Les manifestants algériens à Alger le 1er novembre 2019 contre l'élite dirigeante du pays

Par Dr Mohamed Chtatou

Les Algériens se sont rassemblés par milliers à Alger pour participer à une grande manifestation antigouvernementale appelé à coïncider avec les célébrations officielles du 65ème anniversaire de la guerre qui a permis à l’Algérie d’obtenir son indépendance de la France en 1962.

Les manifestants ont envahi les rues en nombre comparable à ceux de rassemblements au plus fort du mouvement qui a débuté en février dernier, bien qu’aucun chiffre officiel ne soit disponible.

Les rues autour du bâtiment de la Grande Poste au cœur d’Alger – l’épicentre des manifestations hebdomadaires du vendredi – sont remplies de manifestants scandant « L’Algérie reprendra son indépendance » et « le peuple veut son indépendance« .

« Vous avez vendu le pays, vous les traîtres », ont crié des manifestants, s’adressant aux autorités qui dirigent le pays depuis que la demande de la démission du dirigeant de longue date, Abdelaziz Bouteflika, a été satisfaite en avril dernier.

Au lieu de s’affaiblir lorsque le président vieillissant a démissionné, le mouvement de protestation s’est concentré sur l’ensemble du régime, exhortant de ce fait l’appel à une refonte du système politique en place depuis 1962.

D’une indépendance à l’autre

Le 1er novembre est une fête nationale en Algérie pour commémorer le début de la guerre en 1954 qui a conduit à l’indépendance de ce pays d’Afrique du Nord après 132 années de régime colonial français.

La police a été déployée en force, bloquant les manifestants sur une avenue proche de la Grande Poste et procédant à plusieurs arrestations dans la matinée, selon des témoins. Le métro d’Alger a été fermé et tous les trains à destination de la capitale ont été annulés, apparemment dans le but de réduire le nombre de personnes

Les appels à se joindre aux manifestations du 1er novembre ont établi des parallèles entre la lutte pour l’indépendance et les manifestations en cours. « L’histoire se répète », lit-on dans une pancarte, « 1er novembre 1954-2019. Les 48 provinces de la capitale se souviendront du début de la glorieuse révolution de libération ».

« Cela concerne tout le monde. Appelez le peuple algérien à sortir, à marcher et à prendre d’assaut la capitale par millions, de toutes les provinces, le vendredi 1er novembre, jusqu’à ce que tous les escrocs soient déroutés », a déclaré une autre. Il semble que cet appel ait été bien entendu par les masses populaires. Des embouteillages massifs aux entrées de la capitale jeudi et vendredi auraient été imputés à l’afflux de manifestants à Alger et à de nombreux barrages routiers de la police.

Les Hirakistes, depuis le début de la contestation, exigent des réformes radicales dans ce pays riche en pétrole avant tout vote, et disent que les personnalités de l’ère Bouteflika qui, sont toujours au pouvoir, ne doivent pas utiliser l’élection présidentielle pour désigner son successeur.

Le puissant chef de l’armée, le général Ahmed Gaid Salah, qui a mené la campagne en faveur des élections présidentielles d’ici à la fin de 2019, a déclaré, en réaction, que l’élection avait « l’appui total » du peuple algérien. Mais la rue le contredit avec véhémence : « Pas de vote ! » et « Partez Gaid Salah ! Il n’y aura pas de vote cette année », était quelques-uns des slogans cités à Alger.

Agitant le drapeau algérien et le drapeau amazigh interdit, les manifestants se sont mutuellement priés de rester pacifiques alors que la police tentait de les pousser hors des trottoirs ou de les dégager de la place centrale. C’était le 37ème rassemblement de ce type depuis que leur mouvement pro-démocratie a commencé en février et a changé le paysage politique algérien.

Des milliers de personnes sont venues d’autres villes pour se joindre à la manifestation à Alger, certaines manifestant pacifiquement dans la rue pendant la nuit. Dans leurs maisons, de nombreux résidents ont fait du bruit avec des casseroles pour montrer leur soutien. Les visiteurs se sont ensuite reposés avec leurs amis, leurs familles ou dans leurs voitures et se sont réunis à nouveau le vendredi matin pour traverser la capitale.

