Une histoire digne d’un roman policier. La jeune journaliste marocaine, Hajar Raissouni (la Raissounia), très peu connue jusque là, vient de déclencher un mouvement de solidarité à cause de son inculpation pour « avortement illégal » et sa mise illico presto inattendue sous les verrous. Un soutien, non seulement parmi les réseaux sociaux et la confrérie des journalistes au Maroc et à l’étranger mais aussi parmi les hommes politiques à commencer par l’ancien chef de gouvernement Abdelilah Benkirane.

Un procès s’ouvrira lundi prochain à Rabat pour examiner cette affaire dont les mis-en-cause sont: un gynécologue, un anesthésiste et une secrétaire, et bien évidemment « la Raissounia » et son fiancé Soudanais. Un procès qui sera sans nul doute suivi par les ONG internationales, tels que Amnesty, Freedom House, Human Rights Watch et Reporters sans Frontière. Une véritable tempête médiatique à l’horizon s’abattra sur le Royaume et où le Maroc risque d’être montré du doigt pour « atteinte » à la liberté individuelle, surtout que la mise en cause est une jeune journaliste rifaine, qui dans ses précédents reportages sur le site Akhbar Al Yaoum n’a pas caché « sa sympathie » envers Hirak Rif et son îcone Nasser Zefzafi. Officiellement, c’est une histoire de « moeurs » ni plus ni moins et rien avoir le Rif ni les Rifains.

Le site arabophone Hespress a brossé un tableau presque complet de cette affaire qui agite la Toile depuis le weekend dernier, et ce, en présentant deux versions des faits et des positions à ce sujet:

Récit :

« La police a arrêté, samedi matin, la journaliste du quotidien Akhbar Al Yaoum, Hajar Raissouni, 28 ans, et son fiancé Rifaat al-Amin, un chercheur et défenseur des droits de l’homme soudanais, dans le quartier d’Agdal à Rabat ainsi qu’un gynécologue, un anesthésiste et une infirmière.

L’arrestation de la jeune journaliste a rapidement suscité de nombreuses réactions de trois natures différentes.

1- La première s’est empressée de condamner ce qui s’est passé et a considéré que cette arrestation vise la ligne éditoriale du journal « Akhbar Al Yaoum »… et serait en quelque sorte une « vengeance » à l’encontre de son oncle Ahmed Raissouni, dirigeant islamiste conservateur parmi les membres influents de l’organisation internationale des Frères Musulmans.

2- La seconde position estime que l’arrestation de la jeune journaliste pour « avortement » ne constitue par contre aucune « vengeance politique » ou autres « accusations toutes faites » des appareils de l’État, mais « une poursuite juridique de routine », ni plus ni moins.

3- la troisième: Certains commentateurs ont choisi d’exprimer une troisième position de prudence pour éviter la calomnie jusqu’à ce que les choses deviennent plus claires lors du procès.

+ « Mariage coutumier » +

De nombreux journalistes, des militants des droits de l’homme et même certains politiciens ont appris avec étonnement l’arrestation de la journaliste Hajar Raissouni dénonçant la manière de son interpellation qu’ils ont considérée comme « une diffamation malveillante ». C’est ce qu’a écrit Akhbar Al Yaoum à sa une: « L’arme de la diffamation frappe de nouveau Akhbar Al Yaoum ».

Hajar Raissouni a déclaré à la police judiciaire, selon le journal, alors qu’elle était dans un état de grande fatigue, qu’elle a senti « une douleur au ventre accompagnée de saignements et qu’après que la douleur ait augmenté, elle est allée consulter un médecin qui l’a informée qu’elle souffrait d’une hémorragie aiguë qui nécessite une intervention immédiate », ajoutant qu’elle était mariée à Rifaat al-Amin après lecture de la Fatiha dans la maison de sa famille (mariage coutumier).

La jeune journaliste a également déclaré que son arrestation par les policiers n’a pas eu lieu à l’intérieur du cabinet du médecin mais « dans la rue par six agents en civil » qui l’ont encerclée devant un bâtiment au quartier Agdal et avaient des appareils avec lesquels ils prenaient des images » avant d’assurer devant le juge qu’elle n’avait jamais subi une intervention d’avortement.

+ « Flagrant délit… » +

Le récit de la Raissounia a été démenti par « une source proche de l’enquête en cours, ajoute Hespress, en ce sens que cette source a indiqué que « l’intéressée a été arrêtée à l’intérieur de la clinique après avoir subi un avortement » et que « la présence de l’anesthésiste qui a été payé 150 dirhams confirme l’intervention dans cette clinique ».

