Le dégoût bipartite contre la trahison du président Trump à l’égard des Kurdes syriens montre qu’il existe toujours une conviction profonde selon laquelle les alliés comptent et que la parole des États-Unis doit avoir une signification.

Les répercussions de la trahison des Kurdes au profit de la Turquie – un allié en nom seulement, dont le dirigeant est peut-être le plus amical au monde envers Al-Qaïda et l’État islamique – resteront visibles pendant des générations. Cependant, alors que l’indignation envers les actions de Trump domine les débats sur la politique étrangère au Congrès, la trahison envers le Maroc, un allié constant, reste controversée.

Pour la plupart des Américains, le Maroc est simplement une destination touristique, une touche d’Afrique et du Moyen-Orient au milieu d’auberges de jeunesse et de complexes hôteliers cinq étoiles. Pourtant, pour la sécurité nationale américaine, c’est beaucoup plus.

Le Maroc a été le premier pays à reconnaître l’indépendance des États-Unis, un an seulement après la déclaration d’indépendance (les États-Unis ont rendu la pareille en faisant pression sur la France pour qu’elle redonne la pleine indépendance au Maroc après la Seconde Guerre mondiale). La ville de Tanger au nord abrite la légation américaine, la plus ancienne propriété diplomatique américaine et le seul monument historique national américain situé en dehors des États-Unis.

Tout au long de la guerre froide, le Maroc a pris le parti des États-Unis même s’il était inopportun de le faire.

Dans les années qui ont suivi la guerre froide, le Maroc a été à l’avant-garde des efforts visant à lutter contre l’extrémisme violent non seulement dans le royaume, mais également dans l’ensemble du Maghreb, du Sahel et de l’Afrique occidentale. Presque chaque année, le Maroc accueille « African Lion », le plus grand exercice militaire américain en Afrique.

Malgré cela, les États-Unis ont de plus en plus fermé les yeux sur les préoccupations sécuritaires du Maroc. Après avoir été divisé par les Espagnols et les Français lors de la course effrénée de l’Europe à l’Afrique, les Marocains ont marché pacifiquement vers l’ancienne colonie espagnole du Sahara occidental et l’ont déclarée partie intégrante du Royaume du Maroc.

Historiquement, les Marocains avaient raison. La plupart des dynasties marocaines – y compris l’actuelle – sont originaires du Sahara. Dans le contexte de la guerre froide, toutefois, l’Union soviétique, Cuba et l’Algérie ont soutenu le Front Polisario, un groupe terroriste basé en Algérie qui s’était autoproclamé dirigeant de la soi-disant République arabe sahraoui démocratique (RASD).

Alors que les États-Unis ne reconnaissent pas la RASD, ils ne reconnaissent pas non plus la pleine souveraineté du Maroc sur la région. En 1991, l’Organisation des Nations Unies a demandé un référendum pour les Sahraouis du Sahara occidental, décision que l’Algérie a toujours entravée. La position du Département d’État a été de faire le médiateur et de promouvoir une solution juste et durable.

C’est ce que le Maroc a fait en proposant un plan d’autonomie en concertation étroite avec des diplomates américains.

C’est un plan qui fonctionne: les Sahraouis l’ont adopté et même d’anciens membres du Polisario ont cherché à revenir et à se réintégrer. En effet, les défections des membres du Polisario pour le Maroc a tellement inquiété le groupe qu’ils ont limité les mouvements de leurs membres. L’Algérie et le Polisario empêchent les familles de voyager ensemble, ce qui permet de prendre en otage femmes et enfants. Pour l’Algérie, le maintien du Polisario est à la fois un coup diplomatique contre le Maroc et une aubaine financière. Ces dernières années, l’armée algérienne a détourné une grande partie de l’aide internationale destinée à ses camps de réfugiés sahraouis.

Au lieu de soutenir notre allié, les administrations Obama et Trump ont puni le Maroc pour sa flexibilité et son pragmatisme.

Les conseillers en sécurité nationale Susan Rice et John Bolton ont trouvé une cause commune dans la promotion du Polisario aux dépens du Maroc. Pour Rice, le problème était idéologique. Kerry Kennedy, une militante autoproclamée des droits de l’homme, était une amie et elle a murmuré des récits – souvent faux – à Rice, que la conseillère à la sécurité nationale a adoptés. En 2013, l’intervention unilatérale de Rice contre la politique du gouvernement américain et le consensus sur le Maroc ont aveuglé le Pentagone et le Département d’État, conduisant à la pire crise des relations bilatérales entre les États-Unis et le Maroc et à la suspension des exercices « African Lion ».

L’affinité de Bolton avec les positions du Polisario est plus curieuse, mais elle est peut être le résultat de ses relations avec l’ancien secrétaire d’État James Baker, dont le fils exerce des activités dans le secteur de l’énergie algérien.

Rice et Bolton mis à part, une ligne dure contre le Front Polisario est dans l’intérêt national des États-Unis.

Le Front Polisario constitue depuis longtemps une bande criminelle, tirant profit du trafic de drogue et d’êtres humains à travers le Sahara. Le groupe aurait également loué son réseau à Al-Qaïda au Maghreb islamique, qui continue de déstabiliser des pays du Sahel. En 2018, le Maroc a rompu ses relations diplomatiques avec l’Iran (pour la deuxième fois) après que la sécurité marocaine eut déterminé que des agents iraniens s’entraînaient et collaboraient avec le Polisario, peut-être au profit des cellules du Hezbollah en Afrique de l’Ouest.

C’est dans ce contexte que la poursuite par l’administration Trump de la politique d’Obama affaiblissant le Maroc et légitimant une relique marxiste de la Guerre froide est étrange. La position du département d’Etat semble être conduite – au nom du compromis – avec peu de sens envers le cas historique du Maroc ou les intérêts de la sécurité nationale des États-Unis.

Le secrétaire d’État Mike Pompeo devrait au contraire soutenir le Maroc dans le même esprit que le Maroc a toujours défendu les États-Unis. Le département d’État et la Maison Blanche devraient déclarer clairement et succinctement que les États-Unis soutiennent la souveraineté du Maroc sur tous les territoires qu’il contrôle actuellement.

Si Trump et Pompeo veulent vraiment lutter contre le terrorisme islamiste radical et l’influence iranienne, il est temps de soutenir le Maroc, plutôt que de fournir une bouée de sauvetage aux terroristes.

Source:https://www.washingtonexaminer.com/opinion/the-us-betrayed-morocco-long-before-trump-betrayed-the-kurds

**** Michael Rubin est chercheur à l’American Enterprise Institute, au Washington Institute for Near East Policy et expert du Cabinet de relations publiques Benador Associates. Il a été conseiller de l’Autorité provisoire de la Coalition en Irak et conseiller de Donald Rumsfeld sur l’Irak et l’Iran au Pentagone.

Article19.ma

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