Depuis la fin des années 1970, la théorie de la modernisation du développement trouve un échos favorable auprès des milieux universitaires et politiques occidentaux en ce sens qu’elle attire l’attention sur le fait que la menace pour les pays développés, après la chute des régimes communistes, viendra inévitablement des zones rurales pauvres des Etats du sud et, partant, ils ont intégré la lutte contre la pauvreté dans tous les plans de développement, qui ont été imposés à ces pays dans le cadre des programmes d’ajustement structurel comme condition préalable accéder aux sources de financement extérieur et au soutien étranger.

A l’instar des autres pays en développement, dès le début des années 80, la Chine s’est engagée dans une ouverture et a entamé la mise en oeuvre d’une politique de réformes afin d’éviter une explosion sociale interne après dix années d’une « révolution culturelle » (1966-1976) qui a détruit toutes les assises économiques et culturelles construites par « la Nouvelle Chine » après sa fondation en 1949 et qui avait généré un nombre considérable de Chinois qui vivent sous le seuil de la pauvreté. Alors, comment la Chine a-t-elle réussi à éliminer la pauvreté au cours des 30 dernières années?

Depuis 1986, et comme la lutte contre la pauvreté exige une coordination globale entre les différentes composantes de l’État, cette tâche a été confiée directement au chef de l’Etat, de l’architecte des réformes Deng Xiaoping à l’actuel président Xi Jinping, qui s’est engagé à éradiquer la pauvreté avant la fin de son mandat.

En général, la Chine est passée par trois phases dans sa lutte contre la pauvreté:

– Le développement pour réduire la pauvreté.

– La lutte contre la pauvreté avec précision.

– L’éradication précise de la pauvreté.

Au cours de la phase de développement pour réduire la pauvreté, l’évolution rapide des industries chinoises, axées sur l’exportation, a créé un grand nombre d’opportunités d’emploi, en particulier pour un large éventail de travailleurs des entreprises de l’État, qui avaient perdu leur emploi au début de la politique de réformes et d’ouverture.

Alors que la croissance économique rapide a réduit la pauvreté dans les zones côtières orientales, les provinces intérieures (centrales et occidentales) ont continué de souffrir d’une augmentation spectaculaire du chômage et de la pauvreté. Les disparités sociales croissantes ont également conduit à un mécontentement dans les provinces appauvries qui allaient presque secouer le parti au pouvoir lors des manifestations de la Place Tiananmen au printemps 1989.

Ces événements ont conduit à la révision du modèle chinois de lutte contre la pauvreté et à sa conviction que la croissance économique ne peut à elle seule éradiquer la pauvreté, en particulier dans les zones éloignées des centres industriels. La solution a consisté à faire intervenir les institutions gouvernementales dans l’élaboration des programmes de lutte contre la pauvreté, où qu’elle existe. Cette phase a été désignée par « la lutte contre la pauvreté avec précision ».

L’on peut dire que, depuis 1994, la Chine s’est transformée en un grand laboratoire des politiques et des projets divers de lutte contre la pauvreté. A titre d’exemple, les universités des régions développées consacrent une partie de leurs budgets à aider les universités des régions pauvres en envoyant des professeurs de haut niveau, en accordant des bourses d’études, en faisant des dons de livres scientifiques et en partageant des bases de données académiques.

Un autre exemple, l’État récompense les entreprises privées qui ouvrent des unités de production dans des zones défavorisées en leur offrant des allégements fiscaux intéressants, en fournissant gratuitement le terrain, en soutenant le budget de recherche développement et en facilitant leur accès aux transactions publiques.

Une autre expérience a été couronnée de succès et dont le héros a été la société « Alibaba »: c’est le développement de l’infrastructure logistique devant permettre aux zones défavorisées de devenir un leader de la vente en ligne. Cette expérience a permis de créer des dizaines de millions d’emplois, réduisant ainsi la pauvreté.

Il existe de nombreux autres exemples dans ce domaine que nous ne pouvons pas aborder plus en détail dans cet article, tels que la lutte contre la pauvreté en promouvant le tourisme rural, où l’État prend en charge les coûts de conversion des habitations en lieux d’hébergement touristique, les micro-crédits sans intérêt pour les coopératives agricoles et d’autres expériences.

La mobilisation globale des diverses institutions chinoises, sous la conduite du chef de l’état, a permis à plus de 600 millions de Chinois de sortir de la pauvreté dans le cadre d’un programme qui a été qualifiée d’impossible de l’histoire moderne. Les régions pauvres ont été en mesure de suivre le développement des zones côtières et sont devenues une destination des investisseurs étrangers en raison du développement des infrastructures menant aux ports et des incitations du gouvernement chinois. Toutefois, malgré ces résultats positifs, la pauvreté en Chine n’a pas été définitivement éradiquée.

En 2013, l’actuel président de la Chine, Xi Jinping, a annoncé sa nouvelle politique visant l’éradication de la pauvreté d’ici 2020, en adoptant une nouvelle approche qui s’appuie sur les expériences passées, mais qui se distingue par corrélation avec la reddition des comptes, non seulement en cas de détournement de fonds ou de dysfonctionnement, mais même en cas d’échec de la mise en oeuvre des politiques. Les élites politiques se sont ainsi lancées dans la recherche des résultats tangibles dans la lutte contre la pauvreté, car ils constituent le seul moyen d’obtenir une promotion partisane et d’occuper des postes de direction au sein des structures de l’État.

A l’occasion du débat sur le nouveau modèle de développement préconisé par Sa Majesté le Roi dans son discours du trône, nous pouvons tirer parti du modèle chinois pour lutter contre la pauvreté, tout en tenant compte de la spécificité marocaine et en capitalisant sur les expériences réussies du Maroc dans ce domaine, notamment l’expérience pionnière au niveau de l’Afrique à savoir celle de la Fondation Mohammed V pour la Solidarité. (Source: hespress.com)

*** Par Nasser Bouchiba : Enseignant chercheur à l’Université Sun-Yat-Sen (Guangzhou, Chine)

N/B: la traduction de cette article a été faite par Article19.ma

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