrite plus de 50% des Marocains. On les retrouve également à Anvers, Liège, Hainaut, dans la région de Charleroi et dans le Limbourg. La moitié des Turcs se sont installés en Flandre, notamment à Anvers, Gand et Limbourg. Ils vivent également dans certains quartiers de Bruxelles (ex. Schaerbeek, Saint-Josse, etc.) et en Wallonie belge dans la région du Hainaut et de Liège.

Pourcentage de musulmans par région

Région 2011 2013 2015
Région de Bruxelles-Capitale 22,4 % 22,6 % 23,6 %
Région flamande 4,5 % 4,7 % 5,1 %
Région wallonne 4,4 % 4,5 % 4,9 %
Belgique 6,3 % 6,5 % 7,0 %

Pourcentage de musulmans dans quelques communes

Commune 2011 2013 2015
Anderlecht 27,6 % 28,6 % 30,2 %
Anvers 16,7 % 17,5 % 18,8 %
Bruges 1,2 % 1,6 % 1,8 %
Charleroi 14,3 % 15,2 % 16,3 %
Molenbeek-Saint-Jean 39,1 % 38,5 % 41,2 %
Saint-Josse-ten-Noode 47,0 % 43,7 % 45,0 %
Schaerbeek 37,2 % 37,1 % 37,3 %
Ville de Bruxelles 29,3 % 29,8 % 31,0 % 

 

Racines de l’islam radical

À une extrémité du quartier de Bruxelles qui sert de siège de l’UE se trouve la station de métro Maalbeek, un train a été bombardé le 22 mars 2016, un crime dont les extrémistes islamistes de Daech ont revendiqué la responsabilité. A l’autre bout de ce quartier, au coin d’un parc calme, se dresse la Grande Mosquée de Bruxelles. Cette mosquée abrite le Centre culturel islamique de Belgique dirigé et financé jusqu’en 2018 par l’Arabie saoudite.

Dans une connivence malheureuse de la géographie urbaine moderne avec l’histoire européenne, l’UE à 28 pays se retrouve à mi-chemin entre le site de cette attaque terroriste et un site culturel que les autorités belges ont impliqué en 2015 dans la propagation de l’islam radical et intolérant.

Il est important de souligner qu’il n’existe aucune preuve établissant un lien entre la mosquée ou le centre culturel et les atrocités du 22 mars 2016 à Maalbeek et à l’aéroport de Bruxelles. Cependant, quelques mois avant les attentats terroristes du 13 novembre 2017 à Paris, qui ont fait 130 morts et étaient coordonnés depuis Bruxelles, il est apparu que le gouvernement belge s’était plaint à l’ambassadeur saoudien des prêches radicaux de Khalid Alabri, le directeur du centre culturel. Il a été démis de ses fonctions, juste après.

Il ne faut pas oublier, pour autant, que l’Exécutif des Musulmans de Belgique (EMB), l’organe qui représente officiellement les musulmans belges, est un organe modéré qui s’oppose avec véhémence au fanatisme religieux. Il considère que l’influence saoudienne sur le centre culturel a été excessive. Il a exprimé sa condamnation sans réserve des attaques terroristes du 22 mars 2016. Pourtant, l’exécutif musulman a été impuissant à arrêter le flux de centaines de musulmans belges radicalisés partis combattre en Irak et en Syrie. Par habitant, la Belgique fournit plus de djihadistes que la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni et tous les autres pays européens.

Comme ailleurs en Europe, le problème en Belgique n’est pas tant les prêches extremistes dans les mosquées que l’effet radicalisant des conflits au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, les tentations du fanatisme en ligne, la mauvaise intégration des communautés musulmanes et les mesures de police et de sécurité inadéquates. Molenbeek, un quartier de Bruxelles qui est densément peuplé d’immigrants nord-africains, a acquis une notoriété mondiale en tant que sanctuaire pour les djihadistes après les attentats de Paris, mais c’était un terreau fertile bien avant cela.

Grande Mosquée de Bruxelles

Il ne fait aucun doute que des attentats du 22 mars 2016 puissent survenir à tout moment dans n’importe quelle ville européenne mais, par contre, les extrémistes ont prospéré à Molenbeek grâce au système de gouvernement très décentralisé de la Belgique ; ses multiples couches d’administration qui se chevauchent ; et ses traditions de liberté civique et d’un état non intrusif. Les services de sécurité du gouvernement fédéral sont sous-financés et manquent de personnel, et la ville de Bruxelles compte à elle seule six services de police, aucun d’entre eux n’étant connu pour son expertise en matière de lutte contre le terrorisme.