Et d’ajouter: « La journaliste a également payé 3500 Dh sur le coût total de l’opération, soit 4200 Dh avant d’être rejointe par son fiancé soudanais, qui a déboursé 700 Dh pour compléter le paiement total des frais de l’opération ».

La même source a ajouté que « Hajar Raissouni a reconnu de manière spontanée dans le procès-verbal les faits qui lui sont reprochés », indiquant qu’elle « s’était présentée à la clinique vendredi dernier, sous une fausse identité (Hajar Zayani), pour un avortement à cause d’un divorce, des détails qui ont été confirmés par l’infirmière laquelle a également indiqué que Hajar a subi un test positif qui a confirmé sa grossesse avant de se rendre à la clinique et de prendre un rendez-vous avec le médecin samedi pour un avortement.

Hespress affirme que la même source a exprimé « son étonnement » quant à la tentative de certaines parties et certains médias de « dramatiser la situation et de la présenter comme une affaire des droits de l’homme et une affaire politique de manière abusive », citant l’exemple du démantèlement d’un réseau d’avortement à Marrakech, composé d’un pilote et de trois médecins, le 24 avril dernier. Une affaire qui a, d’ailleurs, été traitée par le quotidien Akhbar Al Yaoum et son site électronique, a rappelé la source proche de l’enquête.

Selon les statistiques obtenues par Hespress, 15 cas d’avortement illégal ont été traités au niveau national par la police judiciaire en 2018 et 2019, et 70 suspects ont été entendus dans le cadre de ces affaires, dont des infirmières, des anesthésistes et 23 médecins.

+ La fièvre des « interprétations » +

Parallèlement aux déclarations de la Raissounia et de ceux qui la soutiennent parmi les nombreux journalistes et défenseurs des droits de l’homme, a fait jour une fièvre des interprétations des rapports médicaux. Chaque partie les interprète à sa guise selon sa position, sa sympathie ou non, dans ce dossier brûlant. Certains ont ainsi souligné que l’expertise médicale a conclu à l’innocence de Hajar et qu’elle n’a pas fait interrompre sa grossesse, alors que d’autres ont interprété les résultats de l’expertise comme confirmant le recours de la journaliste à l’avortement.

Le quotidien Akhbar Al Yaoum a publié une partie du résultat de l’expertise médicale en affirmant qu’il n’y a aucune trace de pinces médicales d’avortement dans le col utérin de Hajar alors qu’il est impossible de faire une telle intervention sans cette pince, concluant que Hajar souffrait seulement d’une « hémorragie au niveau du col de l’utérus ».

Certains d’autres se sont arrêtés à ce qu’ils ont décrit comme étant « des surprises retentissantes » dans le rapport du professeur Samir Bargach, gynécologue à l’hôpital Ibn Sina de Rabat, dans lequel il a « confirmé que l’intéressée était enceinte et avait avorté un autre fœtus il y a environ six mois, et qu’elle est « actuellement enceinte de 8 semaines et que la deuxième grossesse a eu lieu le 5 juillet dernier », selon les déclarations de la patiente en l’absence de documents ».

L’obstétricien, lui-même, a indiqué dans le rapport d’expertise médicale que Hajar Raissouni a reconnu avoir « interrompu volontairement sa grossesse » car il s’agissait d’une « grossesse non désirée » pour s’en débarrasser le samedi matin, 31 août dernier, sous anesthésie totale dans une clinique gynécologique au quartier d’Agdal à Rabat.

Le site souligne par ailleurs, avoir présenté les résultats disponibles de l’expertise à un autre gynécologue et obstétricien qui a souligné que « le test de la grossesse était positif » et que l’examen clinique a révélé une augmentation de la taille du col de l’utérus avec une inflammation et un saignement provenant de l’utérus.

Le même spécialiste a conclu que l’examen clinique effectué sur Hajar Raissouni a relevé une extension de l’ouverture externe du col de l’utérus, ce qui indique « un avortement récent, une naissance ou une menstruation », soulignant que « l’examen par échographie a prouvé qu’il y avait une concentration de substances à l’intérieur de l’utérus ce qui révèle « une grossesse antérieure avortée ».

