Interview réalisé par: TelQuel

A la tête du département de la Santé, El Hossein El Ouardi a gardé son dynamisme de médecin urgentiste et tente de secourir un secteur malade. Rencontre avec un ministre téméraire.

Après bientôt trois ans à la tête du ministère de la Santé, quel diagnostic faites-vous du secteur ?

La santé ne se porte pas bien. On n’est jamais satisfait du travail accompli, même si beaucoup de choses ont été mises en place. L’espérance de vie a augmenté, passant à 75 ans, et la mortalité maternelle et infantile a baissé. Mais le secteur de la santé souffre encore de beaucoup de dysfonctionnements qui ne peuvent être réglés par le secteur public uniquement, d’où la mise en place d’une convention public-privé avec les ONG et les professionnels de la santé exerçant dans le secteur privé pour l’amélioration de l’offre de soins et services.

 De quelles solutions disposez-vous pour améliorer le secteur ?

Nous voulons mettre en place une politique de gestion des ressources humaines basée sur la méritocratie. Nous envisageons de régionaliser et de décentraliser la gestion du secteur de la santé afin, entre autres, d’obtenir une efficience économique. D’ailleurs, nous sommes passés de 45 à 170 millions de dirhams pour la maintenance des équipements au niveau des régions. De manière générale, il faut alléger les tâches du ministère de la Santé. Aujourd’hui, nous sommes dispensateurs de soins, pourvoyeurs de financements, régulateurs et planificateurs. C’est beaucoup. Je recommande donc que l’Etat devienne le garant de l’équité dans l’accès aux soins, en laissant les régions se gérer elles-mêmes. Plus encore, il faut se battre pour obtenir une couverture sanitaire universelle en cas de maladie qui nécessite de lourdes dépenses. C’est l’une de nos priorités. Entre-temps, l’État a mis en place l’Assurance maladie obligatoire (AMO), ainsi que le Régime d’assistance médicale (RAMED) pour les démunis qui couvre 8,5 millions de personnes. Et nous comptons élargir la couverture médicale aux étudiants et aux indépendants.

Avec 6 médecins pour 10 000 habitants, il y a un véritable déficit. Comment comptez-vous augmenter ce chiffre ?

L’Organisation mondiale de la santé classe le Maroc parmi 54 pays dans le monde qui connaissent une pénurie aiguë en personnel de la santé. Nous voulons donc mettre en place ce que nous allons appeler « le service sanitaire obligatoire ». Ainsi, les professionnels de la santé fraîchement diplômés seront tenus de travailler pendant deux ans dans les régions reculées du Maroc. Cela nous permettra de gagner en qualité et en quantité. Nous pourrions ainsi résoudre qualitativement la prise en charge en milieu rural, là où nous constatons un manque.

Si vous deviez proposer un projet de loi sur l’avortement, quel serait-il ?

Je suis médecin et citoyen avant tout. Pour moi, la femme devrait disposer de son corps. Si par exemple une femme démunie tombe enceinte d’un enfant dont elle n’a pas les moyens de s’occuper, comment va-t-elle s’en sortir ? Elle doit avoir le droit de décider. Selon moi, il faut absolument légaliser l’avortement, car ce n’est pas uniquement une question médicale, mais également sociale.

Il paraît qu’il y a un froid entre le PJD et votre parti, le PPS, notamment en ce qui concerne l’avant-projet de réforme du Code pénal. Que pensez-vous de la proposition de votre gouvernement ?

Au sein du PPS, nous sommes opposés à tout ce qui touche aux libertés individuelles tant que cela ne cause pas de problème au fonctionnement et à la stabilité du pays. Le fait de renforcer les peines en cas de rupture de jeûne en public pendant le ramadan n’a pas lieu d’être, idem pour les rapports sexuels hors mariage. Il ne faut pas virer vers le conservatisme extrême, uniquement parce que c’est ce qu’on attend de nous.

Du coup, êtes-vous pour l’interdiction de la polygamie ?

Je suis catégoriquement contre la polygamie. Je suis d’ailleurs choqué qu’une telle pratique continue d’exister. C’est une insulte à la femme que d’envisager d’avoir plusieurs épouses. C’est mon avis et la position de mon parti. Après, chacun est libre de faire ce que bon lui semble.

Article19.ma

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