L’islam wahhabite est arrivé en Belgique presque après coup, et en partie grâce à un accord conclu en 1967 entre le roi Baudouin de Belgique et le roi Faisal d’Arabie saoudite. En échange de concessions pétrolières favorables, le gouvernement belge a laissé les Saoudiens reprendre un pavillon dans le parc du Cinquantenaire, à côté du quartier européen de Bruxelles. Les Saoudiens l’ont convertie en Grande Mosquée et en centre culturel. C’est un modèle d’investissement traçable dans d’autres pays où les Saoudiens ont injecté des millions de dollars américains dans de nouvelles mosquées, madrassas (écoles coraniques) et centres religieux.

L’histoire de l’islam à Bruxelles et dans d’autres villes belges comme Anvers et Liège concerne également la France, le plus grand voisin de la Belgique. L’impérialisme belge à la fin du XIXe et au XXe siècle a été relativement bref, en grande partie sans gloire et entièrement confiné à l’Afrique subsaharienne. Pourtant, après que la France se soit retirée de ses colonies de l’Afrique du Nord dans les années 1950 et 1960 au milieu d’une tempête de violence, elle a infecté la Belgique avec une partie de cet héritage amer alors que des milliers de musulmans nés en Afrique du Nord et leurs descendants ont quitté les zones industrielles françaises délabrées à la recherche de travail dans les villes belges. Bien qu’elle veuille une main-d’œuvre immigrée bon marché, la Belgique n’était pas préparée aux implications culturelles.

Pendant longtemps, les autorités belges ont adopté une approche de laisser-faire à l’égard des nouveaux immigrants et de leurs perspectives religieuses. L’intégration dans la vie belge à travers la langue, le système éducatif et l’emploi n’a pas été traitée comme une priorité, même après que la guerre civile algérienne des années 1990 a stimulé la montée du sentiment islamiste radical. Maintenant, le peuple belge sait que ces attitudes détendues ont fait naître des intégristes religieux ennemis non seulement de leur pays, mais aussi de l’UE, dont la Belgique est si fière d’être un pays hôte.

Le gouvernement belge a mis fin au bail de 99 ans, sans frais, de l’Arabie saoudite sur la Grande Mosquée de Bruxelles en 2018, craignant que la maison de culte ne soit utilisée pour promouvoir des programmes radicaux. « La concession sera résiliée immédiatement … afin de mettre fin à l’ingérence étrangère dans la manière dont l’islam est enseigné en Belgique« , a déclaré le gouvernement.

Mais avec une inquiétude croissante à propos de l’extrémisme islamique sur le continent, et des informations faisant état de possibles enseignements radicaux et attitudes ségrégationnistes au sein de l’institution, les dirigeants belges ont cherché à mettre un terme à ses liens avec l’étranger.

« De cette manière, nous luttons contre les influences salafistes et extrémistes violentes« , a tweeté le ministre de l’Intérieur du temps, Jan Jambon. La mosquée sera désormais administrée localement : « Désormais, la mosquée devra établir une relation durable avec les autorités belges, tout en respectant les lois et les traditions de notre pays, qui véhiculent une vision tolérante de l’islam« , a déclaré le ministre de la Justice du jour, Koen Geens.

L’Europe a opéré un examen accru des mosquées et de leurs enseignements à la suite d’une augmentation des attaques des islamistes ces dernières années. Des lieux de culte ont été fermés entre autres en France, au Royaume-Uni et en Allemagne.

Islamophobie

Récemment, durant le premier semestre de 2019, un groupe d’élèves du secondaire s’est moqué de l’islam lorsqu’ils ont porté un foulard et une ceinture de suicide tout en imitant le mouvement de la prière islamique. Les étudiants seniors célèbrent traditionnellement les cérémonies de remise des diplômes 100 jours avant la fin de l’année scolaire, a déclaré à l’agence Anadolu Mahinur Ozdemir, un député indépendant du Parlement régional de Bruxelles.

« Cependant, il est scandaleux que ces étudiants aient choisi le thème « Islam et Arabie saoudite » et aient imité des mouvements de prière portant le foulard et des ceintures de suicide, mettant ainsi les musulmans en relation avec le terrorisme ».

Un canal sépare Molenbeek d’une autre partie de la ville, plus prospère [Nick Paleologos / Al Jazeera]

Le principal Jan de Gendt du Collège Paters Jozefieten, l’école catholique de Gand que les élèves, en question, fréquentent, a défendu leurs actions et a déclaré que c’était un événement de divertissement et n’avait pas pour but de provoquer ou de déranger qui que ce soit. Ozdemir a déclaré que les remarques du principal normalisent de tels événements et cela mène à l’islamophobie. « Est-il libre de porter le foulard pour le divertissement dans cette école, alors qu’il est interdit de le porter dans les écoles ? », A demandé Ozdemir.

Il est intolérable que les étudiants portent des vêtements arabes traditionnels et établissent un lien entre l’islam et les musulmans avec le terrorisme et la violence, a déclaré Coskun Beyazgul, chef des affaires religieuses en Belgique. « Ce comportement, qui est incompatible avec la culture de la coexistence et provoque la diffusion d’une perception islamique négative dans le public, est considéré comme une manifestation de discours anti-islamique et haineux », a-t-il ajouté.

