Par Dr Mohamed Chtatou

Le mysticisme islamique, ou soufisme, est une tradition distincte au sein de l’islam qui vise à cultiver la vie spirituelle intérieure du croyant. Le soufisme a changé d’orientation et de nature au fil des siècles, à mesure que l’Islam s’est développé et étendu.

Soumis au début à la notion de la crainte de Dieu, le soufisme a fini par adopter une doctrine d’affirmation de l’amour, puis plus tard il s’est orienté vers le concept du voyage spirituel de l’individu vers Dieu. Le soufisme a certainement attiré beaucoup de fidèles sur le plan émotionnel et les maîtres soufis et cheikhs ont, de leur côté, attiré de nombreux disciples de par le monde. La confrérie soufie Boutchichiya du Maroc compte des millions de membres dont des milliers sont de l’Europe, de l’Afrique, des Amériques et de l’Asie

Etymologie

Une majorité d’érudits pensent que le mot تصوف «tasawwouf» vient du mot صوف «souf», qui signifie laine. Cette hypothèse est basée sur une histoire racontée concernant la raison pour laquelle les personnes pieuses du premier siècle de l’islam portaient des vêtements en laine en émulation du Prophète Mohammed et de ses saHabas (compagnons) qui portaient des vêtements de laine pour indiquer leur détachement du monde et leur simplicité de vie.

Un siècle après l’émergence de l’islam, les Arabes, principalement des peuples du désert, ont conquis de grands empires tels que la Perse et l’Égypte. Ces Arabes conquérants se sont entourés d’un luxe qui leur était jusqu’alors inconnu dans leur vie spartiate dans le désert. Les individus les plus pieux de la communauté musulmane craignaient que le message de l’islam ne soit complètement perdu à cause de l’exemple décadent de ces conquérants arabes qui professaient diffuser les paroles du Prophète et le message universel du Coran.

Se remémorant la grande simplicité des débuts de l’islam et se souvenant des pieux musulmans de Médine, les croyants ont décidé de se vêtir de laine rugueuse en guise de protestation contre l’extrême prodigalité de leurs dirigeants. Se protégeant contre les tentations du luxe, ils se distinguèrent de la vie matérielle inférieure. Ils pratiquèrent le jeûne, la mortification et se privirent le plus possible des plaisirs de la vie matérielle. Le port de la laine faisait ainsi partie de la discipline liée au soufisme. Mais même si les soufis portaient du souf, de la laine, dès le début de l’islam, le mot « soufisme », selon la grammaire arabe, n’est pas un dérivé du mot souf, et quiconque le porte n’est pas soufi.

On peut, aussi, retracer les origines de tasawwouf au cœur de l’islam à l’époque du prophète, dont les enseignements ont attiré un groupe d’érudits qui ont fini par s’appeler Ahl al-ssoufa (أَهلُ الصُّفَّةِ  [ahl aṣ-ṣuffa], « les gens du banc ». Ils avaient pris l’habitude de s’asseoir à l’entrée de la mosquée du Prophète à Yathrib, Médine. Là, ils engageaient des discussions sur la réalité de l’être, sur la recherche du chemin intérieur, en plus de se consacrer à la purification spirituelle et à la méditation.

D’autres spécialistes pensent que le mot « soufi » vient du mot «soufateh», le nom d’une plante mince. Les soufis étaient généralement maigres à cause d’une mortification extrême et du jeûne. Ainsi, ils ont été comparés au « soufateh » comme symbole de leur émaciation.

Un autre groupe d’érudits affirme que le mot « soufisme » est un dérivé du mot grec « Sophy », qui signifie sagesse ou connaissance. Mais cette hypothèse ne semble pas correcte non plus.

Cheikh Salim Chishti assis sous un arbre dans un cimetière avec des assistants | Collection du British Museum

La quête de la vérité

Les soufis des premiers siècles, ont nié que la philosophie puisse être un outil approprié pour comprendre la réalité, car si elle reposait sur des descriptions verbales et un raisonnement limité, la philosophie obscurcirait plutôt que de révéler la vérité ou la réalité.

