Résistance et malhonnêteté. Et pour cause, le mariage par « contrat » telle est l’astuce trouvée par certains pour contourner le code de la famille, dont le controversé Cheikh Mohamed Fizazi comme le prouve un document, fuité sur les réseaux sociaux, et qui atteste de « l’engagement » de ce dernier vis à vis d’une femme au Maroc.

Le document en question, dont Fizazi a démenti la véracité avant de la confirmer implicitement par la suite, porte sa propre signature, celles de la prétendue épouse, Sanae, et de deux témoins, légalisées auprès d’une annexe administrative de la ville de Ksar El Kebir, a rapporté le site arabophone Hespress.com.

Le document atteste que Fezazi et Sanae sont mariés depuis juin dernier et que « l’absence d’un acte de mariage est due à la difficulté de le conclure » et que « la relation conjugale a donné lieu à une grossesse au cours du deuxième mois », selon la même source.

Selon un post sur Facebook, « le document prouve que Fizazi a provoqué la grossesse d’une fille mineure à Ksar El Kebir et qu’il a été contraint de signer cet engagement », soulignant que le concerné a eu recours à ce moyen après que la justice ait donné une suite défavorable à son mariage à cause du refus de ses autres épouses.

« Le document de mon mariage a été fabriqué et diffusé par les ennemis de la patrie afin de porter atteinte à la stabilité. Ces derniers sont les ennemis de la patrie et de la stabilité et les serviteurs de l’agenda étranger. Sa diffusion me vise en tant qu’une voix forte appelant à l’attachement aux constantes nationales », a écrit Fizazi dans un post Facebook ajoutant dans un autre qu’il engagera des poursuites contre une page Facebook qui a divulgué ce document sans son consentement.

+ Un contrat d’adultère? +

Cette affaire a suscité de nombreuses réactions dont celle de l’avocat et défenseur des droits humains Mohamed El Haini qui a écrit sur sa page Facebook que ce document était « un contrat d’adultère », relevant que Cheikh Fizazi est « hostile aux libertés individuelles, mais commet la débauche par contrat ».

Plusieurs internautes ont également appelé sur les réseaux sociaux à « l’ouverture urgente d’une enquête avec les fonctionnaires de l’arrondissement qui ont légalisé ce document et à considérer l’épouse présumée comme étant une victime parce qu’elle était mineure au moment de sa grossesse, n’avait pas de carte d’identité nationale et qu’elle a été piégée après avoir reçu sa carte d’identité nationale », précise le site.

Commentant cette affaire, l’avocat Mohamed Almo, a indiqué à Hespress que ce document « reflète la réalité de l’existence de personnes vivant en dehors des lois de l’État en contournant les dispositions du code de la famille régissant le mariage ».

Il a ajouté que les dispositions du Code de la famille sont claires en ce qui concerne le mariage et que la personne souhaitant épouser une deuxième ou une troisième femme est tenue d’en obtenir l’autorisation auprès de la justice.

L’avocat a expliqué que le recours à la signature d’un document dans une annexe administrative attestant du mariage n’existe pas dans le code de la famille, soulignant qu’en recourant à cette forme de mariage « Fizazi, qui prétend respecter les lois de l’État et les constantes nationales, fait fi du système juridique et, tacitement, ne le reconnait pas et, peut être, qu’il croit encore que le mariage pourrait être contracté par la présence seulement de deux témoins ».

Me Almo a souligné que « le Code de la famille ne parle aucunement d’un document d’engagement, d’affirmation ou de promesse de mariage et le recours à de telles formules ouvre la voie à piéger les femmes en leur faisant croire qu’il s’agit d’un mariage légal alors que c’est faux ».

L’avocat a expliqué que « le parquet général peut poursuivre Fizazi pour adultère s’il avait été pris en flagrant délit avec cette femme, car l’adultère est prouvée par l’absence d’un acte de mariage entre les partenaires ».

Selon lui, le document attribué à Fizazi ne prouve pas « le mariage, car le Code de la famille stipule clairement à l’article 16 que le défaut d’un acte de mariage doit être justifié par des raisons impérieuses ayant empêché son établissement tout en ne considérant pas l’existence d’autres épouses comme étant une excuse convaincante ».

+ Ils ne reconnaissent pas les lois de l’État Marocain +

L’avocat a ainsi estimé qu’il s’agit dans le cas de Fizazi d’un stratagème pour « contourner les dispositions légales en matière de mariage et échapper aux procédures relatives à la polygamie, c’est inacceptable légalement et moralement de la part d’une personne qui prétend être attachée aux constantes et aux lois ».

Me Almo a précisé que le mariage par « contrat » est très répandu chez certains groupes religieux car, implicitement, ils ne reconnaissent pas les lois de l’État, soulignant que « Fizazi et d’autres comme lui font revivre leur vieille pensée, qui ne reconnaît pas les lois de l’État, et les considère comme des lois positives contraires à la loi divine ».

De son côté, Hayat Mechnan, présidente de l’association « la voix de la femme amazighe », qui a beaucoup travaillé sur la question des mariages sans un acte légal, a souligné que le problème des mariages par la Fatiha a été soulevé par une étude menée par l’association, phénomène qui touche en particulier les mineures et les couches pauvres et vulnérables.

La militante des droits humains a déclaré à Hespress que le mariage sans-papiers, tel que celui de Fizazi, « ouvre la voie à des pratiques similaires à celles de la traite des êtres humains et à l’exploitation des familles les plus pauvres et les plus vulnérables, en particulier dans les milieux ruraux », relevant que ces pratiques ont de graves conséquences sociales, psychologiques et sur la santé.

Elle a estimé que « le mariage par contrat constitue un des aspects de la traite des êtres humains et de l’exploitation de la vulnérabilité des familles et du mépris de la dignité humaine des femmes, comme stipulé dans les conventions internationales », indiquant que « ce type de mariage nous renvoie à l’absence d’une politique de développement qui protège les familles de la pauvreté et du dénuement et préserve la dignité des femmes », ajoute la même source.

Article19.ma

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