Islamophobie en Europe en plein essor

« L’islamophobie est un terreau fertile pour la radicalisation » Le Collectif Contre l’Islamophobie en Belgique (CCIB) a déclaré dans le journal Le Soir du lundi 5 septembre 2016 et qu’une « série d’événements islamophobes durant l’été alimente le climat actuel ». L’organisation est favorable à un plan global contre le racisme et l’islamophobie (haine et préjugés dirigés contre les musulmans et l’islam).

« L’islamophobie est un tremplin pour l’extrême droite et la propagande de l’État islamique. La répétition de ces controverses risque d’entraîner le licenciement des citoyens musulmans », prévient Hajib el Hajjaji, vice-président du CCIB. Il estime que l’islamophobie est un terreau fertile pour la radicalisation. « Si nous voulons lutter contre la radicalisation, nous avons besoin d’un plan global contre le racisme, y compris l’islamophobie », dit-il. Il a ajouté que nous ne pouvons pas « rester indifférents au flot de commentaires racistes sur les réseaux sociaux ».

L’islam a été présenté comme un problème politique en Belgique et la façon dont les musulmans, en particulier en Flandre, sont devenus une menace pour les politiciens et les commentateurs des médias. Les difficultés socioéconomiques réelles auxquelles sont confrontés les musulmans (en particulier ceux d’origine turque et marocaine) sont redessinées comme des problèmes découlant de leur culture et de leur religion. Les agences d’État tentent de façonner l’organisation politique qui représentera les musulmans belges, car la question de l’islam est de plus en plus débattue en termes de « choc des civilisations », et de laïcité, concepts qui sont intimement liés dans le débat public à une Europe chrétienne.

Radicalisation des jeunes musulmans

Les jeunes qui se rendent en Syrie mettent un lourd fardeau sur le dos de leurs familles et leur environnement social, a déclaré Moad el Boudaati, un travailleur social de Vilvoorde, une petite ville près de Bruxelles. Vingt-huit jeunes hommes de Vilvoorde sont connus pour avoir rejoint l’EI – considéré comme le nombre total par habitant le plus élevé de toutes les municipalités d’Europe sur la base du nombre de résidents musulmans. Boudaati a déclaré que chaque jeune musulman de Vilvoorde connaissait quelqu’un qui avait fait partir en guerre en Syrie un membre de sa famille. Son propre meilleur ami y a été tué.

En 2014, Vilvoorde a lancé un projet de lutte contre la radicalisation des jeunes hommes et garçons. Depuis lors, le nombre de départs vers la Syrie est tombé à zéro. Boudaati a déclaré que les personnes impliquées dans le projet ont essayé d’aider les jeunes à trouver du travail et un sentiment d’appartenance en Belgique, ainsi qu’à comprendre le vrai sens du Coran, plutôt que les interprétations salafistes radicales et de nature destructives. « La communauté des mosquées admet ses erreurs », a déclaré Boudaati. « Dans le passé, il ne prêtait pas attention aux besoins des jeunes. Maintenant, ils proposent des cours sur la religion. Si vous admettez vos erreurs, vous pouvez apporter des changements ».

Aucun jeune homme de la ville de Malines, à environ 15 kilomètres de Vilvoorde, n’est allé en Syrie ou en Irak pour rejoindre un groupe terroriste. La municipalité a mis en œuvre ses programmes anti-radicalisation avant toute autre ville de Belgique. « Vous devez détecter les premiers stades chez les personnes qui penchent pour des idées radicales et extrêmes », a déclaré le maire Bart Somers. « Ensuite, il faut trouver des gens en qui ils ont confiance et avec qui ils parlent dans leur milieu. Les gens ne doivent pas être isolés. Le système fonctionne un peu comme une secte, et en effet des efforts sont faits pour isoler les victimes de leurs familles. Nous voulons aider à rétablir un lien avec la société ».

La police fait partie de la stratégie de Malines. Le chef Yves Bogaerts travaille dans un réseau de police communautaire qui tente d’évaluer la sensibilité des gens à la radicalisation. Les agents se rendent au domicile des jeunes jugés à risque ou les transportent au poste pour interrogatoire. « Ce qui nous manque, ce sont des policiers de la population musulmane », a déclaré M. Bogaerts. Il a intensifié ses efforts pour recruter des policiers d’origine islamique. Le programme anti-radicalisation ne se limite pas aux musulmans : la police de Malines est également à la recherche de jeunes risquant d’être recrutés par des néonazis et d’autres groupes de droite.