La recherche de la vérité est la quête d’un but particulier, une quête poursuivie quel que soit le chemin emprunté – et pour les vérités les plus importantes, la voie peut être longue et ardue. Tasawwouf, ou le soufisme, est l’école ésotérique de l’islam, fondée sur la recherche de la vérité spirituelle en tant qu’objectif précis à atteindre : la vérité de la compréhension de la réalité telle qu’elle est réellement, en tant que connaissance, et par là même la réalisation de ma’arifa, cognition.

Dans tasawwouf, lorsque on parle de compréhension ou de cognition, on se réfère à cette parfaite compréhension de soi menant à la compréhension du Divin. Ce principe très logique est basé sur une phrase généralement succincte du Prophète Mohammed : « Quiconque se connaît, connaît son Seigneur ».

Les principes du soufisme sont tous basés sur les règles et les enseignements du Coran et les instructions du prophète Hadiths et sa conduite et agissements sounnah. Pour un Soufi, il n’y a pas de gouffre de séparation entre tout l’être, son créateur, et ses créations. Le fait que la multitude ne puisse pas percevoir cette unité fondamentale est le résultat de l’impureté du nafs (conscience), le flou du rouH (âme) et les limites des outils matériels et physiques que possède l’humanité.

Si l’homme était libéré des limitations de la matière, il serait certainement témoin de cette unité immense et éternelle de l’être avec son créateur. Toutefois, il y a une chance pour que l’humanité atteigne un tel niveau de compréhension, une voie qui peut être suivie par la purification et la méditation pour la réalisation de son accomplissement. Lorsque le cœur est purifié, les manifestations du Divin se reflètent dans le miroir du cœur. Ce n’est qu’alors que l’homme puisse passer du niveau de sa nature animale au niveau du véritable être humain.

De nouvelles pratiques telles que le chant, la danse et le culte des saints ont été introduites dans la foi des soufis et leur dévouement. Toutefois, il faut signaler que ces croyances et rituels ont conduit à des conflits avec des érudits ou des oulémas, qui ont insisté pour que la foi doit obligatoirement se reposer sur l’apprentissage des révélations et écritures divines. Les oulémas ont concentré leurs efforts sur la transmission des connaissances par des moyens institutionnels, par l’enseignement dans les écoles et instituts coraniques et par l’administration d’autres organisations sociales telles que les bimaristans (hôpitaux) et les bayts al-yatim (orphelinats). Les mystiques soufis et les oulémas (érudits) ont beaucoup voyagé à travers les pays islamiques et au-delà, à la recherche de la connaissance et pour aider à propager la foi musulmane.

Confréries

À partir du 9ème siècle, le soufisme a incorporé la spiritualité islamique. C’est le cœur aimant de l’islam, toujours vivant, en plein essor et d’une grande influence mystique et non pas l’islam des fondamentalistes : rugueux, orthodoxe et dur.

Dès le début des temps, les contemplatifs musulmans ascétiques pratiquaient le jeûne, la prière et la méditation dans l’isolement, tout comme les mères et les pères du désert de la tradition chrétienne, les tout premiers moines et nonnes.

Un derviche ou soufi est un mystique musulman qui appartient à un ordre religieux et qui s’engage à mener une vie de pauvreté et d’austérité. Les ordres de derviches insistaient sur l’atteinte d’un état de transe extatique au moyen de la récitation et de la danse, aboutissant à une union plus étroite avec Dieu.

 De nombreux ordres de derviches existaient en Turquie sous les Ottomans et certains exerçaient une influence politique considérable. Les calligraphes, très alphabètes, qui, copiaient les corans et les écrits religieux, appartenaient souvent à des fraternités de derviches ou leur étaient étroitement associées.