La colère des manifestants se concentra sur l’élection présidentielle du 12 décembre, pour remplacer le dirigeant de longue date, Abdelaziz Bouteflika, qui a été expulsé en avril. Les manifestants pro-démocrates craignent que le vote ne soit manipulé par les structures du pouvoir longtemps méprisées par le pays.

Le Hirak algérien toujours aussi populaire et aussi ras-le-bol

Les Algériens veulent une élection transparente et un nouveau leadership, mais ne veulent pas d’un vote organisé par les autorités existantes, considéré comme corrompues et déconnectées.

« Jetez les généraux à la poubelle ! », Ont crié certains manifestants, faisant notamment allusion au puissant chef de l’armée, le général Ahmed Gaid Salah. Gaid Salah qui a évincé l’ancien président, mais les manifestants le considèrent de plus en plus comme faisant partie du système qu’ils souhaitent changer.

L’anniversaire de la guerre a attiré une foule plus nombreuse que d’habitude à la manifestation de vendredi, au cours de laquelle les gens ont répété à plusieurs reprises : « Indépendance ! Indépendance ! »

Les propos tenus par le président par intérim, Abdelkader Bensalah, ont mis les Algériens en colère. Il a, en effet, déclaré au président russe, Vladimir Poutine, que l’impact des manifestations était surestimé : « Les médias ont exagéré la réalité de ce qui se passe en Algérie ». Les images des commentaires diffusés à la télévision RT sont devenues virales sur les médias sociaux, les Algériens déclarant se sentir « humiliés » par les commentaires de Bensalah.

Qu’est-ce qui va pas en Algérie ?

Il n’existe pas de sondages d’opinions en Algérie et il n’y a aucun moyen de savoir si le poids de la rue pourrait faire pencher la balance – et dans quelle direction. Le seul mot qui décrit la nature de la structure du pouvoir en Algérie depuis l’indépendance est opacité.

Avant l’entrée en fonction de Bouteflika en 1999, la présidence était assurée par des généraux. Bien que le chef d’état-major de l’armée, Ahmad Gaid Salah, ait récemment insisté sur le fait que la place de l’armée n’était pas politique, la plupart des Algériens présument que les généraux veulent toujours rester au pouvoir derrière un président élu, choisi par eux-mêmes.

Mais, en réalité, aujourd’hui, il existe de multiples sphères d’influence, parmi lesquelles une coterie de super-riches, qui ont grandi sous Bouteflika, ont déclaré des experts.

Les manifestations « ne sont pas un mouvement spontané », a déclaré Abdul Aziz Rahabi, ancien ministre de la Communication et ambassadeur en Espagne et dans d’autres pays. « C’est la concrétisation de l’accumulation de scandales, de problèmes de gestion, de problèmes de gouvernement qui ont émaillé les vingt dernières années ».

L’émergence de ce mouvement ne pourrait se produire qu’avec tous les paradoxes et tensions au sein de la société algérienne, tensions qui n’ont pas pu se cristalliser librement ces dernières années, ni même depuis l’indépendance en 1962. Sans vouloir idéaliser la démocratie formelle, les espaces de la concurrence politique et de l’expression publique étaient extrêmement rares. Tout rassemblement dans les rues d’Alger risquait d’être réprimé et dispersé par la police et les élections ont été systématiquement truquées.

Aujourd’hui, il y a eu une formation à la confrontation d’idées, de projets et de pratiques. C’est un aspect positif du mouvement – même si l’objectif radical d’une rupture totale avec le régime, caractérisé par le slogan « qu’ils dégagent tous », n’a pas encore été corroboré par des actions égales à la demande.

Contrairement au mouvement d’octobre 1988 ou au « Printemps noir » en Kabylie en 2001, les bureaux et locaux du FLN n’ont pas été vandalisés, ni repris, ni squattés par les manifestants, ce qui aurait été un moyen de donner un contenu au slogan « FLN dégage ». Les familles dans le besoin auraient pu être hébergées là-bas. Presque rien ne s’est passé dans ce sens en terme d’action directe.

Cela soulève des questions sur l’auto-limitation du Hirak et le désir de maintenir son caractère non violent où d’éviter une confrontation physique. Cela est peut-être compréhensible compte tenu de la répression que les Algériens ont subie dans les années 90. Pour le moment, on a donc des aspirations très radicales avec des pratiques très modérées pour les réaliser.