« Nous devons comprendre que ce n’est pas une bataille contre la religion, mais contre une idéologie« , a déclaré Somers, un officiel de la commune de Malines. « Des dangers se cachent dans tous les coins. C’est une bataille politique entre deux parties : l’une est humanitaire et démocratique, et l’autre est totalitaire. Nous devons nous battre pour les esprits et les cœurs de nos jeunes ».

Somers a déclaré que les mosquées aidaient les efforts de la ville : « Nous favorisons une relation ouverte et confiante ». « Les mosquées de ma ville travaillent dur pour empêcher la radicalisation. Et, surtout, j’essaie de ne pas considérer les gens comme des musulmans mais plutôt comme des citoyens de ma ville », a-t-il ajouté.

Bien qu’aucune autre ville belge n’ait vu un pourcentage aussi élevé de jeunes hommes partir que Vilvoorde, plusieurs n’ont pas non plus réussi à lutter contre la radicalisation comme Malines. Près de 500 Belges sont partis combattre en Syrie pour une partie ou pour une autre, et beaucoup d’entre eux sont revenus – ou ont l’intention de le faire. « C’est un danger, bien sûr », a déclaré Bogaerts. On pense que beaucoup de ceux qui sont revenus se rassemblent dans les grandes villes, comme Bruxelles et Anvers. Des communautés comme le quartier Molenbeek à Bruxelles ont reconnu ces dangers beaucoup trop tard et sont maintenant à la traîne dans la lutte contre le terrorisme. « Il est toujours facile de se cacher à Bruxelles », a déclaré Bogaerts.

Deux ans et demi après le départ de son fils pour la Syrie, Fatima travaille dans des programmes d’anti-radicalisation. « Ce n’est pas facile pour moi », a-t-elle expliqué. Même si elle craint pour la vie de son fils de 20 ans tous les jours, elle veut aussi qu’il sache que ce qu’il a fait était mal – et que ça fait beaucoup mal. Lors d’une conversation téléphonique peu de temps après son départ, elle lui a dit qu’il était presque mort pour elle. « Il a répondu qu’il l’avait fait pour moi parce que, s’il devait mourir, nous nous retrouverions au paradis », a expliqué Fatima. « Je lui ai dit : Je vais personnellement t’emmener en enfer. Dans l’Islam, tu dois obéir à tes parents. Tu me rends très triste »

Le quartier Schaerbeek à Bruxelles

Schaerbeek est presque aussi infâme, ces jours-ci, que Molenbeek, deux districts où M. Abdeslam et son groupe d’adhérents de l’État islamique ont eu l’espace et le temps pour vivre, cacher et fabriquer leurs armes.

Adjacent à Molenbeek, Schaerbeek est plus riche, plus ordonné et plus mixte. Jacques Brel a vécu ici pendant un certain temps, tout comme René Magritte. Le quartier est jeune et aisé et certains le comparent à Notting Hill à Londres. Il a une grande population turque.

La maison où les préparatifs ont été faits pour les attentats de Paris et où M. Abdeslam a cherché refuge pendant des semaines est dans le district turque, qui est plus aisée, et un meilleur endroit pour se cacher.

Bruxelles elle-même est à environ 25% musulmane – 70% sont d’origine marocaine et 20% turque, et les groupes ethniques ont tendance à s’en tenir à eux-mêmes, ce qui les rend difficiles à pénétrer pour les étrangers, comme la police.

L’intégration en Belgique se situe quelque part entre le modèle français, qui place les nouveaux immigrants dans des ghettos de banlieue, et le modèle britannique et américain, qui crée des communautés comme Chinatown ou Little Italy, a déclaré M. Goldstein, chercheur académique. « A Bruxelles, tout le monde vit en ville, et nous avons choisi un modèle de diversité en mélangeant les populations dans les mêmes quartiers ». Mais « nous avons échoué », a-t-il dit. « Nous avons échoué à Molenbeek et à Schaerbeek aussi, pour assurer le brassage des populations ».

« Nous avons des quartiers où les gens ne voient que les mêmes personnes, vont à l’école avec les mêmes personnes », a-t-il dit. « Quel lien ont-ils avec l’ensemble de la société, quel lien ont-ils avec la vraie diversité ? C’est la création du ghetto », a-t-il dit, « et c’est la chose dans notre développement urbain que nous devons affronter ».

Les Juifs ont quitté Schaerbeek et les deux dernières synagogues sont vendues. Au lieu de cela, il y a une sorte d’uniformité ethnique suffocante et insulaire. « Ces jeunes n’iront jamais dans les musées avant 18 ou 20 ans – ils n’ont jamais vu Chagall, ils n’ont jamais vu Dalí, ils n’ont jamais vu Warhol, ils ne savent pas de quoi rêver », a déclaré M. Goldstein.

« Bien sûr, il y a la pauvreté et le chômage », a-t-il dit. « Mais nous ne donnons pas à ces jeunes les clés pour penser différemment, pour sortir des sentiers battus, du petit quartier où ils vivent – cette boîte idéologique, cette boîte aux yeux fermés », ajoute-t-il.