L’ordre Mevlevi était l’une des plus puissantes de ces confréries. Elle a été fondée par le grand poète soufi persan Jalal al-Din Roumi (1207–1273) et dirigé par ses descendants. L’ordre était connu pour sa piété, sa musique et la danse extatique qui donnait le terme de « derviche tourneurs ». Les sultans ottomans devinrent les protecteurs de cet ordre, les dotant de mosquées et leur octroyant des terres. Le soutien impérial à l’ordre Mevlevi a augmenté au fil des siècles et ses membres ont été autorisés à prendre part à d’importantes cérémonies impériales, y compris l’investiture d’un nouveau sultan.

Un autre ordre soufi important était le Bektasi, qui accompagnait les janissaires, les guerriers les plus disciplinés du sultan, dans leurs campagnes militaires. Les sept millions d’adhérents de Bektasi en Turquie étaient de puissants alliés politiques pour les janissaires. L’ordre fut supprimé par les autorités ottomanes après la dissolution des troupes de janissaires en 1826 pour étouffer sa puissance religieuse gênante. Néanmoins, d’autres confréries de derviches ont continué à être une force puissante dans l’empire jusqu’à sa fin du califat ottoman en 1922.

Les soufis croient que le Coran a deux niveaux de signification ; le dahir (sens externe ou apparent) et le batin (sens interne ou caché)

Chemin mystique

Le soufisme est rapidement devenu le nom d’un chemin mystique par lequel les gens recherchent la vérité de l’amour et de la connaissance divine à travers une expérience personnelle et directe de la grandeur, la puissance et la bonté de Dieu. Leur objectif et leur ambition est de devenir de plus en plus à l’écoute de la Présence Divine en méditant constamment sur les paroles du livre sacré des musulmans, le Coran.

Le soufisme est souvent considéré comme extérieur à la doctrine dominante de l’islam et a, parfois, rencontré opposition et hostilité. Beaucoup des grands penseurs musulmans étaient des soufis, tout comme les dou’ates (prédicateurs) les plus brillants. De plus, ces humbles exemples vivants de sagesse, de compassion et d’amour étaient tenus en grande estime et aimés par les gens ordinaires, ceux qui étaient moins capables de démêler les subtilités juridiques et théologiques d’une religion plus formelle. Deux aspects du soufisme bien connus de la culture occidentale, aujourd’hui, sont, bien sûr, le grand poète persan : Roumi et les « derviches tourneurs ».

Jalaladdin Roumi (1207-1273) a vécu un réveil spirituel des plus puissants en tant que jeune homme. Influencé par son professeur bien-aimé, Shams de Tabriz. Le cœur baigné de lumière divine, il devint un poète suprême et un interprète fidèle des vérités trouvées dans le Coran. Au moyen d’un langage parfois mystérieux, il a pu guider les autres vers un amour de Dieu. La déclaration du Coran selon laquelle « Allah les aime et ils l’aiment » est rapidement devenue la base de l’amour-mysticisme défendu par Roumi, comme dans le quatrain suivant :

« L’amour est ici comme le sang dans mes veines et ma peau,

Il m’a vidé de moi-même et m’a rempli du bien-aimé,

Son feu a pénétré dans tous les atomes de mon corps.

De moi seul reste mon nom ; le reste est Lui ».

Au cœur du soufisme se trouve l’idée que l’humanité, la plus honorable des créatures, est liée à Dieu par l’alliance qui consiste à porter la confiance divine. Il s’ensuit que si l’ego oublie le but divin de la création et se considère comme existant indépendamment de son créateur, il trahit ce principe sacré. Aujourd’hui, malheureusement, l’ego est continuellement en quête de satisfaction et d’adoration de soi. Les pratiques soufies, comme celles de nombreuses autres religions du monde, permettent aux gens de lutter contre cette tendance, en cherchant à découvrir et à faire naître le soi supérieur ou « vrai », qui étincelle en chacun, constamment en phase avec la dimension spirituelle.

