Dr Mohamed Chtatou

LA RÉPUBLIQUE POPULAIRE DE CHINE est un pays avec une longue histoire et une civilisation ancienne. Dès 4000 ans avant JC, il y avait des colonies tout au long du fleuve Jaune. Les Chinois racontent toujours leur histoire depuis la dynastie Xia, qui a vu le jour au XXIe siècle avant J.-C. et a été suivie par plusieurs dynasties jusqu’en 1911, année où Sun Yat-sen a été proclamé président de la République de Chine. En 1921, le Parti communiste chinois a été fondé. Après cela, les communistes ont coopéré avec les nationalistes de Sun Yat-sen, mais ce processus a été rompu avec eux suite à la mort de Sun. Ensuite, le Parti communiste a mis sur pied son armée en 1927, appelée Armée populaire de Libération (Armée rouge), peu de temps avant la guerre contre le Japon (1936-1945).

Après une lutte longue et ardue marche sous la direction du parti et de son président, Mao Zedong, le peuple chinois a fondé la République populaire de Chine en 1949. Cette jeune république communiste a, ensuite, connu une période difficile de 3 ans en raison de catastrophes naturelles et du retrait de l’aide de l’Union soviétique. De 1966 à 1976, la Chine a connu sa « Révolution culturelle », un mouvement national très controversé contre le féodalisme, la religion et le capitalisme.
Après la mort de Mao en 1976, Deng Xiaoping fut choisi chef du parti en 1978 et immédiatement lança un programme de réformes et d’ouverture qui a mené à un développement sans précèdent et propulsa la Chine sur la scène internationale en tant que puissance mondiale. Il est connu comme l’« Architecte de la Chine Moderne » pour avoir entrepris la mise en œuvres de « Quatre Modernisations » marquant ainsi formellement le début de l’ère des réformes : l’agriculture ; l’industrie ; la science et les technologies ; et la défense nationale. La république populaire de Chine décida d’accélérer le processus de modernisation en augmentant le volume de ses échanges commerciaux et en ouvrant son marché, en particulier pour l’achat de machines en provenance du Japon et de l’Occident. L’affichage sur le mur de la Démocratie à Pékin, en décembre 1978, du manifeste de « La Cinquième Modernisation », la démocratie, par Wei Jingsheng a entraîné l’arrestation de l’auteur en mars 1979. Deng Xiaoping a ainsi marqué les limites de la réforme.

Manifestation massive de la puissance militaire à l’occasion de la fête nationale
La Chine a célébré 70 ans de règne du Parti communiste et son accession au rang incontesté de superpuissance mondiale le 1 octobre 2019 avec un défilé militaire présentant la technologie du pays et la promesse solennelle du président Xi Jinping selon laquelle « aucune force ne peut ébranler le statut de cette grande nation ».
Mais les manifestations massives et violentes à Hong Kong ont assombri, toutefois, la projection soigneusement chorégraphiée par Beijing de l’unité et du pouvoir nationaux.

Chine : grande puissance militaire

Les dirigeants chinois se sont, donc, réunis mardi 1 octobre sur une plate-forme d’observation sur la place Tiananmen pour assister au défilé militaire de soldats et armes, y compris de nouveaux drones hypersoniques et des missiles balistiques intercontinentaux.
Cette cérémonie a été suivie d’un défilé de civils pour rendre un vibrant hommages aux icônes nationales tel le président fondateur, Mao Zedong, ainsi qu’aux bicyclettes pour lesquelles la Chine était connue avant de devenir un poids lourd économique, née des réformes des années 1980.
Le Président Xi Jinping a assisté, en grande pompe, au spectacle, qui comprenait un défilé de 15 000 soldats de l’Armée populaire de Libération et un survol de 160 avions, depuis le podium de la porte Tiananmen, d’où le feu dirigeant Mao Zedong avait proclamé la République populaire en 1949.
Le défilé comprenait les nouveaux missiles balistiques intercontinentaux DF-41, qui peuvent transporter jusqu’à 10 têtes nucléaires en tout point du territoire des États-Unis. Le drone supersonique chinois WZ-8, les véhicules d’assaut et les véhicules blindés de l’unité Falcon Commando ont également fait leur apparition, de même que les chars d’assaut 99A de la prochaine génération, a rapporté l’agence de presse d’Etat Xinhua.
Dans un discours prononcé au début du défilé, Xi a déclaré que la Chine ne cherchait qu’un « développement pacifique » et que l’APL, forte de deux millions de personnes, « maintiendrait fermement la paix dans le monde ».
Hu Ping, rédacteur honoraire du magazine politique en langue chinoise Beijing Spring et opposant au régime communiste, basé aux États-Unis, a déclaré que le Parti communiste de Xi avait de plus en plus recours au sentiment nationaliste pour maintenir ses 1,3 milliard de citoyens face aux difficultés économiques croissantes et à l’incertitude mondiale. « Le nationalisme est une notion de longue date en Chine », a déclaré Hu. « Le nationalisme est une fondation, mais il ne nous dit pas ce qu’une classe dirigeante va faire avec un pays ». « Il y a encore beaucoup de gens en Chine qui adhèrent à ce type de pensée, qui est une pensée fondamentale observée lors de la rébellion des Boxers », a ajouté ce journaliste, faisant référence à un soulèvement de 1900 dans le nord de la Chine. Un mouvement, initialement opposé à la fois aux réformes, aux colons étrangers et au pouvoir féodal de la dynastie mandchoue des Qing.
Il a fait remarquer, aussi, que les partis communistes ont généralement adhéré à l’internationalisme, une vision qui veut que les gouvernements travaillent avec d’autres pays socialistes et développent le communisme au-delà de leurs frontières : « Maintenant, le communisme est politiquement en faillite, alors le Parti communiste chinois en parle moins.
Pour Hu, en conclusion, il va sans le dire que la Chine doit son succès économique époustouflant d’aujourd’hui à un certain nombre d’accidents historiques plutôt qu’à un modèle performant pouvant être exporté ailleurs.