Les racines de la radicalisation

La croissance du radicalisme en Belgique et les risques qui en découlent pour le développement sont liés à un ensemble de phénomènes plus larges qui, dans diverses combinaisons, facilitent conjointement la propagation de l’extrémisme violent et l’intolérance.

Les huit raisons suivantes peuvent conduire à un comportement radical et entraîner une action extrémiste violente :

  1. Le rôle et l’impact de la politique mondiale ; 
  2. Exclusion économique et limitation possibilités de mobilité ascendante ;
  3. L’exclusion politique et la réduction de l’espace civique ; 
  4. L’inégalité, l’injustice, la corruption et la violation des droits de l’homme ;
  5. Le désenchantement des systèmes socio-économiques et politiques ;
  6. Le rejet de la diversité croissante dans la société ; 
  7. La faible capacité de l’état et la sécurité défaillante ; et 
  8. Un changement de culture mondiale et banalisation de la violence dans les médias et le divertissement.

En plus de cela, les gens sont entraînés dans des mouvements radicaux et finalement violents à travers une manipulation réfléchie et des processus de socialisation qui les accompagnent (via les médias, les écoles, la famille, les organisations religieuses et culturelles), et rendu possible par des facteurs personnels, émotionnels ou psychologiques tels que l’aliénation, la recherche d’identité, sentiment d’injustice, perte d’un membre de la famille, mauvais traitements ou emprisonnement antérieurs, etc.). Aussi, lorsque les processus de socialisation visant à favoriser la cohésion sociale échouent, les individus deviennent plus vulnérables et peut être attiré par des croyances et des attitudes plus radicales et violentes.

Celles-ci se sont révélées être de puissants incubateurs de l’extrémisme violent dans les pays développés et en développement, des Somaliens au Kenya et des minorités musulmanes à Paris, Bruxelles et Moscou, aux désenchantés radicaux blancs dans le contexte américain.

Des analyses savantes de la manière dont les individus et les groupes sont cooptés dans l’extrémisme violent ont souligné trois grandes phases : l’aliénation initiale des processus et des institutions qui confèrent une identité ou l’autorité dans une société donnée et l’effort de rechercher une identité différente ; radicalisation ultérieure ; puis transition de la radicalisation à la conduite de violences (souvent massives). Pas tous les groupes ou individus aliénés adoptent des attitudes et des idéologies radicales, et tous les radicaux n’empruntent pas nécessairement la voie de l’extrémisme violent.

Pour la prévention de la violence extrémiste, il est donc essentiel de comprendre les facteurs qui mène d’une phase à la suivante :

    1. Aliénation : l’aliénation peut émerger d’un schéma persistant d’exclusion, d’humiliation, de maltraitance et préjugés envers des groupes ou des individus particuliers par une communauté, l’état et ses institutions ou la société au sens large. Accès inégal – ou recours aux – services essentiels et état de droit par des minorités ou des groupes particuliers pourraient également être un facteur critique. L’aliénation peut émerger de la perception d’insuffisance flagrante au niveau individuel ou collectif résultant de l’incapacité de faire face à des changements sociaux ou démographiques soudains. Dans cette première phase, les relations entre un individu ou un groupe particulier et les structures plus larges de la famille, de la société et de l’état se caractérisent par le retrait, l’anomie, griefs et diminution de la participation politique ou économique.
    2. Radicalisation : à mesure que la frustration et les griefs augmentent, les individus et les groupes commencent à chercher des organisations ou des idéologies qui peuvent soit contribuer à canaliser ces frustrations, soit blâmer les acteurs extérieurs. La radicalisation peut ainsi émerger de l’insuffisance de systèmes de dialogue plus larges, communication et médiation entre les groupes, l’absence d’inclusion et de tolérance au sein de la société et d’une communauté particulière, l’incapacité à contenir les provocateurs et la radicalisation agents et l’absence d’alternatives viables pour une véritable autonomisation tant au niveau personnel que des sphères publiques. L’affaiblissement des institutions de la famille et de la communauté en tant qu’instruments de contrôle joue un rôle dans ce processus. Les recruteurs radicaux concentrent leur attention sur les groupes vulnérables aliénés dans la société, et manipulent leurs sentiments de frustration et de colère. L’extrémisme violent émerge lorsque des comportements radicaux commencent à utiliser la violence comme moyen d’expression.

  • Adhésion à la violence : La phase finale est ce qui sépare les radicaux des extrémistes violents. Les radicaux choisissent la contestation pacifique ou le plaidoyer pour atteindre leurs objectifs ; les extrémistes violents choisissent la violence comme moyen d’imposer leur vision du monde à la société. La violence se déplace progressivement pour devenir symbolique. Meurtre ritualisé, tel que pratiqué par l’Etat islamique, al-Shabaab ou le KKK, devient un moyen de marque et d’inspiration collective. Cette phase représente également l’échec des systèmes d’alerte précoce et de réponse en ce qui concerne l’émergence incidents et signes d’une violence extrême

Que faire ?

