Par Ali Bouzerda

« Nous devons accepter le changement mais conserver nos principes », disait l’ancien président américain Jimmy Carter.

Le changement de têtes au sein du cabinet El Othmani a déjà été annoncé et aura lieu bien avant la rentrée parlementaire du 2ème vendredi d’octobre. Toutefois, reste la question de « principe ».

« Le principe » dans ce cas de figure est le fondement théorique quant au fonctionnement d’une chose ou d’un système. Et pour que ça fonctionne bien ou plutôt mieux demain, le petit peuple – – que certains politiciens et parlementaires prennent de haut – – a une idée claire et pragmatique des hommes et des choses.

« On doit tout d’abord changer les ministres de l’Éducation, de la Santé et du Transport… », répondent plusieurs interviewés au micro-trottoir des sites arabophones à Rabat et Casablanca.

Les gens expriment leur souhait en argumentant spontanément car les trois secteurs vitaux précités connaissent des dysfonctionnements structurels graves. L’État a été obligé d’opter pour « la privatisation » et l’encouragement des privés afin de colmater les brèches.

Mais a-t-on résolu le problème ou plutôt les problèmes ? Loin de là…

Ces secteurs vitaux connaissent des grèves récurrentes depuis quelques temps, sans mentionner le nombre de morts et d’handicapés, victimes de la guerre des routes et d’un certain « laisser-aller » dans ces secteurs afin de ne pas fâcher la clientèle électorale dans certains cas et par l’incompétence et le manque de fermeté dans d’autres.

L’Éducation nationale est un véritable casse-tête typiquement marocain car depuis les années 70 on patine dans la mélasse et dans des débats byzantins sur « le véhicule » à savoir la langue d’enseignement, au lieu de se focaliser sur « le contenu » dans l’espoir de rattraper le retard par rapport aux nations asiatiques entre autres…

Au Maroc, et malheureusement, on n’est pas encore sorti des auberges de l’Istiqlal et du PJD sur la langue arabe vs le français, alors qu’en Australie (pays anglophone) on se bat pour l’enseignement du chinois dans les écoles publiques afin de préparer les jeunes australiens de demain à la concurrence de leurs homologues chinois.

Demain, c’est déjà aujourd’hui, et il sera sans pitié pour les derniers de la classe.

Et en abordant l’Asie, il serait instructif de rappeler que la Corée du Sud, qui dans les années 50 était au même niveau de développement que le Maroc – – sans oublier que le pays a été ravagé par la Guerre de Corée – – est devenu une puissance économique qui se compare à la Chine et au Japon.

L’État sud-coréen a ordonné aux hommes instruits y compris les intellectuels à « aller au charbon » en s’investissant dans l’éducation des paysans dans les campagnes afin de lutter contre l’analphabétisme et mettre les différentes couches sociales à niveau.

« Il n’y a pas eu de baguette magique… C’est une décision politique qui a été imposée à tous afin de pouvoir sortir du sous-développement… », affirmait un diplomate sud-coréen.

Ce diplomate, qui était en poste à Rabat, s’étonnait de l’inadéquation du système éducatif avec le marché du travail au Maroc, alors que « le royaume a tout pour réussir et avancer plus vite… », disait-il.

Et de rappeler qu’un portefeuille ministériel en Corée du Sud « n’est pas un poste honorifique » mais « lourde de responsabilité » qui implique de facto « un dévouement et une reddition des comptes ».

D’ailleurs, l’ex-présidente Park Geun-hye a été condamnée, en 2018, par un tribunal de Séoul à 24 ans de prison ferme dans le procès d’un scandale de corruption qui avait entraîné sa chute en 2017. Cela n’a nullement égratigné l’image internationale de la Corée du Sud mais au contraire…

Bref, pour revenir à la question de « principe »: que ce soit « un gouvernement de technocrates », « d’union nationale » ou autre, le petit peuple s’attend à ce que les nouveaux serviteurs de l’État soient convaincus que leur mission première est de servir l’intérêt général avec abnégation, droiture et loyauté et non de se servir et servir uniquement sa « tribu »…

Il était une fois où les gens vous disaient « ديرعلاشترجع » (Gratte au passage ce tu que tu peux…), car le principe à leur yeux est que personne n’est éternel dans un poste de responsabilité et du coup il faut profiter au maximum tant qu’on y est…

Ce temps et cette mentalité seraient révolus à mon avis car le monde a changé et change très vite et le Maroc a perdu beaucoup de temps à cause de cet d’état d’esprit féodal.

Parmi l’élite marocaine, il y a certains qui ne se rendent même pas compte que les Chinois vont bientôt débarquer chez nous et nous « bouffer crus », en ce sens qu’ils travaillent 16 heures par jour, consomment peu et épargnent beaucoup. Par ailleurs, ils sont disciplinés et mieux préparés techniquement et scientifiquement pour le monde de demain, alors que chez nous on est encore au stade des « chamailleries linguistiques » et « les copains d’abord » …

Kafka doit se retourner dans sa tombe?

Article19.ma

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