Par Ali Bouzerda

Larousse a défini « la gaffe » comme étant une « maladresse », un « impair » ou plutôt une « parole particulièrement inadaptée à une situation ». Et en fait, c’est cette dernière définition qui sied à « la gaffe mauritanienne » du ministre El Hassan Abyaba.

Avant de revenir sur les circonstances de cette fâcheuse « maladresse » qui a frôlé l’incident diplomatique et choqué dans son sillage les mauritaniens, leur chef d’État en premier, il faut bien souligner que M. Abayba s’est retrouvé à la tête d’un « super ministère » qui englobe la Culture, la Jeunesse et les Sports, en plus des attributions du défunt ministère de la Communication, sans toutefois oublier le prestigieux poste de porte-parole du gouvernement. « Un beau costume », dirait l’autre, mais trop large pour un homme de la Chaouia qui n’a rien avoir avec « l’homme du terroir » comme Driss Basri. Ce dernier était bien averti, méticuleux et faisait bien ses devoirs avant de s’adresser aux gens, petits et grands.

Par ailleurs, universitaire « bardé de diplômes », dit-on, M. Abayba a été sélectionné et désigné car son profil répondait, par principe, à une exigence incontournable: la compétence.

Mais plus le temps passe, plus le ministre « Superman » accumule les gaffes, non pas celles d’un débutant parachuté dans les rouages de l’État, mais d’un personnage qui s’est retrouvé par accident à un poste de responsabilité qui est au dessus de ses capacités, semble-t-il. Allah ghalab!

La question qui se pose, pourquoi El Othmani a-t-il insisté sur le choix de ce candidat, et ce, abstraction faite de ses accointances avec les Saoudiens? Nombreuses versions circulent sur son parcours, mais limitons nous aux faits, et rien que les faits qui ont déchaîné la colère des internautes sur les réseaux sociaux, suite à la bourde qui a froissé les sentiments de nos voisins Mauritaniens.

M. Abayba, comme nombreux officiels Marocains, à commencer par Habib El Malki et Hakim Benchamach, adorent « les invitations » et les « voyages-missions » qui à l’occasion permettent d’accumuler les mileages et les frais de déplacement entre autres, au lieu de consacrer leur temps aux « dossiers urgents » en suspens.

Moins d’un mois après la publication au Bulletin Officiel des larges attributions du Ministère de la Culture, M. Abayba a saisi l’occasion pour s’envoler illico presto à Chenguitti, au sud de la Mauritanie pour changer d’air et assister au Festival des villes anciennes.

Légitime initiative mais, car il y a bien un « mais » : À l’ouverture de cet événement, M. Abayba a pris la parole devant le chef de l’État mauritanien, Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani et des invités africains de marque présents, en lisant son allocution en langue arabe, en commençant par al-basmala bien évidemment. Toutefois, le nouveau ministre s’est mélangé les pinceaux en surnommant, le Président en face de lui en chair et en os, « Ould Cheikh El Azzouzi ».

A noter que M. Abayba n’improvisait pas à cet instant, mais déchiffrait bel et bien un texte supposé avoir été lu et vérifié avant de se pointer avec, devant une large audience et des dizaines de caméras en place.

Les Mauritaniens ont beau cherché qui était ce monsieur « El Azzouzi », mais ils n’y arrivent toujours pas, comme ils n’ont pas compris cette expression makhzénienne « Qu’Allah le protège ». Protéger le Président Mauritanien de quoi et de qui? Et cerise sur le gâteau, notre ministre ne s’est même pas donné la peine de corriger le tir ni de s’excuser.

Folie des grandeurs? « Pas à ce point », disent même ses détracteurs.

Bref, M. Abayba est à sa quatrième gaffe, la dernière en date quand il a répondu à côté, lors d’une question au Parlement. Le président de la séance orale l’a interrompu et l’a du coup rappelé à l’ordre mais M. Abayba s’est accroché à sa réponse sur « Les maisons des jeunes au Maroc », alors que cette thématique n’était pas programmée dans l’hémicycle ce jour là.

Pas d’excuses ni d’humilité non plus, lors de cet incident live.

Bref, la question qui se pose est-ce la faute de cet homme qui s’est trouvé à ce poste important ou à ceux qui ont proposé son nom pour des raisons plutôt obscures?

M. El Othmani est sans nul doute dans l’embarras car notre ministre de la Culture est un fan non de la culture et du savoir mais plutôt de « la culture des pommes de terre » et de « l’engraissement du bétail », affirment les mauvaises langues.

D’ailleurs, le jeudi 17 octobre 2019, lors de sa première sortie médiatique à la MAP suite au Conseil de gouvernent, M. Abayba, porte-parole du gouvernement a répondu à une question relative à la croissance économique du Royaume par : « Allah yaâtina chtta » (Prions pour qu’Allah puisse nous donner la pluie). Le pauvre, comme toujours « a l’esprit ailleurs et pense souvent à son business… », disent les mêmes sources.

« Quand la gestion des affaires de la Cité est confiée à des incompétents, il faut attendre le Jour dernier », rappelle Al-Boukhari en confirmant un Hadith.

Autrefois, il y avait aussi des ministres qui commettaient de temps à autres des « gaffes », mais non pas par ignorance ou incompétence, mais par un excès de zèle.

On raconte… Un jour lors d’un meeting populaire, le ministre de l’Emploi, Arsalane El Jadidi, dans une diatribe contre les stratagèmes des décideurs algériens au sujet de la marocanité du Sahara, déclara : « Si le président algérien Haouari Boumédiène est un loup, Sidna est un slougui ».

Le roi Hassan II le convoqua le lendemain en le rappelant à l’ordre : « J’ai bien compris ton message mais évite ce genre de métaphore à l’avenir ».

« Arsalane El Jadidi ne s’embarrassait pas de formules consacrées, ni de tournures de phrases usitées. Il disait la chose politique dans un langage dépouillé, avec des images prises dans le quotidien du petit peuple et avec une préférence déclarée pour le monde rural », a écrit Maroc Hebdo en lui rendant hommage après son décès en juin 1999.

C’était une autre époque …

Article19.ma

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