D’une révolution à une autre

La grande majorité des Algériens partagent un désir de justice sociale et expriment leur colère contre « les voleurs qui ont pillé le pays » pour citer un slogan très populaire. Mais les « pillards », si vilipendés dans des chansons, n’ont pas vu leur propriété expropriée, et aucun appel n’a été fait pour boycotter des compagnies liées au régime. Outre de nombreux squats de logement (avant leur répartition dans les wilayas [régions administratives] de Tizi-Ouzou et de Boumerdès début avril) ou l’occupation le 8 avril du complexe sidérurgique d’El Hadjar par des centaines de chômeurs à la recherche d’un emploi, les actions spontanées sont à peine rapportées par la presse ou par les réseaux d’information « de gauche ».

De même, les tentatives d’auto-organisation dans les universités – comme à Constantine, où étudiants et enseignants ont lancé l’idée d’une coordination – se heurtent à une interruption de la transmission des pratiques entre générations d’étudiants, car le dernier mouvement important remonte à 2011. Et les échanges sur les réseaux sociaux – ces vecteurs enivrants – ont tendance à se substituer aux assemblées générales. Ainsi, dans un appel lancé le 13 avril par des intellectuels à la constitution de comités de citoyens « pour la construction d’un état de droit », les réseaux sociaux ont été présentés comme un outil permettant la formation d’organisations de base.

Sur le papier, l’Algérie est gouvernée par un système présidentiel. Mais depuis son accession à l’indépendance de la France en 1962, le pays est tenu dans l’ombre par un fouillis opaque de chefs de l’armée, d’officiers des services secrets et de politiciens âgés. Les Algériens connaissent cet ensemble de forces comme le « pouvoir ». Au cours des six dernières décennies, ils ont été soumis à ses caprices violents, à ses prises de pouvoir internes et à son absence totale de responsabilité et de transparence.

Election du 12 décembre, un exercice politique absurde 

En réalité, la bourgeoisie, l’état et les forces de sécurité n’ont jamais complètement perdu le contrôle du pouvoir. En dépit des tensions internes, ils ont cherché une transition qui ne mettrait pas en péril leurs intérêts vitaux, afin de garantir le respect d’une constitution non démocratique, que même certains des « démocrates » opposés prétendent également soutenir. Ainsi, conformément à l’article 102, comme suggéré le 26 mars par le chef d’état-major de l’armée algérienne, Ahmed Gaïd Salah, le président du Conseil de la nation, Abdelkader Bensalah, est devenu président par intérim, chargé d’organiser de nouvelles élections en quatre-vingt-dix jours.

Pour l’instant, l’immense majorité des manifestants refuse tout scénario imposé d’en haut ou visant à confisquer leur révolution. C’est pourquoi ils expriment beaucoup de méfiance à l’égard des représentants auto-proclamés du mouvement, à commencer par la classe politique liée à l’administration. Les organisations impliquées dans le régime – comme le Front de libération nationale (FLN), seul parti politique de 1963 – 1989, ou Rasssemblement national démocratique (RND), créée en 1997 – sont ridiculisées par les manifestants . Les habitants de la commune d’es-Sebt près de Skikda ont muré le siège du FLN le 14 avril.

Que se passera-t-il si une élection est tenue et que personne ne vote ? L’Algérie est confrontée à cette question. Le gouvernement du président par intérim, Abdelkader Bensalah, a programmé l’élection présidentielle pour le 12 décembre. Pourtant, l’élection risque de se terminer comme un exercice absurde : la quasi-totalité des organisations politiques et civiles algériennes ont refusé d’appuyer les cinq candidats officiels et ont appelé les Algériens à s’abstenir de voter. L’échec de cette élection marquera paradoxalement le succès des aspirations démocratiques du pays, qui se traduit par un phénomène qui domine le paysage politique algérien depuis la fin février : le Hirak.

Parmi les mouvements de protestation qui ont récemment éclaté à travers le monde, le Hirak algérien, le mot arabe qui signifie « mouvement », se distingue. Il est aussi persistant que les manifestations à Hong Kong, le Hirak reste résolument pacifique ; aussi insistant que les séparatistes catalans dans leur appel à l’indépendance, le Hirak ne jure que par la nation algérienne ; aussi résistant que les gilets jaunes de la France à des dirigeants d’onction. Le Hirak accepte, néanmoins, la nécessité d’alliance avec des d’organisation politiques représentatives et démocratiques. L’avenir de l’Algérie sera déterminé par la capacité du Hirak à maintenir ses pressions sur l’establishment tout en gérant la transition du pays vers la démocratie.