L’extrémisme violent est en effet un problème de sécurité. Mais l’approche dure, inspirée uniquement par la sécurité risque d’enflammer l’extrémisme violent. Dans les rares cas où les sociétés ont réussi à limiter le problème, une approche multidimensionnelle a été la clé. Par exemple, l’état et la société civile ont fusionné autour d’une manifestation prospective de l’islam moderne en Indonésie et en Malaisie, ainsi que l’Islam soufi et maraboutique au Maroc qui ont servi de rempart important contre l’extrémisme violent. Dans les démocraties occidentales, les attaques d’extrémistes de droite ont invité la condamnation de tous les horizons politiques alors que les dirigeants ont cherché à réaffirmer la démocratie, les valeurs et les droits de l’homme.

Des solutions durables pour la prévention de l’extrémisme violent nécessitent donc un développement inclusif d’approche ancrée dans la tolérance, l’autonomisation politique et économique et la réduction des inégalités.

Le cadre conceptuel et la théorie du changement définissent douze éléments constitutifs de stratégies interdépendantes pour prévenir l’extrémisme violent :

Les éléments de base sont les suivants : 

  1. Promouvoir un état de droit ;
  2. Amélioration de la lutte contre la corruption ;
  3. Fournir des alternatives socio-économiques efficaces à la violence pour les groupes risque ; 
  4. Renforcer la prise de décision participative et augmenter l’espace civique aux niveaux national et local ; 
  5. Renforcer la capacité des gouvernements locaux en matière de prestation de services et de sécurité ;  
  6. Soutenir des intermédiaires internes pour promouvoir le dialogue avec les groupes aliénés et la réintégration des anciens extrémistes ;
  7. Promouvoir l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes ; 
  8. Impliquer les jeunes dans la construction de la cohésion sociale ;
  9. Travailler avec des organisations confessionnelles et des chefs religieux pour lutter contre les abus de la religion par des extrémistes ; 
  10. Travailler avec les médias pour promouvoir les droits de l’homme et la tolérance ;
  11. Promouvoir un multiculturalisme responsable et dynamique ; et
  12.  Promouvoir le respect pour les droits de l’homme et la diversité et une culture de la citoyenneté mondiale dans les écoles et les universités.

Un officier de police tapote une femme avant de la laisser entrer sur la place où les gens participent à une veillée aux chandelles en hommage aux victimes des attentats de Paris, Molenbeek, Belgique, 18 novembre 2015. AFP

Stratégie

Travailler avec des organisations confessionnelles et des chefs religieux

L’approche reflète une appréciation croissante du rôle unique que la religion, la foi, les communautés et les dirigeants peuvent jouer dans les efforts de développement. La religion est une source de motivation et d’inspiration pour la grande majorité des personnes dans le monde, qui agissent dans un esprit de générosité et de gentillesse.

Les stratégies de lutte contre l’extrémisme violent doivent reposer sur une compréhension nuancée du rôle de la religion, l’idéologie et l’identité et son impact sur les individus, les communautés et les institutions. Il est également important pour contrer le récit croissant selon lequel c’est la religion en soi qui est la cause de la violence. Les chefs religieux portent donc une responsabilité d’aider à prévenir l’extrémisme violent. Dialogues « interconfessionnels » aux niveaux régional et les niveaux mondiaux peuvent promouvoir un contre-discours à l’extrémisme violent, et également développer des niveaux mondiaux qui peuvent promouvoir un contre-récit à l’extrémisme violent, et également développer des mesures plus concrètes aux niveaux local et communautaire qui pourraient être mises en œuvre par le biais de réseaux de religieux.

Travailler avec les médias pour promouvoir les droits de l’homme et la tolérance

Pour contrer le récit des groupes radicaux pour convaincre les gens de rejoindre leurs rangs, une stratégie de la communication doit être proactive, pas seulement réactive au langage séduisant utilisé par les extrémistes. Il faut travailler avec des partenaires sélectionnés pour développer une plate-forme interactive en ligne pour ceux qui préconisent des approches de la créativité pour améliorer l’inclusion, la promotion des droits de l’homme, la cohésion sociale et la tolérance, l’égalité des genres et autonomisation des femmes ; et pour atteindre et engager un dialogue avec les groupes et individus mécontents.

