Par Nabyl Lahlou

En 1978, j’ai tourné une séquence de mon premier film, Alkanfoudi , dans le très chic magasin Smalto à Rabat. La mort du roi Hassan II, en juillet 1999, entraînera sa fermeture définitive après avoir été dirigé pendant plus de quarante ans par le frère de Francesco, Dominique Smalto, handicapé de la main droite comme l’est l’humoriste français Jamal Debbouze, né d’une goutte de sperme marocain.

Ayant acheté un billet de LA LOTERIE INTERNATIONALE CONTRE LA PAUVRETÉ, Alkanfoudi gagne la somme d’un milliard huit cent millions de centimes. Pour la grande réception qu’il va donner pour fêter l’événement, Alkanfoudi emmène sa femme et ses proches intimes chez Smalto pour leur offrir des smokings et des robes (payés très chers par la maigre production).

Trente cinq ans après apres avoir habillé Alkanfoudi, devenu Kanfoudiven, j’apprends par plusieurs journaux français, sérieux et crédibles, comme Le Monde et Le Canard Enchaîné, que la prestigieuse marque de couture Smalto a offert à Jack Lang des fringues d’une valeur oscillant entre cinq et six millions de nos dirhams, le double du budget de mon dernier film et le tiers de la somme qu’a gagnée Alkanfoudi, petit musicien qui rêvait de composer des symphonies pour enfants, mais que le milliard huit cent millions de centimes qui lui tombèrent du ciel tirèrent de ses rêves en le transformant en un boulimique disciple de la société de consommation.

Jack Lang, lui, était un étudiant passionné de théâtre. Sa forte et sincère passion s’est couronnée par la création du Festival International du Théâtre Universitaire qu’il fonda et dirigea de 1963 à 1973. C’était à Nancy, non loin du patelin où il est né. Alkanfoudi et Jack Lang ont un point commun qui les lie : L’art.

Contrairement à Jack Lang, né sous une belle étoile à six branches qui lui ouvrira toutes les voies possibles, y compris celle qui mène au Palais du roi Mohammed VI.

Alkanfoudi, qui vit le jour sous un magnifique ciel bleu, mais dans un petit pays, le Maroc de Hassan II, ne grandira jamais, ni artistiquement ni musicalement, car les instruments sont grippés et les enjeux pipés.

Jack Lang aurait pu faire la connaissance d’Alkanfoudi s’il avait voulu l’accueillir pour une projection, en noir et blanc, à l’Institut du Monde Arabe à Paris, à l’occasion de la grande manifestation LE MAROC AUX MILLE COULEURS.

L’ancien directeur du Piccolo Teatro de Milan, aurait dû également recevoir le père d’Alkanfoudi, qui lui avait adressé plusieurs lettres, dès août 2014, pour proposer de présenter LA CHUTE d’Albert Camus, joué par l’immense Sophia Hadi, dans le cadre de LE MAROC AUX MILLE COULEURS. Hélas ! Les milles couleurs étaient beaucoup plus tricolores que rouge-vert. «La goutte de sperme ne crée pas l’identité nationale», avais-je écrit à l’ancien ministre de la Culture, sous le règne du père de Mazarine, née dans La Cité des Papes où Jean Vilar créa, en 1947, Le Festival d’Avignon pour célébrer LE THEATRE.

Alkanfoudi a gagné un milliard huit cent millions de centimes dans un joli rêve, devenu cauchemar, car sa jolie femme l’a quitté pour aller avec un beau gosse. En se réveillant de son cauchemar, il se sent soulagé et heureux car sa femme est à ses côtés. Jack Lang est un homme très chanceux et très vicieux car il excelle dans l’art de courtiser les puissants. J’ai encore son image, présente dans ma tête, le montrant sur les plateaux de certaines télévisions françaises où il faisait l’apologie du roi du Maroc, dans le cadre de : Le Royaume aux mille couleurs.

L’ayant rencontré pour la première fois, en septembre dernier , au Musée Mohammed VI d’ Art Contemporain, je lui ai rappelé les lettres que je lui ai envoyées en 2014 et 2019. Il jura qu’il n’avait reçu aucune de mes lettres.

« Tenez, monsieur, voici ma carte. Écrivez-moi pour me rappeler quand m’aviez-vous écrit?». Je lui écrivis, le soir-même, en lui envoyant les copies de mes lettres adressées à ses trois adresses électroniques, et bien réceptionnées par son assistant Émile Deush.

«Qui de Jack ou de Lang ment le mieux? » écrirai-je, une dizaine de jours plus tard, dans : « Voulez vous feuilleter le programme avec moi », sur Les 1ères Assises des Industries Culturelles et Créatives où Maître Jack avait pris la parole pour faire briller la langue de bois. Oui, j’ai eu en face de moi un menteur et un homme de mauvaise foi que j’ai toujours considéré comme un véritable amoureux et défenseur du théâtre.

« L’homme devient une crapule, même s’il a été un idéaliste révolutionnaire », dit, dans L’âme qui brait*, le résistant anonyme, devenu aveugle sous la torture, à un autre résistant anonyme, qui a perdu la vue aussi sous la torture.

Ce film à été projeté en 2000 à l’occasion de L’année du Maroc en France à l’Institut du Monde Arabe qui fonctionne comme fonctionnent les Instituts Français au Maroc dont la vocation est de propager la langue et la Cuture françaises. L’Institut du Monde Arabe est devenu victime du syndrome de la langue arabe, selon lequel la langue arabe, c’est la langue du coran et des musulmans, le coran véhicule la violences, donc les musulmans sont des terroristes.

* L’âme qui brait quatrième film de Nabyl Lahlou

Article19.ma

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.