Chine : poids lourd économique

L’économie de marché socialiste de la Chine est la deuxième économie du monde en termes de PIB nominal et la plus grande économie du monde en parité de pouvoir d’achat. Jusqu’en 2015, la Chine était la principale économie jouissant de la croissance la plus rapide au monde, avec des taux de croissance moyens de 6,5% sur 30 ans. En raison de faits historiques et politiques liés au développement de l’économie chinoise, le secteur public chinois représente une part plus importante de l’économie nationale que le secteur privé en plein essor. Selon le FMI, sur la base du revenu par habitant, la Chine se classait au 73ème rang du PIB (PPA) par habitant en 2019. et e pays possède les ressources naturelles les plus importantes au monde, d’une valeur de 23 trillions (mille milliards) de dollars, dont 90% sont du charbon et des métaux de terres rares.
La Chine possède également l’actif du secteur bancaire le plus important au monde, avec 39,93 trillions de dollars et 27,39 trillions de dollars de dépôts. Le pays enregistrait le quatrième plus important investissement direct étranger entrant et le onzième plus grand investissement direct étranger sortant. La Chine compte le deuxième plus grand nombre de milliardaires au monde, avec une richesse totale de 996 milliards de dollars. Parmi les 500 plus grandes entreprises du monde, 129 ont leur siège en Chine. Il possède les plus grandes réserves de change du monde d’une valeur de 3,1 trillions de dollars.
La Chine est la plus grande économie manufacturière et exportatrice de biens au monde. C’est également le marché de consommation qui connaît la croissance la plus rapide sur la planète et le deuxième importateur de biens. C’est la plus grande nation commerçante du monde et elle joue un rôle de premier plan dans le commerce international d’aujourd’hui. Elle s’est engagée, de plus en plus, dans des organisations et des traités commerciaux ces dernières années. La Chine est devenue membre de l’Organisation mondiale du Commerce (OMC) en 2001, et elle a également conclu des accords de libre-échange avec plusieurs pays, dont : l’Australie, la Nouvelle-Zélande, le Pakistan, la Corée du Sud et la Suisse.
Les provinces des régions côtières chinoises ont tendance à être plus industrialisées, tandis que les régions de l’arrière-pays (hinterland ou périphérie) sont moins développées, par contre. L’importance économique de la Chine a augmenté, de même que l’attention portée à la structure et à la santé de l’économie. Les principaux partenaires commerciaux de la Chine sont aujourd’hui : les États-Unis, l’Union européenne, le Japon, Hong Kong, la Corée du Sud, Taïwan, l’Australie, le Vietnam, la Malaisie et le Brésil.
La Bourse de Shanghai et la Bourse de Shenzhen sont l’une des plus grandes bourses du monde en termes de capitalisation boursière et de volume des échanges. Avec ses 789 millions de travailleurs, la main-d’œuvre chinoise est la plus importante au monde en 2018. Elle se classe au 46ème rang sur l’indice de facilité à faire des affaires et 28ème sur le rapport sur la compétitivité mondiale.

