Un salafiste atypique. Alors que ses discours empreints de l’idéologie djihadiste avaient un grand impact sur les jeunes de la mouvance islamiste radicale, ses interventions et ses points de vues sont aujourd’hui porteurs d’un message de tolérance et de modernité depuis qu’il est sorti de prison où il était incarcéré en vertu de la loi sur le terrorisme.

Mohamed Abdelouahab Rafiqi, Abou Hafs, qui a vu le jour à Casablanca en 1974 dans une famille pieuse, a été l’un des plus célèbres cheikhs de la « salafia djihadiste », avant que sa vie ne soit bouleversée après les événements terroristes du 16 mai 2003 à Casablanca et être condamnée à une peine de 30 ans de prison ferme avant de bénéficier neuf and plus tard, lui et certains cheikhs, d’une grâce royale.

Abou Hafs a goûté à la religiosité sous toutes ses formes et dans toutes ses tendances et ce depuis l’enfance, en raison de ses études à Médine, en Arabie saoudite, et sa fréquentation d’éminents érudits salafistes, tels que Cheikh Ibn Al-Uthaymin et Ibn Baz, entre autres. Il a également été influencé par l’école des Frères musulmans, en accompagnant son père lors de ses voyages dans les pays des mouvements islamistes.

Rafiqi n’a pas caché son influence idéologique des Frères musulmans en se penchant sur les oeuvres de leurs grands cheikhs tels que Hassan Al Banna et Sayyid Qutb, ce qui lui a permis de commencer à faire des prêches dès l’âge de 14 ans.

La guerre d’Afghanistan a également eu un impact évident sur le parcours du jeune Abou Hafs, depuis qu’il a rendu visite à son père en Afghanistan dans les années 80 du siècle dernier, alors qu’il était âgé de 16 ans et que la résistance contre les Russes était considérée comme un « djihad » soutenu par l’état qui facilitait l’envoie des jihadistes en Afghanistan.

Les années passèrent et Abou Hafs accumula l’enthousiasme des mouvements islamistes et goûta à beaucoup d’entre eux, les confréries islamistes et les djihadistes, avant d’épouser la « pensée djihadiste » qu’il transformera en prédications et prêches que certains ont décrits comme étant enflammés dans une mosquée de Fès devenant ainsi très connu et l’une des « stars » de la salafia djihadiste.

Son prêche sur Jénine et les massacres dont ont été victimes les Palestiniens a constitué un tournant dans la vie d’Abou Hafs, car ce prêche l’a conduit à 3 mois de prison.Mais, à sa libération, il a été interdit de prêcher avant d’être de nouveau arrêté avec son collègue cheikh Hassan Kettani peu avant les attaques terroristes de mai 2003 à Casablanca.

+ Aujourd’hui, Abou Hafs appelle à l’égalité entre les sexes… +

Abou Hafs Rafiqi a été étonné de la peine de prison prononcée à son encontre pour avoir influencé les auteurs des attaques par ses discours et ses idées. Il a d’abord été condamné en première instance à 30 ans de prison ferme puis à 9 ans en appel avant de retrouver la liberté en 2012 à la suite d’une grâce royale.

En prison, Abou Hafs a vécu une expérience d’un autre genre: la méditation et la lecture assidue d’un certain nombre d’auteurs qu’il rejetait et critiquait auparavant pour se retrouver finalement dans la littérature et la politique, et progressivement dans d’autres mondes, loin des stéréotypes de la pensée salafiste.

Abou Hafs dit qu’il s’agit d’une évolution dans sa pensée et non pas d’une négation et ce à partir de la réflexion et de la lecture débouchant sur l’abandon de la théorie du monopole de la vérité, la défense de la liberté de croyance et de la coexistence entre les religions, la rupture avec son rêve d’un État du califat et sur l’adoption d’une vision de l’édification d’un état civil.

Après avoir retrouvé la liberté, l’impact de sa transformation intellectuelle est devenue apparente à travers, notamment, son engagement politique et sa candidature aux élections législatives qu’il n’a pas gagnées en 2016 sous l’étiquette du Parti de l’istiqlal.

Abou Hafs est revenue aujourd’hui sur la scène mais cette fois-ci, non pas comme leader du djihad salafiste ni en tant que prédicateur enthousiaste, mais comme un cheikh moderniste rejetant toutes les idées extrémistes et rétrogrades d’un certain islam politique.

Aujourd’hui, Abou Hafs appelle à l’égalité entre les sexes en matière d’héritage, une revendication des organisations de défense des droits des femmes et des mouvements laïcs.

Dans L’héritage des femmes, un livre collectif où Abou Hafs appelle à « une révolution » en Islam afin d’instaurer l’égalité entre l’homme et la femme. Propos qui lui valent l’ire des autres salafistes marocains, et même de ses anciens « frères », comme le célèbre cheikh Hassan Kettani. Ce dernier a décrit Rafiqi de « raté » et « d’aliéné ».

Une méchante critique qui a aidé entre autres à faire de d’Abou Hafs une figure médiatique de premier plan sur la scène politique nationale.

Article19.ma

1 COMMENTAIRE

  1. Changement de strategie ou prise de conscience? Certains n’hesitent pas a precher le contraire de leurs idees fondamentales pourvu qu’on leur fiche la paix et qu’on les oublie, le temps que leurs ailes retrouvent leur beau plumage. En tout cas, les Marocains n’ont que faire des idees en vogue en Egypte ou au Moyen-Orient. Et il est grand temps que les pouvoirs publics retirent les lieux de preches de dessous les pieds de ces gens, fondamentalement dangereux dans un pays ou la population est prete a ecouter et suivre n’importe quel chemin, pourvu qu’il mene au « paradis ».

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