Shah Jahangir préférant les cheikhs aux rois | Charles Lang Freer Endowment

Valeurs spirituelles

Le soufi cherche à vivre selon des valeurs spirituelles éternelles et désintéressées, plutôt que des valeurs transitoires et mercenaires du monde. Des études neuroscientifiques révèlent que des pratiques telles que la méditation, le chant et le tourbillon, améliorent l’harmonie entre l’intelligence dualiste et verbale de l’hémisphère gauche du cerveau et l’intuition holistique, silencieuse et poétique de la droite. Que le christianisme, le judaïsme, le bouddhisme, le zen, le taoïsme et le Vedanta de l’hindouisme promeuvent tous des pratiques similaires, visant également à vaincre la tyrannie de l’ego, indique un degré d’uniformité réconfortant parmi les voyageurs sur le chemin de la maturité spirituelle, quelle que soit leur origine religieuse.

Des pratiques similaires constituent un élément essentiel de ce que beaucoup de gens de nos jours considèrent comme une sorte de spiritualité laïque dans la quête de la complétude personnelle et de l’intégrité qui évite d’avoir à s’inscrire dans une tradition religieuse particulière ou partisane. Certains, aux États-Unis par exemple, pourraient même se retrouver à assister à des réunions de confréries soufies sans devenir musulmans. Une mise en garde semble appropriée : ceux qui pensent que le soufisme est une voie libérale offrant la liberté individuelle au sens occidental l’ont mal comprise. La discipline personnelle est impliquée. Après tout, le mot « islam » signifie « soumission », c’est-à-dire soumission à la volonté de Dieu.

Les adeptes des trois religions du livre : judaïsme, christianisme et islam peuvent reconnaître l’alliance divine, même en l’interprétant légèrement différemment. Ce qui semble plus important, c’est leur parenté – entre eux, ainsi que tous les autres chercheurs humanitaires et spirituels – plutôt que la perception par l’ego des différences et des motifs de conflit qui en résultent. Celles-ci ne mènent qu’à des illusions – illusions d’ignorance, d’exclusivité et, fatalement, de supériorité. Le soufi sait par expérience (comme le dit la Bible : 1 Jean 4 : 16) que la nature de Dieu est l’amour. Est-ce que les musulmans seraient des soufis et beaucoup de non-musulmans sont indirectement soufi ? That is the question.

Pratiques

Un élément central du culte soufi est le rite du dhikr, qui implique un souvenir constant et méditatif de Dieu, réalisé collectivement et individuellement, dans le but de cultiver une relation plus étroite avec le divin.

Le concept de dhikr est enraciné dans le Coran en tant qu’instruction à tous les musulmans de consacrer du temps à des actes spécifiques de commémoration et de répétition des 99 noms et attributs d’Allah, en priant de manière complémentaire, et pouvant être étendus à d’autres activités contribuant à établir un lien expérientiel avec le divin.

Parmi les autres pratiques ou rituels auxquels participent les soufis, qui varient d’un ordre à l’autre, figurent les prières et le jeûne, la célébration de l’anniversaire du Prophète Mohammed al-mawlid an-nabawi, la visite et la tenue de rituels dans des sanctuaires et des tombeaux, la méditation et l’abstinence.

Certains ordres soufis utilisent la musique de dévotion et des mouvements rituels, semblables à la danse, pour renforcer davantage la proximité expérientielle de Dieu qu’ils recherchent. De nos jours, cette pratique est le plus souvent associée aux derviches turcs de l’ordre soufi mevlevi, souvent appelés « derviches tourneurs ». Au Maroc, on trouve les confréries soufies des Hmadchas, Haddawas et les fameux Maîtres Musiciens de Jajouka, connus mondialement

Lion calligraphique, 1913, par Ahmed Hilmi, Turquie ottomane

Hostilité

Les groupes et dirigeants soufis ont été critiqués par les groupes islamistes politiques et salafistes, ce qui a parfois conduit à des actes de violence et à un comportement discriminatoire à leur égard.

Certains groupes islamistes politiques considèrent que les pratiques et la vision du monde des ordres soufis sont incompatibles avec les défis et les problèmes perçus qui affligent la population musulmane à l’échelle mondiale. Ils croient qu’il est nécessaire de s’éloigner des éléments les plus ascétiques de la foi, voire de les écarter complètement, pour se concentrer sur l’action politique et sociale.

