Par Ali Bouzerda

On s’en doutait un peu, mais les faits sont malheureusement têtus. Et pour cause : c’est un silence radio à Alger suite à l’appel du roi Mohammed VI à une réconciliation entre frères et à ouvrir un nouveau chapitre dans les relations bilatérales maroco-algérienne.

Le roi Hassan II disait souvent que face à la méchanceté de l’autre, il faut continuer à faire du bien, jusqu’à ce que le bien vainc le mal.

Cette sagesse illustre bien la volonté sincère du roi du Maroc de tourner la page du passé, une page marquée par des malentendus et des nuages passagers.

Lors du discours du Trône du 29 juillet 2019, le roi a lancé un nouvel appel, réaffirmant l’engagement sincère du Maroc à garder « la main tendue » en direction de l’Algérie.

« Nous réaffirmons notre engagement sincère à garder la main tendue en direction de nos frères en Algérie, fidèles en cela aux liens de fraternité, de religion, de langue et de bon voisinage, qui unissent depuis toujours nos deux peuples frères », a souligné le roi dans un discours radio-télévisé.

Et d’ajouter : « La dernière illustration en date de cette proximité remonte à la Coupe d’Afrique des Nations, organisée récemment en Egypte, au cours de laquelle le roi et le peuple du Maroc, dans un élan spontané et sincère, ont témoigné leur sympathie et leur soutien enthousiastes à la sélection algérienne. Ils (les Marocains) se sont joints au peuple algérien pour partager sa fierté, à la suite du sacre mérité lors de cette compétition, car, cette victoire, ils l’ont ressentie comme étant aussi la leur ».

« Cette foi profonde dans la communauté de destin, sous-tendue par une histoire et une civilisation communes, nous incite à œuvrer, avec espoir et optimisme, à la réalisation des aspirations à l’unité, à la complémentarité et à l’intégration, portée par nos peuples maghrébins frères », a ajouté le souverain, assurant qu’ « aucun pays ne peut à lui seul relever les défis sécuritaires et de développement auxquels nous sommes confrontés ».

Tout a été dit ou presque, sauf que de l’autre côté à l’Est, si certains décideurs font encore la sourde oreille, le peuple algérien, lui, et sans le moindre doute, attend avec impatience la normalisation des relations et l’ouverture des frontières terrestres fermées depuis un quart de siècle.

Scandalisé, un collègue Algérien qui travaillait à l’agence officielle APS, m’expliqua un jour, qu’à cause de cette histoire kafkaïenne des frontières, des commerçants Algériens sont obligés « d’importer la tomate marocaine du Canada ». Le privilège de l’absurdité est réservé à la seule créature humaine, disait Thomas Hobbes.

Pour rappel, c’est suite à l’incident sanglant de l’hôtel Atlas Asni à Marrakech, le 24 août 1994, dans lequel de jeunes franco-algériens étaient impliqués, que les frontières ont été fermées unilatéralement du côté algérien.

À Alger, les décideurs de l’époque se sont apparemment sentis « froissés » par la teneur du 1er communiqué officiel publié à Rabat sur cet incident et où l’Algérie s’est sentie visée directement. Dans la foulée une décision a été prise immédiatement par Driss Basri, alors ministre de l’Intérieur, priant les visiteurs algériens non-résidents de quitter illico presto le territoire national et en instaurant la procédure des visas, chose qui n’existait pas avant. Cette décision inattendue a apparemment surpris les autorités algériennes, pour ne pas dire les a fâchés tout simplement.

Dans le contexte de l’époque, c’était un choc et un coup dur pour le Maroc, car il y a eu mort d’hommes, atteinte grave à la sécurité de l’État et à un secteur vital : le tourisme.

Tout cela c’est du passé… ne dit-on pas qu’à force de faire une fixation sur son rétroviseur, le pilote risque de rentrer dans le mur. En d’autres termes, il serait judicieux de regarder devant soi et de se concentrer sur l’avenir.

Bref, 25 longues années se sont écoulées, des millions de jeunes sont nés depuis, en Algérie et au Maroc; ils ne se rappellent ni de l’incident d’Atlas Asni ni de celui de la Guerre des sables – – les accrochages de Hassi-Beida en 1963 – – que certains politiciens véreux, civils et militaires, évoquent de temps à autre à Alger afin d’alimenter la flamme de la discorde et de maintenir le statu quo.

Un statu quo qui n’a servi que les intérêts personnels d’une poignée de personnes au détriment de plus de 100 millions de maghrébins, de leur avenir et leur destin commun dans un monde globalisé qui avance à pas de géants; alors que dans le Palais de la Mouradia on rumine encore l’échec de l’ANP à Hassi-Beida, il y a plus d’un demi-siècle de cela.

En fait, si les médias nationaux et internationaux ont bien couvert le procès d’Atlas Asni, et qu’avec le recul on a une idée claire sur ce qui s’est passé notamment comment des jeunes algériens nés en France ont été instrumentalisés afin de perpétrer une attaque terroriste sur le sol marocain, peu de sources de première main nous ont éclairé jusqu’à ce jour sur ce qui s’est exactement passé dans l’oasis de Hassi-Beida.

Une version objective et fidèle, loin des fanfaronnades et extrapolations, s’avère nécessaire sur les tenants et aboutissants de cette guerre des sables dont les séquelles continuent d’alimenter la rancune de certains revanchards, notamment parmi les hommes en kaki à Alger .***

Espérons que par les temps qui courent, des sages à Alger agiront bientôt dans le bon sens afin de faire table rase du passé et préparer l’avenir du Maghreb. Quand le projet de l’Union du Maghreb Arabe (UMA) a été lancé à Marrakech en 1989, les gens rêvaient d’un train qui partait de Casablanca en passant par Oujda, Oran, Alger, Tunis vers son terminus à Tripoli.

Ce train et ses voyageurs attendent toujours qu’Alger lève les barrières à Zouj Beghal et mette fin à un statu quo qui n’a que trop duré, malheureusement.

Stephen O. Hughes, ancien correspondant de Reuters au Maroc et auteur du livre-témoignage « Morocco under King Hassan », disait : « Même en temps d’adversité, les Marocains ne ferment jamais la porte… ils la laissent entrouverte ».

A noter que ce journaliste Britannique indépendant était un observateur averti et un témoin neutre de l’évolution en dents de scie des relations maroco-algériennes pendant plus d’un demi siècle (1950 à 2005). Il était convaincu que par la force des choses, un jour les décideurs algériens se rendraient à l’évidence et normaliseraient les relations avec leurs voisins Marocains. Mister Hughes était un éternel optimiste même pour l’affaire du Sahara…

Et dans cet ordre d’idées, un proverbe chinois nous rappelle que : « La porte la plus sûre est celle que l’on peut laisser ouverte».

A bon entendeur salut!

*** Article19.ma reviendra bientôt sur les événements de Hassi-Beida avec un témoignage de première main, exclusif et objectif.

Article19.ma

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