Pour les millions d’Algériens qui ont envahi les rues et les places du pays le 1er novembre, cette date historique revêt une signification particulière. La protestation a eu lieu à l’occasion du 65ème anniversaire du début officiel de la guerre d’indépendance de l’Algérie. Mais alors que la France était l’oppresseur il y a 65 ans, ce rôle a depuis été assumé par le pouvoir, le terme populaire désignant les intérêts militaro-industriels qui gouvernent l’Algérie depuis un demi-siècle, main dans la main avec le gouvernement et la bourgeoisie.

Les candidats du sérail

Au cours des premières semaines du mouvement populaire, il y avait un espoir presque naïf que l’armée l’accompagnerait dans ses revendications. Les manifestants étaient disposés à donner à Gaid Salah une chance de se racheter, mais il l’a utilisée pour imposer son agenda personnel et éliminer les ennemis du régime. Le général devenu dictateur, refuse toute concession, notamment de libérer les prisonniers politiques, de garantir les libertés d’expression et d’organisation individuelles et collectives, ou de permettre une période de transition, et accuse toute personne ayant des opinions divergentes d’être un traître et un agent déstabilisateur.

Le gouvernement mesure son impopularité tous les jours. Le 13 avril, les foules ont forcé ses ministres de l’Intérieur, des Ressources hydrauliques et du Logement à faire demi-tour après leur visite à Béchar. Le lendemain, à Tébessa, des manifestants ont encerclé l’aéroport, forçant le ministre de l’Énergie à partir. Cette hostilité, résumée par le slogan : itnaHaw ga3  « Qu’ils partent tous !» s’est également exprimée contre les représentants des partis de l’opposition qui ont temporairement rejoint le gouvernement, comme le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) de Mohcine Belabbas, qui a soutenu Bouteflika ces dernières années pour des raisons douteuses, tout comme le Parti des travailleurs (PT) de Louisa Hanoune, trotskyste d’orientation.

Que les élites désignent ou non un successeur, le premier président de l’après-Bouteflika devra faire face à une crise de légitimité. Au cours des cinquante dernières années, les dirigeants algériens ont utilisé la participation à la guerre d’Algérie contre les Français comme motif de légitimation, et aucune alternative n’a été conçue pour remplacer ce concept. Bouteflika est le dernier dirigeant des moudjahidins, vétérans de la guerre d’indépendance algérienne. Les partisans de son gouvernement tentent de créer un nouveau récit autour de l’héritage de Bouteflika afin de contourner le problème posé par le décès de la génération des moudjahidins. Cependant, le « bouteflikisme » est un mélange indistinct de nationalisme, de protectionnisme, de socialisme et d’étatisme.

Entre-temps, les partis d’opposition ont adopté des discours disparates (amazighiste, islamiste, trotskyste, etc.), mais n’ont pas gagné beaucoup d’électeurs. En effet, les manifestants algériens se sont opposés à un cinquième mandat pour Bouteflika le 1er mars, sans pour autant formuler un autre programme ou candidat. En l’absence d’un discours légitimant, le prochain président algérien n’aura probablement pas un large soutien. Plutôt, les factions d’élites vont contester son leadership et les mouvements populaires vont remettre en cause sa légitimité.

Moults casse-têtes pour le président à venir

L’économie algérienne est en difficulté. Son secteur pétrolier et gazier, qui représente environ 30% du produit intérieur brut (PIB), 60% des recettes budgétaires et 95% des recettes d’exportation, subit les effets de près d’une décennie de mauvaise gestion du secteur de l’énergie. Les fréquents changements de dirigeants ont découragé les investissements étrangers et freiné le développement de nouveaux actifs pétroliers et gaziers.

