Unanimité. « La crise de la démocratie » a été au cœur des travaux, de la 8ème édition de la conférence annuelle internationale Atlantic Dialogues, du Policy Center for the New South, qui se sont poursuivis le 13 décembre 2019 à Marrakech autour du thème : « Le Sud en période de tourmente ».

Ce vendredi 13 décembre, un panel de très haut niveau qui comprenait l’ancien ministre des Affaires Étrangères, Mohamed Benaissa a planché sur une thématique devenue une préoccupation majeure : « La crise de la démocratie », notée par endroits, aussi dans certains pays du Nord que du Sud.

Selon M. Benaissa, « la démocratie est un mot qui fait peur… mais le véritable enjeu c’est la governance ». La corruption est l’un des obstacles qui entravent la bonne marche des institutions dans les pays du Sud, a-t-il ajouté.

Michelle Ndiaye, Directrice du programme pour la paix et la sécurité en Afrique pense que la montée du populisme est l’une des causes de cette crise car estime-t-telle « la démo libérale telle que nous la voyons n’a pas fonctionné dans de nombreux contextes et contextes, y compris en Afrique. Nous devons disposer de freins et contrepoids pour contrôler la mise en œuvre des piliers de la démocratie, mais ils n’existent pas dans de nombreux pays. »

La faible implication des jeunes est aussi une des causes de cette crise. Ce qui conduit l’activiste indienne Foundatrice et Pdg de «SheSays», à paliser pour un changement des mentalités : «Combien de jeunes dans les parlements dans le monde? 2,2% de moins de 30 ans et 15,5% de moins de 40 ans ! On nous demande de lutter poliment pour les droits humains mais les malfaiteurs le font-ils poliment ? »

 

Énergie et climat

Il en a été largement question lors de la première Plénière, consacrée à l’Energie et le climat. Thione Niang, ancien conseiller du président Obama, entrepreneur social au Sénégal et co-fondateur et co-PDG de Akon LightingAfrica, a ainsi déclaré qu’il ne comprenait pas que le continent africain « dispose de 30 % des ressources mondiales mais que nous devons encore trouver comment allumer les lumières dans nos maisons. En Afrique, nous avons 600 millions de personnes sans accès à l’énergie et 900 millions sans accès à l’énergie propre pour cuisiner. » Francis Perrin, Senior Fellow du Policy Center for the New South, a par ailleurs souligné que la Chine est devenue le plus grand émetteur de CO2 avant les États-Unis, l’Europe, l’Inde et le Japon.

Technologie, bien-être et inégalités

La plénière suivante a permis à d’autres personnalités d’aborder « la technologie, le bien-être et les inégalités ». Bruno Boccara, expert français, fondateur du « Socio-analytic Dialogue » à New York, pense que la technologie, en particulier les médias sociaux, «augmente le désir de gratification narcissique – avec les likes sur Facebook par exemple, un processus pervers parce qu’il empêche de considérer l’autre comme un véritable sujet». María Teresa Fernández de la Vega, Présidente du Conseil d’Etat espagnol, s’est inquiétée des prolongements dans le secteur des TIC d’une inégalité de genre structurelle, avec des femmes sous-représentées, tandis que SerigneGueye Diop, ministre conseiller du Président du Sénégal, estime que l’Afrique « travaille autour de 400 heures par an dans ses champs au lieu de 2000 heures possibles, en raison du manque d’accès aux technologies de l’eau et de l’irrigation.

Une fois cette lacune comblée, le Sénégal pourrait travailler en dehors de la saison des pluies, soit huit mois de plus par ans, ou 1400 heures, et permettrait de contribuer à hauteur de 8 milliards de dollars supplémentaires au PIB du Sénégal ». Sunjoy Joshi, Président de l’Observer Research Foundation (ORF) en Inde, a souligné un paradoxe de « l’info-nation » qu’est devenue l’Inde, focalisée sur les nouvelles technologies au point d’avoir « manqué 10 ans de développement des manufactures orientées vers l’export ».

Réfugiés : protection et migration

Sur ce thème sensible et polémique, Richard Dantziger, Directeur régional pour l’Afrique de l’Ouest et du centre de l’Office international des migrations (OIM), une agence onusienne, a dressé un tableau plutôt sombre : « Ce n’est pas le bon moment pour être réfugié, dans un contexte d’affaiblissement des droits de l’homme et du régime des réfugiés, d’absence de l’État dans les zones où des personnes se déplacent ». Une préoccupation partagée par le Général Birame Diop, chef d’Etat-major particulier du Président de la République du Sénégal en charge du Comité national de la gestion des réfugiés, des rapatriés, et des personnes déplacés (CNRRPD) qui pense que l’humanisme doit être au cœur des solutions : « Vous devez accompagner les réfugiés pour qu’ils se sentent protégés et que leurs besoins humains fondamentaux soient satisfaits – éducation, santé, espoir. La confiance doit être établie. » De son côté, Abdoullah Coulibaly (Mali), président du Forum de Bamako, a témoigné sur la situation de crise qui prévaut dans son pays. « Nous sommes tous des réfugiés potentiels ! Attention, chacun peut être frappé un jour ».

Article19.ma

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