Shanghai : un centre économique et financier mondial

Initiative Routes et Ceinture (Belt and Road Initiative, (BRI))
L’Initiative Routes et Ceinture (BRI) est une stratégie de développement mondial adoptée par le gouvernement chinois qui prévoit le développement d’infrastructures et des investissements dans 152 pays et des organisations internationales en Asie, en Europe, en Afrique, au Moyen-Orient et dans les Amériques.
Le Président de la République populaire de Chine, Xi Jinping, avait initialement annoncé cette stratégie lors de visites officielles en Indonésie et au Kazakhstan en 2013. Le terme « ceinture » désigne les itinéraires terrestres pour le transport routier et ferroviaire, appelés  » ceinture économique de la route de la soie » ; tandis que « route » se réfère aux routes maritimes, ou la Route de la Soie maritime du 21ème siècle.
Initialement, cette grande initiative économique était connue sous le nom de « One Belt One Road » (OBOR), faisant référence à la ceinture économique de la route de la soie et de la route de la soie maritime du XXIe siècle jusqu’en 2016, lorsque le gouvernement chinois a estimé que l’accent mis sur le mot « one » était sujet à une interprétation erronée. Cependant, cette ancienne appellation est toujours utilisée en Chine, aujourd’hui.
Le gouvernement chinois a qualifié cette initiative de « tentative visant à améliorer la connectivité régionale et à envisager un avenir meilleur ». Certains observateurs y voient une poussée pour la domination chinoise dans les affaires mondiales avec un réseau commercial centré sur la Chine, en un mot un néocolonialisme chinois. La date d’achèvement prévue du projet est 2049, ce qui coïncidera avec le centenaire de la création de la République populaire de Chine.
Outre l’amélioration de la connectivité ferroviaire, BRI est aussi d’une stratégie de développement pour promouvoir la coopération entre les pays sur une vaste bande s’étendant à travers l’Eurasie et qui a pour objectif de renforcer la position de la Chine sur le plan international en préservant la connexion de ce pays avec le reste du monde en cas de tensions militaires sur ses zones côtières.
Certains analystes, toutefois, voient dans ce projet un prolongement inquiétant de la puissance croissante de la Chine et, alors que les coûts de la plupart des projets proposés ont explosés, l’opposition s’est accrue dans certains pays participants. Dans le même temps, les États-Unis partagent l’inquiétude de certains pays asiatiques, à savoir que la BRI pourrait être un Cheval de Troie pour le développement régional dirigé par la Chine. Sous le président Donald J. Trump, Washington a sonné l’alarme concernant les actions de Pékin dans ce sens, alors même qu’elle avait abandonné certains efforts américains visant à isoler la Chine et à renforcer ses propres liens avec les partenaires économiques de la région. En ce sens, l’approche agressive de Xi est un changement radical par rapport à ses prédécesseurs, qui suivaient la maxime de Deng : « Cachez votre force, attendez votre temps ».
Nayan Chanda, ancien rédacteur en chef de la revue Far Eastern Economic Review, qualifie la BRI de « Forte manifestation des ambitions énergétiques de la Chine au XXIe siècle », affirmant que l’objectif de Pékin est de refaire l’équilibre géopolitique du pouvoir. D’autres l’ont formulée dans des termes moins contradictoires, affirmant que les dirigeants chinois espéraient simplement que la BRI améliorerait l’image de la Chine auprès de ses voisins et contribuerait à les revigorer sur le plan économique.

Puissance spatiale
Ce n’était peut-être qu’une question de temps avant que l’Empire Céleste atteigne les étoiles. Le gouvernement chinois a fait de la conquête de l’espace une priorité stratégique clé, avec un budget spatial de 8 milliards de dollars, le deuxième en importance après les États-Unis, selon la Space Foundation, une organisation américaine à but non lucratif.