De même, certains groupes salafistes ont également critiqué la pensée et la pratique soufies en tant qu’invention bid’a, invoquant souvent des accusations d’apostasie et de blasphème, aboutissant à des proclamations de takfir (excommunication), ce qui représente un écart par rapport aux valeurs fondamentales de l’islam qui étaient pratiquées à l’époque du Prophète Mohammed et des premières générations de musulmans.

En Iran, les soufis chiites ont été harcelés, arrêtés et emprisonnés par l’administration religieuse du pays, qui considère que les soufis qui suivent leurs propres chefs spirituels sont incompatibles avec le système théocratique de la République islamique d’Iran, wilayat al-faqih (tutelle du juriste), qui confère une autorité religieuse et politique au Guide Suprême.

Besoin de spiritualité dans le monde actuel

Aujourd’hui, la psychologie « moderne » a conclu que, malgré les progrès impressionnants de la technologie, des moyens de production et de la disponibilité des connaissances, les êtres humains sont, plus que jamais, désaccordés avec eux-mêmes et exposés aux maladies telles que : l’angoisse, la névrose, la dépression et autres psychoses. Ils sont également touchés par une foule de maladies sociétales qui semblent, à bien des égards, uniques à l’ère « moderne ». Ainsi, de nombreux psychologues et spécialistes des sciences sociales occidentaux ont compris l’importance de ce qu’ils appellent maintenant l’aspect « spirituel » du psychisme humain.

Ce faisant, ils ont découvert que la discipline spirituelle est essentielle pour rectifier la négativité et les psychoses inhérentes à chaque être humain. Cela a conduit à un nouvel intérêt en Occident au traitement par des moyens spirituels, en mettant l’accent sur la méditation, la contemplation, l’isolement et divers autres exercices métaphysiques conçus pour aider l’individu aux prises avec les aspects les plus sombres de son être intérieur. D’énormes mouvements se sont développés en Occident, tous axés sur le recours à la discipline spirituelle, pour traiter les maladies psychologiques graves.

La psychologie contemporaine en est venue à considérer chacune de ces maladies comme un trouble de soi qui, s’il n’est pas traité, finit par submerger et dominer la personnalité de l’individu.

Cependant, même avec cette nouvelle prise de conscience des dimensions spirituelles de la maladie mentale et le développement de nouvelles méthodes de traitement de ces troubles, on constate que de telles maladies psychiques continuent de se propager. De plus, on assiste à une détérioration croissante de la bonne conduite et du comportement éthique dans les sociétés « modernes ». Où que l’on aille, on rencontre des personnes de plus en plus envahies par la colère, la cupidité, la lâcheté, la jalousie et autres vices majeurs. Ces traits pervers mènent à des actions nuisibles, telles que mentir, tricher, voler et même l’usage de la violence.

Ces traits de caractère négatifs continuent à se répandre car la thérapie individuelle, la thérapie de groupe et les programmes de traitement onéreux ne représentent rien face à un monde rempli d’ego déséquilibré qui – en raison de la surabondance constante de plaisirs matériels – est devenu hors de proportion avec la vraie nature de l’humanité. Les professionnels de la santé mentale chargés de traiter, ce qui doit être perçu comme une épidémie spirituelle ressemblent à un homme seul qui, tente désespérément d’arrêter le flux d’un puissant fleuve.

L’amour débridé de cette vie mondaine, déséquilibré par des principes moraux ou éthiques, conduit à un excès de désir, de jalousie et d’envie. L’envie mène à la colère, et la colère – lorsqu’elle échappe à tout contrôle – conduit à l’agressivité, à la violence, à un comportement tyrannique et au meurtre. En fin de compte, cela peut conduire à la désobéissance et à des manifestations extérieures de mauvaise conduite qui nuisent directement aux autres.