La chiffre d’affaires de la société d’énergie publique Sonatrach est passée de 76 milliards USD en 2008 à 33,2 milliards USD en 2017, en raison de la baisse des prix de l’énergie consécutive à une chute des prix en 2014 et de l’augmentation de la consommation nationale d’énergie, qui a également entraîné une réduction des volumes disponibles à l’exportation. Pour compenser la baisse des recettes pétrolières et gazières, le gouvernement a puisé dans les abondantes réserves de devises du pays. Celles-ci ont toutefois diminué de plus de 50% depuis 2014 et le gouvernement a eu, par conséquence, recours à l’impression de monnaie : usage de la planche à billets.

Les avocats déployant les drapeaux national et amazigh à Tizi Ouzou. © Samir Leslous/Liberté

Le durcissement de la situation économique en Algérie a empêché l’état de fournir des services aussi bien ou aussi régulièrement que par le passé. L’inflation et l’augmentation concomitante du coût de la vie ont rendu beaucoup plus difficile la satisfaction des besoins quotidiens des citoyens. Les manifestations à travers le pays pour les services de base tels que l’éducation, l’électricité, les soins de santé, le logement, les retraites et l’approvisionnement en eau potable sont plus fréquentes ; et parce que l’état n’a pas les fonds nécessaires pour répondre à tous les griefs, les protestations durent plus longtemps et sont plus intenses.

Les mouvements de protestation en Algérie ont toujours visé des objectifs distincts, tels que la fourniture de services sociaux, la promotion des droits de l’homme ou la lutte contre la corruption, ou se sont limités à des villes telles que : Alger, Ghardaïa ou la Kabylie et ne se sont pas répandus dans tout le pays.

Certaines tentatives ont été faites pour former des mouvements de protestation à l’échelle nationale, notamment le mouvement Barakat de 2014 (« assez » en Arabe), qui a tenté d’empêcher Bouteflika de briguer un quatrième mandat, et le mouvement Mouwatana de 2018 (« citoyenneté » en Arabe), qui s’est opposé au cinquième mandat de Bouteflika. Le mouvement Barakat s’est dissous après la réélection de Bouteflika en 2014 et, jusqu’à présent, le mouvement Mouwatana avait limité ses activités à l’est de l’Algérie.

Les manifestations actuelles vont probablement amener le gouvernement à se renfermer sur soi-même jusqu’à ce que la trajectoire de la direction du pays devienne plus claire, ce qui pourrait affaiblir sa capacité à fournir d’importants services sociaux. Mais attendre des Algériens qu’ils acceptent de nouvelles élections sans aucun changement réel dans la structure du pouvoir est une approche naïve de la résolution de l’impasse.

Outre un nouveau chef d’Etat, le pays a besoin d’un pouvoir judiciaire indépendant et d’institutions qui travaillent pour la population au lieu de défendre les intérêts d’une oligarchie politico-militaire bien établie. Il est peu probable que les manifestants algériens rentrent chez eux après avoir prouvé leur capacité à organiser un siège pacifique autour de leur régime vieillissant.

Mot de fin

Le mouvement populaire ne manque ni de créativité ni d’énergie, mais il reste marqué par le nationalisme et le conservatisme qui ont façonné la société algérienne au cours des dernières décennies. Les forces progressistes ou révolutionnaires – souvent plus influencées par le léninisme que par les courants « hétérodoxes » – ne sont pas bien enracinées. Cela explique leur décalage avec le potentiel hautement pacifique mais contestataire d’un Hirak qui doit surmonter ses propres contradictions et aller aussi loin que possible en défiant l’ordre existant. Pour les manifestants les plus déterminés, il s’agit de finir avec le « pouvoir » sous toutes ses formes et d’inventer de nouveaux rapports sociaux libérés de l’exploitation, de l’aliénation et de la domination.

L’Algérie a cruellement besoin d’un président légitime. Mais ce ne devrait pas être l’établissement actuel, dépourvu de légitimité populaire, qui supervise les procédures de son élection. En essayant d’imposer un autre président « nommé » par le régime, les généraux au pouvoir du pays ne résoudront pas la crise actuelle. Le mieux qu’ils puissent espérer, c’est un bref répit avant le prochain soulèvement qui pourra s’avérer plus violent et plus radical.

Salut à bon entendeur.

Vous pouvez suivre le Professeur Mohamed CHTATOU sur Twitter : @Ayurinu

Emblème de l’Algérie qui ne reflète pas la réalité sur le terrain

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