Une histoire qui remonte aux années 90, à en croire la version des faits évoqués par le témoin et agent infiltré espagnol Jose Manuel Caamano. Le fondateur et chef du puissant Cartel de Medellin de production et d’exportation de Cocaïne, Pablo Escobar, un personnage devenu légendaire dont les photos sont accrochées aux côtés de celles des grands écrivains et leaders historiques comme Che Guevara et Gandhi, est resté un mystère jusqu’à sa mort après qu’il soit tombé entre les mains de la brigade « The Search Block », un groupe de policiers colombiens spécialement formé pour capturer vivant ou mort en 1993 le patron de Medellin qui préféra mettre fin à ses jours en se tirant une balle au dessus de son oreille en appliquant son célèbre adage: « Nous préférons un cimetière en Colombie à une prison aux États-Unis ».

Dans ses confidences, à Radio Ceuta relayé par le site marocain Alyaoum24, l’agent que les services secrets espagnols ont réussi à faire infiltrer auprès du cartel, dans le cadre de sa coopération internationale pour arrêter Escobar – et qui a gagné la confiance de ce dernier au point de lui proposer de devenir son conseiller personnel – raconte comment il l’a rencontré dans un grand palace à Casablanca au Maroc et discuté avec lui des opérations d’exportation de la drogue vers l’Europe.

« J’ai dit à Pablo, notre opération en Europe depuis le Maroc nécessitera une corruption de la police, afin de ne pas entrer en collision avec elle », a affirmé l’agent espagnol.
Escobar: « Nous allons alors utiliser une arme contre eux ».
L’agent: « Il y aura une guerre de guérillas au Maroc, et c’est dangereux pour nous… ».

+ Pablo Escobar s’est rendu personnellement à Casablanca +

Dans ses déclarations à radio Ceuta, l’agent espagnol, Jose Manuel Caamano, a indiqué que sa rencontre avec Escobar au Maroc a eu lieu en septembre 1992, alors qu’il avait 38 ans.

« J’opérais comme infiltré dans les cartels galiciens, base des opérations organisées du Cartel de Medellín dirigée par Escobar, dont le rôle était de surveiller les mouvements des trafiquants de drogues et de fournir des informations importantes, souvent couronnées par des arrestations et des saisies de drogue ».

« Ma première rencontre avec Escobar est survenue par hasard. Lorsque j’ai noué des relations avec eux, j’ai trouvé qu’ils me connaissent déjà par mon nom, mais pas en tant que policier, je n’ai donc pas eu le choix d’agir en tant qu’agent secret sous un faux nom. Ils savaient que je travaillais au consulat. Ce qui est dangereux, c’est qu’ils ont pu me connaître grâce à certains policiers qu’ils ont corrompus… ».

Avant de rencontrer Escobar, l’agent secret a affirmé qu’il s’était introduit dans le clan de « Los Charlines », l’une des plus importantes familles de trafiquants de drogue en Galice (Espagne), qui a commencé à assurer le transport en 1990 de la cocaïne à bord de barques.

Aux gangs de « Los Charlines », Caamano a été introduit sous son vrai nom mais comme quelqu’un qui collabore avec l’Espagne et l’Union européenne à des fouilles archéologiques à la frontière algérienne. Ce qui justifie sa voiture diplomatique, et l’arrêt de son travail lorsque s’est aggravé la situation à la frontière en raison du « différend entre le Maroc et l’Algérie ».

Les gangs de Charlines ont fait croire à la « mafia » d’Escobar, qu’il appartenait également à la « mafia de Galice », ce qui a fait gagner leur confiance et, grâce à ses contacts diplomatiques, à devenir un lien important pour les aider à résoudre les problèmes de douane liés au trafic de drogue.

Selon le même l’agent secret, Pablo Escobar s’est rendu personnellement au Maroc pour rencontrer les dirigeants du gang Charlines, le clan galicien qui contrôle l’entrée de la cocaïne dans la péninsule ibérique et bénéficiait de la confiance du patron du Cartel de Medellin.

« Grâce à ma couverture diplomatique, Escobar et moi sortions dans ma voiture pour boire un verre ou pour aller nous promener à pieds, et c’est ma voiture qui a ouvert les portes… Quand ils te voient comme ça, ils commencent à penser que tu es une personne présentant un certain intérêt ».

En 1992, l’agent secret assiste à une réunion de trafiquants de drogue marocains. Ils ont parlé d’augmenter le rythme des opérations et de transporter davantage de marchandises vers l’Europe. Caamano suivait la discussion en écoutant l’interprète des Marocains, qui s’exprimait en arabe. Ils ont convenu que pour passer le dernier chargement le gang galicien devait le faire en deux fois, et c’est ce qui conduira l’agent à rencontrer Pablo Escobar.

Plus tard, le policier espagnol rencontrera Escobar pour lui expliquer le plan marocain d’expédition de la drogue et de l’argent. Escobar a été initialement présenté sous le nom de Don Emilio.

« Vous êtes la Colombie, vous avez affaire à des Espagnols et les marchandises sont au Maroc. Vous devez ainsi payer une partie de l’argent à la police corrompue », a dit l’agent à Escobar mais ce dernier a répondu: « Nous allons leur tirer dessus, alors … « .

Après cet entretien, il a pu le convaincre qu’entrer dans une confrontation entraînerait une guerre avec la police qui attirerait l’attention de la part des différentes polices au Maroc et à l’étranger.