+ « Riez de ma chute et de mon humiliation, le jour viendra… » +

Des associations des droits de l’homme et des organisations professionnelles ont condamné et dénoncé l’arrestation de Raissouni. L’Association marocaine des droits de l’homme (AMDH) a qualifié dans un communiqué « d’inacceptables les accusations portées contre la journaliste » et les personnes arrêtées dans la même affaire, car « les faits en question relèvent de la liberté individuelle des Marocains ».

De son côté, l’Organisation de la liberté d’information et d’expression « Hatem » a estimé dans un communiqué que ce qui est visé par « la violation de la vie privée » de la journaliste Hajar.

Pour sa part, le Syndicat national de la presse marocaine (SNPM) a dénoncé ce qu’il a appelé « la campagne de diffamation malveillante et contraire à la déontologie dont a été notre collègue Hajar de la part de certains médias, qui ont choisi de ne pas respecter les principes d’éthique professionnelle dans le traitement de ce dossier », exigeant le respect de la présomption d’innocence en tant que principe juridique et de droits de l’homme sacré.

A noter que la position mi-figue mi-raisin du SNPM a mis en colère la famille de la Raissounia qui a décliné le soutien de syndicat qui voulait désigner un avocat pour défendre la journaliste.

De son côté, le prince Hicham Alaoui, cousin du roi Mohammed VI, est entré sur la ligne à partir des États Unis en annonçant sur page Facebook qu’il s’agit d’une « atteinte aux droits constitutionnels » de cette femme dans un pays qui se dit être un Etat de droit, ajoutant que « ce cas constitue aussi une atteinte à l’esprit de nos traditions islamiques qui protègent l’intimité des gens, loin de la diffamation, et préservent leur honneur. « 

تعرضت مواطنة مغربية وهي السيدة هاجر الريسوني الى اعتداء فاضح، فقد جرى اتهامها بالإجهاض بينما تقرير طبي طالب به القضاء…

Publiée par Hicham Alaoui sur Mardi 3 septembre 2019

Quant au célèbre Cheikh Ahmed Raissouni, qui est l’oncle de la journaliste Hajar, il a déclaré que lui et son épouse sont « invités au mariage de sa nièce Hajar Raissouni à Larache le 14 septembre », ajoutant que « pour réconforter ma fille Hajar, je lui rappelle que j’étais moi aussi arrêté deux semaines avant mon mariage à l’été 1976, puis je suis sorti sans aucune poursuite, je suis sorti la tête haute et je le suis toujours grâce à Dieu ».

Ironie du sort, Raissouni a déjà publié par le passé une fatwa au sujet de la controverse sur l’avortement, selon laquelle « si nous ouvrons les portes de l’avortement, alors nous ouvrons l’une des portes de l’Enfer aux familles et une des portes pour mettre fin aux familles et les démanteler », soulignant qu’il y a « une unanimité des oulémas sur le fait que l’avortement impose le prix du sang à son auteur même s’il s’agit de la mère ou du père, et le prix du sang n’est exigé que dans le meurtre ».

*** PS: Pour la petite histoire, la Raissounia appartient à la famille Raisssouni comme l’indique son nom, et dont l’un de ses l’aïeuls, Ahmed Raissouni est resté célèbre par cette phrase qui remonte à 1925 : « Riez de ma chute et de mon humiliation. Le jour viendra où vous donnerez tout, pour que je revienne. Mais il sera trop tard ».

C’était une autre époque…

Article19.ma

2 Commentaires

  1. bonsoir c’est ainsi le gouvernement islamiste
    1 on dit la liberté est sacrée et intouchable si c’est vrai? pourquoi chaque fois on met en prison des adultes qui s’aiment? pourquoi? voilà la réponse de la loi
    toute personne non marié qui avorte aura 6 ans de prison ahhh oui pourquoi alors alors ce retour à l’age des cavernes?
    pourquoi l’amour il est condamnable alors ? dès lors il est libre et consentant ??? ni violent ni forcé
    mais les religieux dont certains ils sont fourbes, ils sont faux, ils sont hypocrites , et encore ils vous diront c’est haram , ils ont que ce mot (haram) oui c’est haram ,et en réalité ils pensent le contraire , et ils font le contraire , ils jouent doubles jeux , doubles attitudes, doubles langages (benkiran condamne le voile et après il défend hajar , benkiran condamne une député de son parti et il soutient hajar , il pousse vers la porte une ministre ,parce que elle aimé choubani et après il crie au scandale envers hajar!! mon dieu! où va til le Maroc????? il recule chaque année de 10 ans en Arrière VERS l’Obscurantisme oui il fait marche arrière vers l’obscurantisme

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