L’approbation d’une loi régissant l’assurance conforme à la Charia (Takaful) et l’introduction de nouveaux types de produits de financement pour les banques islamiques au Maroc, désignées dans le pays par « banques participatives », contribueront à mettre en place un cadre réglementaire cohérent en matière de finance islamique, a relevé Fitch Ratings dans une note publiée mardi dernier.

Toutefois, selon l’agence de notation internationale, l’absence d’une infrastructure financière islamique développée, notamment en ce qui concerne le financement, ainsi que le manque de sensibilisation du public limiteront, à moyen terme, l’expansion de ce secteur.

Dans sa note, l’agence a ajouté que la plupart des banques participatives commenceront bientôt à offrir des financements même si les entrées de dépôts resteront structurellement limitées par un taux de pénétration bancaire déjà élevé au Maroc (70% des adultes possèdent déjà un compte bancaire).

« Cela signifie qu’il restera des ratios de financement sur dépôts élevés (247% à fin avril 2019) et des conditions de liquidité tendues », souligne l’agence.

Fitch, qui rappelle que les premières licences bancaires islamiques au Maroc ont été émises en 2017, relève que malgré une croissance rapide (110% entre juin 2018 et avril 2019), le secteur bancaire islamique a représenté moins de 1% du total des prêts du secteur bancaire à fin 2018, précisant que la plupart des banques islamiques n’ont fourni que des financements hypothécaires et automobiles à des particuliers, sous la forme de contrats « Murabaha ».

Toutefois, la nouvelle législation sur les assurances conformes à la Charia devra permettre l’expansion des banques islamiques dans le segment des entreprises en introduisant les produits « Takaful » pour assurer les banques et les transactions bancaires en élargissant ainsi leurs offres, souligne Fitch estimant, par ailleurs, que les banques participatives n’occuperont pas à moyen terme une part de marché significative. 

+ Le financement demeure un défi majeur…+

Selon l’agence, l’expansion des banques participatives est limitée par le manque de sources de financement et par le manque de sensibilisation du public et de confiance dans les services financiers islamiques.

Pour Fitch, « il faudra du temps pour sensibiliser davantage les consommateurs et instaurer la confiance ».

« Le financement reste un défi majeur pour les banques participatives et la concurrence pour attirer les dépôts restent vive », relève l’agence indiquant qu’elles ont commencé à offrir des comptes d’investissement avec partage des profits, mais que ces produits restent limités.

Pour Fitch, « la dépendance vis-à-vis du refinancement auprès des sociétés mères sous la forme de dépôts conformes à la Charia (Wakala bil Istithmar) persistera. Cette forme de refinancement reste chère mais constitue une source supplémentaire de liquidités dont le secteur  a grand besoin ».

« Les sources alternatives de financement sont limitées et les banques (participatives) n’ont pas accès au financement de la banque centrale du Maroc ou du marché des capitaux national. Une première émission souveraine de Sukuk, en octobre dernier, reste à développer. Cela exacerbe encore les conditions de liquidité serrées des banques », souligne Fitch qui rappelle, en outre, que les plus grandes banques conventionnelles marocaines ont choisi de développer des filiales bancaires islamiques distinctes, par opposition aux guichets islamiques, citant l’exemple de Bank Assafa, filiale islamique d’Attijariwafa Bank, qui est leader dans ce domaine avec une part de marché de 53% en terme de financement et 63% pour les dépôts.

Les efforts croissants des autorités marocaines pour jouer un rôle moteur dans la stimulation de la finance islamique sont favorables à la croissance, mais le cadre réglementaire est toujours à la traîne par rapport aux autres pays africains, a conclu Fitch soulignant que « la Tunisie voisine a déjà mis en place un cadre de Sukuk et une banque islamique du pays a émis le premier Sukuk en juin 2019 ».

Article19.ma

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