Lors de cette première réunion, qui s’est déroulée dans un luxueux palace au sud de Casablanca, il a confirmé à Escobar qu’il était personnellement le lien entre le groupe de Galice et le Cartel de Medellín.

+ Escobar était « sympathique » mais versatile… +

La présence d’Escobar au Maroc a contribué à l’enrichissement de la base de données sécuritaire relative à certaines opérations du Cartel.

De nouvelles réunions auront lieu entre lui et Escobar, qui finira par proposer à l’agent de devenir son conseiller.

Lors de cette dernière réunion, Escobar a demandé à l’agent de créer une antenne du cartel de Medellin au Maroc. Au début de la discussion, Escobar a dit à l’agent: « Savez-vous qui je suis? Je suis Pablo Emilio Escobar Gaviria « .

Pablo Escobar sera mort, tué ou suicidé, au beau milieu d’une poursuite policière à travers les toits d’un quartier de Medellin un peu plus d’un an après sa rencontre avec Caamano.

« Si des groupes de Colombiens commencent à apparaître à Casablanca, l’attention se portera entièrement sur le Maroc et s’ils cessent d’emprunter les routes habituelles du Portugal et de la Galice, ils trouveront la cocaïne derrière eux », a déclaré Caamano à la presse colombienne.

L’ancien commissaire espagnol de police, aujourd’hui à la retraite, affirme que, malgré la confiance d’Escobar, infiltrer le cartel colombien « était impossible », c’est pourquoi il convenait de rester le galicien de liaison avec le Cartel de Medellin et « les cartels marocains ».

Il décrit Escobar comme étant une personne qui lui était « sympathique », mais versatile : « C’était une personne explosive. J’ai vu des moments où il passe d’une personne calme qui boit un verre et, puis, qui hurle fort et et jette des bouteilles ».

Après cette dernière réunion au cours de laquelle Escobar a offert de travailler pour lui, Caamano, qui ne l’a plus jamais revu, a indiqué qu’il était sur le point de l’arrêter quelques mois auparavant grâce à « l’infiltration » qu’il a réussie.

Malgré la confirmation de sa présence et le lancement d’une opération impliquant une brigade spéciale de la police espagnole, Escobar a réussi à les « ridiculiser » et à s’échapper par avion 10 minutes avant leur arrivée.

+ Son appel téléphonique a duré plus de cinq minutes, c’était une grave erreur… +

Le 1 er décembre 1993, Escobar célèbre son 44ème anniversaire dans sa propriété de deux étages avec un garde du corps, Alvaro de Jesus Agudelo, surnommé El Limon, et son cousin, Luzmila, son propre cuisinier.

Quand Escobar a voulu passer des appels téléphoniques, il est monté dans un faux taxi jaune conduit par El Limon. Ses conversations téléphoniques avec ses proches et sa famille étaient plus longues que d’habitude. Escobar a décidé de se cacher dans les bois pour semer ses poursuivants. Il voulait d’abord faire ses adieux à sa mère, mais avait peur d’aller chez-elle tôt le matin. Il lui a dit que c’était la dernière fois qu’il le voyait à Medellin. Son plan était de former un nouveau groupe et de créer un État indépendant dont il serait le président.

Le 2 décembre 1993, Escobar a envoyé son cousin acheter les équipements dont il aurait besoin dans la forêt. Il a téléphoné dans le taxi. Il est sorti du taxi et est rentré dans son appartement alors qu’il était toujours connecté au téléphone. Son appel téléphonique a duré plus de cinq minutes, c’était une grave erreur.

Dans le célèbre incident, six membres de l’unité de recherche sont entrés et ont ouvert le feu sur le garage. Ils ont su qu’El Limon s’est échappé par une fenêtre donnant sur le toit. Ils l’ont abattu. Sur le toit, Escobar resta derrière un mur le protégeant. Il voulait s’échapper par la rue derrière, il s’est précipité le long du mur et il y a eu des tirs nourris de tous les côtés de la maison qui ont brisé les tuiles du toit. Certains éléments de l’unité ont pensé qu’ils étaient attaqués par des gardes d’Escobar et ont demandé du renfort, mais à leur étonnement ils ont vu Escobar tomber mort.

Dans son livre « Escobar », Roberto raconte que lorsque la police a pris d’assaut la maison au rez-de-chaussée, Escobar a envoyé El Limon pour des vérifications, mais ce dernier a été tué. Escobar est alors monté sur le toit et a découvert qu’il était encerclé de toutes parts. Il s’était promis de ne pas se rendre ou de se laisser tuer. Il s’est alors tiré une balle dans la tête. Escobar a reçu trois balles dans le dos, la jambe et au-dessus de l’oreille droite, Roberto pense que la balle suicide est celle logée dans la tempe.

Quant à Caamano, il a continué à vivre pendant 10 ans au Maroc entre gangs marocains et galiciens. Il rentre à Madrid après avoir dû témoigner dans de nombreux procès contre des navires saisis chargés de drogues. Il a été visé par une tentative de meurtre de la part de Colombiens engagés par des mafieux marocains.

Aujourd’hui, Jose Manuel Caamano a pris sa retraite de la police. Il se consacre à l’écriture de livres où il revient sur son expérience d’agent infiltré dans les réseaux des trafiquants de drogue.

Article19.ma

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