Les voix des femmes, des jeunes et des chefs religieux ainsi que des victimes, des survivants et des rapatriés sont importants dans cette approche. Il faut collaborer avec les médias pour créer des messages de tolérance et de respect de la diversité et de l’égalité des sexes qui peuvent être lancés à la télévision nationale et locale, dans les écoles, les universités, les clubs sportifs et les centres communautaires pour décourager les gens de rejoindre des groupes radicaux ou pour les encourager à se désengager de ces groupes. L’utilité des approches de « marketing social » et des « communications stratégiques » également être examiné pour voir comment l’activisme et la mobilisation pacifiques pourraient être promus comme une alternative viable conduisant à l’autonomisation individuelle et collective.

Promouvoir le respect des droits de l’homme, la diversité et une culture de citoyenneté mondiale dans les écoles

L’éducation joue un rôle clé dans la création de cette éthique de la citoyenneté mondiale. Il est primordial de travailler avec le système éducatif, y compris les écoles religieuses, publiques et privées qui sont directement engagées dans l’éducation des jeunes. De nombreuses écoles religieuses fonctionnent sans réglementation aucune et on ne sait pas toujours si leurs programmes promeuvent la citoyenneté mondiale et le respect des droits de l’homme ou prêchent plutôt le sectarisme conservateur et contribuent à la radicalisation. Les experts ont donc appelé à la normalisation des programmes scolaires (y compris dans les écoles religieuses) pour prévenir la radicalisation des écoliers.

Quel Avenir pour les musulmans en Belgique ?

La Belgique est surtout connue pour ses gaufres délicieuses et pour accueillir la capitale de l’Union européenne. La capitale, Bruxelles, accueille à la fois le gouvernement national et le gouvernement européen. C’est un pays de grande diversité culturelle et linguistique et de vivre ensemble car il se compose de deux parties distinctes. La région nord, la Flandre et la région sud, la Wallonie.

Les deux parties forment une combinaison étrange car elles diffèrent à la fois dans la langue et la culture. En plus de cela, il existe des différences économiques entraînant un flux constant de deniers publics de la Flandre vers le sud. Ironiquement, Bruxelles se trouve en plein milieu de ce pays, ou trône majestueusement le grand frère européen qu’est l’Union européenne.

Pourtant, ce ne sont pas seulement les Flamands et les Wallons qui habitent le pays. De nombreux nouveaux arrivants ont rejoint la Belgique et façonneront son avenir. Mais combien ? Et d’où viennent-ils ?

Le pays compte 11,4 millions d’habitants. Ils ont un taux de fécondité de 1,78, la mère moyenne ayant son premier enfant à 28 ans. La croissance en 2017 était de près de 54.000 personnes. La grande majorité de cette croissance est due aux migrants, avec seulement 9 000 d’entre eux dus à plus de naissances que de décès. Cela laisse 45 000 migrants de plus à entrer dans le pays qu’à en sortir.

Les Belges représentent 75% du pays. Le deuxième groupe en importance est constitué des Italiens avec 4,1%, des Marocains avec 3,7%, des Français avec 2,4%, des Turcs avec 2% et des Néerlandais avec 2%. Les 12,8% restants ont d’autres origines non définies. Comme aux Pays-Bas, les Marocains et les Turcs sont entrés en Belgique il y a des décennies en tant que travailleurs temporaires. Bien sûr, beaucoup sont restés et ont ramené leurs familles au lieu de rentrer chez eux.

Gardez à l’esprit que ces chiffres concernent l’ethnie et non la nationalité. Seuls 10% des personnes vivant en Belgique sont des étrangers dans ce sens, car de nombreux migrants sont arrivés il y a des décennies et ont depuis acquis la nationalité belge. Ces 10% sont ceux sans passeport belge.

En ce qui concerne la religion, le pays est composé à 50% de catholiques romains et 2,5% à d’autres confessions chrétiennes. Il y a 5% de musulmans, 0,4% de juifs et 0,3% de bouddhistes. De plus, 9,2% de la nation s’identifie comme athée et 32,6% n’a aucune appartenance religieuse. On peut voir que le pourcentage de musulmans correspond à peu près au pourcentage de Marocains et de Turcs, bien qu’il se pourrait que le pourcentage de musulmans soit quelque peu sous-représenté car certains n’ont aucune appartenance religieuse enregistrée auprès du gouvernement.

On peut diviser le taux de fécondité des Belges entre celui des musulmans (2,6) et des non-musulmans (1,7), comme sur la base des données de Pew Research. L’argument commun ici est que, bien que le taux de fécondité musulmane soit plus élevé, celui-ci s’adaptera lentement au taux belge. Il est vrai bien sûr que les musulmans n’ont pas un taux de fécondité de 5+ comme certains pays africains. Ils ont un taux de « seulement » 2,6. Néanmoins, l’argument ignore deux facteurs. Premièrement, bien que le taux de fécondité des migrants / musulmans puisse baisser légèrement, on a aucune preuve qu’il tombera aux mêmes bas que le taux de fécondité des Belges natifs. Deuxièmement, étant donné qu’il y a un afflux constant de migrants en provenance de pays à fécondité élevée, le taux de fécondité des migrants est maintenu plus élevé, car ces nouveaux migrants ont besoin de temps pour s’adapter.