Il est vrai que l’individu que ce soit une personne ordinaire, une personne instruite ou le dirigeant d’une nation, si on ignore, de tels maux dont il peut souffrir, la maladie peut, éventuellement, se développer et, comme un cancer, se propager à d’autres aspects du psychisme, finissant par détruire ses caractéristiques positives et le poussant plus loin dans des comportements néfastes et destructeurs.

C’est ce qui se passe aujourd’hui dans toutes les couches de la société, à tel point que de nombreuses sociétés dépensent d’énormes sommes d’argent et de ressources pour faire face à ces troubles de la personnalité qui se manifestent à grande échelle dans leurs communautés, leurs villes, leurs provinces et leurs territoires, et finalement dans tout le pays.

Lorsque ce type de dépression psychique se produit chez un dirigeant, ces mauvais traits sont amplifiés par son pouvoir d’affirmer son contrôle et d’avoir un impact sur la vie de ceux qui l’entourent et qui se trouvent sous son autorité. Ces traits à caractère négatifs chez un dirigeant ont donc un impact considérable. Exacerbées par les circonstances souvent intenses des affaires gouvernementales, des défis de la gouvernance et des pressions de la scène politique, ces manifestations peuvent le conduire à des actes préjudiciables, comme la guerre.

En conclusion

Dans une variété de contextes politiques islamiques à travers le monde d’aujourd’hui, on voit les idées « soufies » invoquées comme un appel à revenir à un mode d’expérience religieuse plus profond, plus dirigé vers l’intérieur (et plus pacifique), par rapport à celui qui aboutit à des engagements politiques tournés vers l’extérieur qui sont souvent considérés comme négatifs et violents.

Il y a cent ans, il n’était pas rare d’entendre des voix autochtones influencées par l’Occident condamner le mysticisme islamique (souvent qualifié de « soufisme ») comme l’une des principales sources d’inertie et de passivité au sein des sociétés musulmanes.

Pourtant, de nouvelles aléas politiques, en particulier après le 11 septembre, ont conduit à qualifier ce même phénomène de « visage pacifique et soft de l’islam« , et des observateurs tels que l’écrivain britannique William Dalrymple, se référant à un groupe de personnes vaguement défini et appelé « les soufis », comme « nos » meilleurs amis face au danger que représentent des forces fondamentalistes comme les Talibans.

On semble être dans une situation où le discours journalistique et les débats politiques célèbrent les notions idéalisées du mysticisme islamique avec sa musique captivante, sa poésie inspirante et le potentiel transformateur / libérateur du « message » des grands mystiques. Ces mystiques se différencient clairement des représentants de la foi « plus fermés » et « orthodoxes », tels que les prédicateurs (mollahs), les théologiens (fouqaha) et d’autres types d’oulémas.

Vous pouvez suivre le Professeur Mohamed CHTATOU sur Twitter : @Ayurinu

Bibliographie :

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‘Ata’ Allâh Al-Iskandarî (trad. Cheikh abd Allah Penot), De l’abandon de la volonté propre, Editions Alif (ISBN 2-908087-11-1)

Abd El-Kader (trad. Cheikh abd Allah Penot), Le Livre des haltes, Dervy, coll. « L’être et l’esprit », mai 2008 (ISBN 2-84454-543-2)

Sayd Bahodine Majrouh (trad. Serge Sautreau), Rire avec Dieu : Aphorismes et contes soufis, Paris, Albin Michel, coll. « Spiritualités vivantes » (no 130), mai 1995, 1re éd., 197 p. (ISBN 2-226-07814-2 et 9782226078148)

Javad Nurbakhsh, Dans la Taverne de la Ruine, Khaniqahi Nimatullahi Publications (ISBN 2-909698-22-X)

Eva de Vitray-Meyerovitch, Anthologie du soufisme, Albin Michel, coll. « Spiritualités vivantes », 1995

Leonard Lewisohn, La sagesse du soufisme, Traduit de l’anglais par Bernard Duband, Paris, Éditions Véga, 2002. (Anthologie du à un des meilleurs spécialistes américains du soufisme)

Omar Sohrawardi, Les Bienfaits des connaissances spirituelles (non traduit)

Article19.ma

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