Phénomène de société ou plutôt une lame de fond socio-politique. Si les Algériens manifestent tous les vendredis depuis février dernier, les jeunes Marocains font presque la même chose les dimanches, mais dans les gradins des stades de football à travers des chants et des « tifos » à caractère politique.

Selon une analyse du site arabophone alyaoum24.com, ce changement intervient après que les pouvoirs publics aient renforcé leur contrôle sur la rue depuis les événements du Rif et de Jerrada.

Ainsi, la chanson « Fi Bladi Dalmouni » (Dans mon pays, on a été injuste avec moi) des supporters du Raja de Casablanca est apparue exactement en 2017, lorsque l’autorité publique a pu neutraliser les manifestants du Hirak du Rif avant l’apparition des slogans d’autres clubs sportifs comme les ultras du Wydad de Casablanca et les ultras « Halala » du club de Kénitra, ainsi que celui de l’Ittihad de Tanger, puis l’apparition d’un nouveau style de tifos très forts comme celui avec le slogan: « Room 101 » (salle 101), qui fait allusion à la salle de torture dans le roman de George Orwell intitulée « 1984 ». Alors quelle est la signification de ces nouvelles formes de protestation dans le contexte national actuel?

Lors du derby casablancais de la semaine dernière entre le Raja et le Wydad, les supporters du Raja ont levé un tifo, qui a été considéré par certains comme de nature politique, avec comme seul slogan « Room 101 ».

Cette dernière œuvre appartient au théâtre de l’absurde avec ce que représente ce type d’expression artistique comme rébellion contre la réalité. En revanche, une autre expression, à savoir l’image du « dragon » levée par les fans du WAC est inspirée de la série « Game of Thrones », adaptée de l’oeuvre de l’écrivain américain George Raymond Martin, intitulée « Une chanson de neige et de feu », qui renvoie à la lutte pour le pouvoir et la domination. Tandis que le troisième slogan « salle 101 », inspirée du roman « 1984 », renvoie à un espace de torture cruelle. Ce slogan fait ainsi l’objet de controverses entre les internautes sur les réseaux sociaux. Mais que signifient ces expressions? Que signifie l’utilisation de la littérature dans les tifos des fans de football?

Avec l’apparition du tifo « salle 101 » dans le derby arabe au stade Mohammed V de Casablanca, certains ont estimé qu’il a des dimensions politiques. Quant à l’ultra qui l’a préparé, ce n’est pas le cas, c’est juste une lettre à l’équipe adverse. Néanmoins, les tifos et les chants élaborés par les Ultras depuis un certain temps ont beaucoup de signification et reflètent ce que le peuple marocain, surtout les jeunes, ont sur le coeur.

+ Le phénomène des chansons et des tifos s’adresse à un large public et vise une protestation de masse +

Saïd Bennis, professeur de sciences sociales à l’Université Mohammed V, a souligné que les « slogans politiques » levés dans les stades sportifs étaient pour la plupart à caractère sémiotique et identitaire à travers des symboles comme les drapeaux palestinien, amazigh ou basque ou des images de figures révolutionnaires comme Che Guevara, ajoutant qu’après « mars 2018, les slogans sont devenus rhétoriques, chantés et écrits tout en comportant une grande charge de protestation, de revendications sociales et politiques appelant à l’amélioration des conditions de la jeunesse marocaine, slogans qui sont élaborés dans l’espace virtuel.

Pour sa part, l’analyste Mohamed Mesbah, estime que les ultras ont toujours été politisés et que leur présence est « un phénomène politique par essence et non pas un phénomène sportif. Par conséquent, on peut donc dire qu’il s’agit d’un mouvement social anti-pouvoir, c’est un acteur politique indirect”. Et d’ajouter: »la récente politisation des comportements des groupes ultras dans les stades signifie que leurs membres sont disposés à l’engagement politique ».

Ce que l’on dit des tifos peut être dit aussi à propos des chants des ultras, en ce sens que leurs paroles et leurs mélodies sont créés dans un cadre très étroit, celui du noyau du noyau dirigeant des ultras dont son slogan « Anti Media », en d’autres termes pour le « secret ». Les réseaux sociaux ont contribué à la diffusion et à la multiplication de ces chansons et tifos. Toutefois, ces nouvelles formes de protestation auront des répercussions directes sur le paysage politique.

Selon l’analyste politique Mustapha Shimi, certaines associations de supporters comptent dans leurs rangs des membres de courants radicaux ainsi que certains intellectuels protestataires.

Pour lui, le phénomène des chansons et des tifos s’adresse à un large public et vise une protestation de masse et a, par conséquent, un impact plus important. « Dans ce contexte, les partis politiques deviennent de plus en plus isolés ».

Article19.ma

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