Cela signifie qu’on doit pas s’attendre à ce que les taux de fécondité musulmans et non musulmans convergent, il n’y a aucune raison de croire que cela se produira. Comme ils ne convergent pas, cela signifie que la population musulmane est susceptible de croître à la fois en raison de la migration, mais également en raison d’une fécondité supérieure au taux de remplacement. De plus, qu’on peut s’attendre à ce que la population belge d’origine diminue.

Selon Pew, la Belgique comptait 7,6% de musulmans en 2016. Avec une migration nulle, elle devrait atteindre 11,1% d’ici 2050. Avec une migration moyenne, elle devrait atteindre 15,1% d’ici 2050. En cas de migration élevée, le pourcentage de musulmans en Belgique en 2050 devrait être de 18,2%. Près d’un Belge sur cinq sera musulman.

Lorsqu’on parle de musulmans en Belgique, on parle bien sûr de personnes issues de l’immigration. L’islam n’est pas originaire de Belgique et le nombre de convertis est négligeable sur la population musulmane totale. Cela signifie que d’ici 2050, on peut s’attendre, selon le scénario de migration moyenne, à 15% de Belges musulmans et donc à ceux issus de l’immigration. Cependant, on doit ajouter à cela tous les immigrants non musulmans.

Pour conclure

En conclusion, il faut dire que les musulmans s’installent définitivement en Europe, et que la grande majorité d’entre eux veulent vivre en paix en dépit du fait que les politiques d’intégration européenne ont été erratiques et incohérentes et qu’une infime minorité de leurs congénères se livrent à des activités radicales. 

Toutefois, il faut signaler, de prime abord, qu’en plus de la radicalisation confessionnelle islamiste (groupes ou individus à motivation religieuse salafiste ou wahhabite), il existe du côté européen un extrémisme politique (partis d’extrême droite) motivé par le réveil inquiétant du nationalisme blanc à connotation raciste et nazie, tout aussi dangereux et nihiliste, et l’Europe démocratique et humaniste devrait affronter les deux problèmes, sur un pied d’égalité, en asséchant les sources idéologiques d’extrémisme et de racisme

Enfin, il faut souligner que le radicalisme islamiste en Europe reste marginal. Ce radicalisme n’est pas seulement le résultat d’une intégration ratée qui es liée à la rupture identitaire des jeunes musulmans européens, mais aussi à des connexions locales-mondiales et à l’exposition de ces jeunes aux images insupportables de destruction et de violence dans de nombreux pays musulmans, principalement ceux du Moyen-Orient. Que cette violence soit le résultat d’une intervention occidentale, comme l’invasion de l’Irak et des offensives israéliennes à Gaza, ou le résultat de l’agression de régimes musulmans contre leurs propres populations, comme en Irak ou en Syrie, est sans importance et le manque de démocratie dans le monde musulman.

Vous pouvez suivre le Professeur Mohamed CHTATOU sur Twitter : @Ayurinu

Mosquée Yunus Emre à Genk (communauté turque)

Articles du Professeur Mohamed Chtatou sur le sujet :

https://www.eurasiareview.com/08082018-morocco-model-of-moderate-islam-and-intercultural-dialogue-analysis/

http://article19.ma/accueil/archives/118458

http://article19.ma/accueil/archives/119859

https://www.eurasiareview.com/20072018-morocco-land-of-tolerance-togetherness-and-harmony-analysis/

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https://www.eurasiareview.com/21112017-romancing-an-education-that-mirrors-cultural-diversity-content-and-intercultural-outcome-analysis/

https://www.eurasiareview.com/16042017-on-globalization-cultural-diversity-and-education-analysis/

https://www.eurasiareview.com/11092018-challenges-facing-the-muslim-world-analysis/

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https://www.eurasiareview.com/28032017-isis-and-the-globalization-of-terrorism-analysis/

https://www.eurasiareview.com/25042017-the-great-power-play-of-the-greater-middle-east-analysis/

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https://maroc-diplomatique.net/y-a-t-il-espoir-pour-la-democratie-dans-le-monde-arabe/

http://article19.ma/accueil/archives/104173

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Article19.ma

1 COMMENTAIRE

  1. merci le Journal 19 un sujet pertinent objectif merci on t’adore pour ce genre de sujet

    la France elle est sur la même voie , sauf que le France , sa population Maghrébine elle est dominée par les Algériens
    1)1 ier le taux de fécondité en France elle est Maghrébine
    2) 2 ieme taux de fécondité est Africaine

    quant au radicalisme , ce sont les mosquées en france qui excellent dans l’endoctrinement des jeunes AraboMusulmans hélas , et ce sont les Imams autoproclamés , qui dominent la scène

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