Chine puissance spatiale confirmée

Les scientifiques chinois ont été les premiers pionniers des fusées rudimentaires en l’an 900, bien qu’ils n’aient lancé leur première fusée Longue Marche qu’en 1970 grâce à la technologie soviétique, du temps. Depuis, ils ont envoyé un être humain dans l’espace en 2003 et Ils progressent rapidement. En effet, en janvier, la Chine a franchi une nouvelle étape en posant son atterrisseur lunaire Chang’e 4 à l’arrière de la Lune. En parallèle, l’engin lunaire mobile (rover) chinois Jade Rabbit 2 a pu retransmettre des données vers la Terre via un satellite précédemment déployé autour de la Lune pour établir une liaison radio. Dans une autre première, une graine de coton a germé à bord du Chang’e 4, qui porte le nom de la mythique déesse de la lune chinoise. Après la mission, le président chinois Xi Jinping a loué les « exploits remarquables » qui avaient « établi un modèle de fierté pour l’ensemble du parti [communiste chinois], des forces armées et de la population de tous les groupes ethniques de Chine ».
Ce soutien venant du sommet de la hiérarchie politique souligne l’ampleur des ambitions chinoises. La Chine possède déjà le plus grand radiotélescope, à pleine ouverture ((wide aperture) du monde, mesurant un peu plus de 1 640 pieds. Outre la visite de Mars, la Chine envisage d’envoyer des sondes vers les astéroïdes, vers Jupiter et même vers Uranus. Elle vise également construire une station de recherche scientifique dans la région polaire méridionale de la Lune et à mettre en place sa propre station spatiale d’ici 10 ans. « Ils ont un ensemble d’objectifs stratégiques à long terme et travaillent délibérément et systématiquement pour atteindre ces objectifs », a déclaré Kathy Laurini, conseillère principale de la NASA pour l’exploration et les opérations spatiales.
Les lancements de satellites sont également une priorité pour la Chine. En effet, ce pays a effectué 38 lancements en 2018, plus que tout autre pays, pour tenter de rattraper l’avance de l’Occident et de la Russie dans ce domaine. D’ailleurs le mois dernier, la Chine a lancé pour la première fois une fusée depuis une plate-forme mobile dans la mer Jaune, envoyant en orbite cinq satellites commerciaux et deux autres contenant une technologie expérimentale. L’opération signifie clairement que la Chine est, aujourd’hui, le troisième pays après les États-Unis et la Russie à maîtriser les lancements en mer.

La place de la Chine dans le monde
En une génération à peine, la Chine a réussi, grâce au développement capitaliste, à exporter le socialisme maoïste. Il faut remercier, à cet effet, Deng Xiaoping, qui a une fois rappelé à son peuple qu’« être riche, c’est glorieux ». Cette hérésie, qui est devenue un slogan populaire, a marqué un tournant dans la transformation idéologique de la Chine. De l’effort condamné à former l’être humain socialiste à travers le socialisme agraire, le Parti communiste chinois a plutôt cherché à créer une économie robuste en utilisant les outils du capitalisme de marché. Plutôt que de considérer cela comme un renversement de la vision socialiste, le parti a interprété la modernisation de l’économie chinoise par le biais du capitalisme comme une condition préalable à une société socialiste dans laquelle la prospérité – et non la pauvreté – se démocratiserait, éventuellement.
Le génie de Deng n’est pas mieux confirmé que de voir la Chine présider aujourd’hui à un rassemblement de dirigeants politiques et de dirigeants d’entreprises du monde entier pour discuter de la manière de répartir les avantages du développement capitaliste en intégrant l’infrastructure mondiale du commerce. C’est ce que l’on appelle l’Initiative Ceinture et Routes (BRI) – du moins sur papier, lancée en 2013 et qui a suscité l’intérêt d’au moins 150 pays du monde.
Lors du deuxième forum de BRI à Beijing, le président chinois Xi Jinping a déclaré aux invités : « La coopération Belt and Road Initiative propose de nouveaux moyens d’améliorer les opportunités de prospérité commune et de mondialisation économique. Nous devrions garder les parties motivées dans l’esprit du multilatéralisme. Pour aller de l’avant, nous devrions nous concentrer sur les opportunités ».

Réveil de la Chine
Quand la Chine s’éveillera… le monde tremblera est un essai d’Alain Peyrefitte paru en 1973 chez Fayard. Il s’est vendu à plus de 885 000 exemplaires en comptant uniquement l’édition française. Il a été republié en deux tomes en livre de poche, sous-titrés respectivement : Regards sur la voie chinoise et La Médaille et son revers. Le titre de l’ouvrage vient d’une phrase prophétique attribuée à Napoléon Ier : « Laissez donc la Chine dormir, car lorsque la Chine s’éveillera le monde entier tremblera ». Selon l’historien Jean Tulard, cette citation apocryphe aurait été inventée pour le film Les 55 Jours de Pékin sorti en 1963. Pour d’autres, Napoléon 1er aurait prononcé cette phrase en 1816 à Sainte-Hélène après avoir lu La Relation du voyage en Chine et en Tartarie de Lord Macartney, premier ambassadeur du roi d’Angleterre en Chine à l’époque.
Toutefois, il faut dire que la Chine s’est effectivement réveillé mais le monde n’est pas en train de trembler de peur mais de frémir d’admiration pour ce grand pays qui est en passe de redéfinir les relations internationales dans le sens de plus d’équité et de justice et d’offrir de l’espoir aux pays pauvres du Sud, par le biais d’une coopération win-win, dans le respect et la dignité.

Bejing, grande métropole d’une superpuissance mondiale

Vous pouvez suivre le Professeur Mohamed CHTATOU sur Twitter : @Ayurinu

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