Débat. Le chercheur en la culture et la langue amazighes, Ahmed Assid, a souligné que la reconnaissance de l’échec de l’arabisation doit être franche et globale, car la réalité actuelle ne résulte pas de la non arabisation de l’enseignement supérieur comme le dit le secrétaire d’Etat chargé de ce département, Khalid Samadi, mais de l’impossibilité d’adopter l’arabe pour les matières scientifiques dans les universités.

« La langue arabe n’a pas encore atteint un niveau qui lui permette d’être utilisée dans la recherche scientifique », a indiqué Assid à Hespress, soutenant que « son adoption est liée à la création de structures et de financement, en rompant avec les mentalités de la société actuelle et en consacrant la pensée scientifique de manière plus profonde ».

Khalid Samadi, secrétaire d’Etat à l’enseignement supérieur, a reconnu, jeudi dans Mubasher Hespress, « l’échec de la politique d’arabisation adoptée dans le système éducatif national depuis la fin des années 1970 », se déclarant favorable à la rotation des langues tout en défendant la loi cadre qui a suscité une large polémique aux niveaux législatif et sociétal, en particulier en ce qui concerne la langue d’enseignement.

+ Penser autrement… +

Assid a estimé qu’une langue porteuse de conservatisme et de religiosité ne peut être celle de la science, soulignant que « le fond du problème ne se limite pas à la langue, en ce sens que la société est noyée dans le Moyen Age et ne peut certainement pas produire des connaissances ». Il a estimé que « la crise de civilisation actuelle et l’incapacité des musulmans à entrer dans l’ère moderne sont à l’origine de l’éloignement de la science ».

Et d’appeler les responsables de l’enseignement à « penser d’une manière nouvelle », soulignant que la recherche scientifique en arabe n’existe pas et que les réalisations qui ont été accomplies dans la région l’ont été dans une langue étrangère ou par des étrangers.

Il a ajouté que « ce qu’il faut, c’est d’enseigner directement en français, le délai pour la mise à niveau de la langue arabe n’étant pas suffisant, et la culture répandue au sein de nos sociétés ne permettant pas l’enseignement des sciences en arabe, c’est pourquoi il faut arrêter de tourner autour du pot et commencer à enseigner en langue française ».

Assid a imputé la responsabilité des 40 ans d’échec au « roi Hassan II et au Parti de l’Istiqlal, qui défendaient l’enseignement en arabe », estimant que « le roi a adopté l’arabe et l’idéologie des Frères musulmans pour affronter, d’une part, la gauche, et l’arabe accompagnée du Wahhabisme pour freiner le déferlement de la révolution de Khomeiny, qu’il considérait comme une menace pour le Maroc ».

Pour ce qui est du Parti de l’Istiqlal, Assid a relevé qu’il s’agissait d’une « surenchère vide contre le courant fort de la gauche au moment où aucun des enfants des dirigeants de ce parti n’a étudié en Arabe ou suivi ses études dans un cursus arabisé, alors même qu’ils ont tous reçu un enseignement en français ».

Article19.ma

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