Les jeunes marocains sont de plus en plus frustrés par le manque de ressources et d’opportunités économiques et politiques, souligne une récente étude réalisée par le réseau de recherche sur le Moyen Orient « Arab barometer », relevant les opinions diamétralement opposées entre celles exprimées par les jeunes et celles de leurs aînés, notamment en ce qui concerne la confiance dans les institutions de l’Etat.

Selon cette étude, les Marocains sont divisés sur le principal défi auquel leur pays est confronté. Une partie (26%) affirme que les problèmes économiques constituent la première préoccupation, 23% désignent la qualité des services publics, 9% la corruption et 32% citent d’autres problèmes comme l’usage des drogues et la marginalisation.

Dans l’ensemble, un peu plus du tiers (36%) estime que l’économie est bonne ou très bonne, ce qui représente une baisse spectaculaire par rapport à 2016 (-30 points).

Arab Barometer relève que les points de vue sur l’économie sont fortement liés à l’âge. Alors qu’environ la moitié (53%) des 60 ans et plus disent que l’économie est bonne ou très bonne, seulement 27% des 18-29 ans expriment un point de vue similaire.

De même, seulement trois sur dix personnes prévoient une amélioration des conditions économiques dans un avenir proche, relève l’étude soulignant que les jeunes restent particulièrement pessimistes, un quart des 18-29 ans déclarant que l’économie ira mieux contre 41% des 60 ans et plus.

+ La corruption un problème majeur +

Selon les résultats de l’étude, la corruption reste un problème majeur au Maroc, du moins aux yeux de ses citoyens, en ce sens que 71% affirment que la corruption se trouve dans une large mesure au sein des institutions de l’Etat, un taux, cependant, en régulière diminution en passant de 83% en 2013 à 71 %.

Toutefois, encore une fois, il existe un fossé générationnel important. Parmi les jeunes âgés entre 18 et 29 ans, 81% disent que la corruption existe au sein de certaines institutions publiques contre 49% des 60 ans et plus, souligne la même source.

Bien que la plupart disent qu’il y a une corruption importante, relativement peu de personnes pensent que le gouvernement prend des mesures efficaces pour s’attaquer au problème.

Plus d’un tiers (36%) déclarent que le gouvernement s’attaque à la corruption de manière plus ou moins importante, un taux en baisse de 14 points depuis 2016, mais qui reste similaire à celui de 2013 (33%).

Les jeunes croient moins en la lutte de l’Etat contre la corruption. Un quart seulement (26%) des 18-29 ans disent que le gouvernement le combat contre 56 % des plus de 50 ans.

Concernant la confiance en le gouvernement, l’étude relève d’ailleurs que « seuls 17 % des personnes âgées entre 18 et 29 ans ont confiance dans le gouvernement, soit 3 fois moins que celles qui ont 60 ans ou plus. De même, ceux ayant un niveau d’instruction de base (37%) sont beaucoup plus susceptibles de faire confiance au gouvernement que ceux qui ont un diplôme universitaire (24%) ou un diplôme d’enseignement secondaire (19%) ».

Pour ce qui est de la confiance en l’institution législative, « seulement un sur cinq (21%) a plus ou moins confiance en le Parlement, contre un quart (26%) qui dit avoir peu confiance et 46% qui affirment ne pas avoir de confiance », ajoute l’étude soulignant qu’à peine 13% des
jeunes âgés entre 18 et 29 ans ont dit être confiants en cette institution contre 38% des 60 ans et plus.

L’étude a également relevé un pourcentage similaire concernant la confiance dans les partis politiques.

Les personnes âgées de plus de 60 ans sont environ trois fois plus susceptibles de faire confiance aux partis politiques que les 18-29 ans (35% contre 11%).

Toutefois, Arab Barometer note que les niveaux de confiance sont nettement plus élevés dans les institutions chargées du respect de la loi et du maintien de l’ordre. La grande majorité (78%) fait confiance à l’armée et les deux tiers également à la police.

Par ailleurs, 6 sur 10 font confiance au pouvoir judiciaire, ce qui représente une augmentation spectaculaire par rapport aux dernières années. En 2006, seulement 37% avaient confiance dans la justice contre 45% en 2016. La majorité des Marocains de tous les âges fait ainsi confiance dans le système judiciaire, avec cependant 24 points d’écart entre les 18-29 ans et les 60 ans et plus (54% contre 78 %).

+ Les hommes, plus que les femmes, rêvent de partir à l’étranger…+

Concernant la question de l’émigration, l’étude souligne que 70% des 18-29 ans souhaitent quitter le Maroc, contre 49% des 30-39 ans, 22% des 40-49 ans et moins de 10% des plus de 50 ans.

Arab Barometer estime que le Maroc risque de connaître une grande fuite des cerveaux en ce sens que 60% des personnes ayant un diplôme secondaire ou universitaire souhaitent émigrer surtout les hommes qui sont beaucoup plus susceptibles de quitter leur pays que les femmes (61% contre 28%).

Quant aux raisons évoquées, les Marocains qui rêvent de partir à l’étranger évoquent surtout les raisons économiques (50%), les possibilités de formation (15%), le regroupement familial (14%) et la corruption (6%) alors que 15% citent d’autres raisons comme la drogue ou la marginalisation.

Pour ce qui est de la question de la religion, près de 4 marocains sur 10 se disent religieux (38%), 44% plutôt religieux alors que 13% se présentent comme étant non religieux.
« Encore une fois, la génération de jeunes se démarque de la génération précédente.

Ceux qui ont entre 18 et 29 ans ont plus de 40 points de moins à ce sujet comparativement à ceux qui ont 60 ans ou plus (24% contre 68%).

Selon cette enquête, le soutien à l’islam politique est également en baisse au Maroc. En 2006, près de six personnes (58%) avaient déclaré que les chefs religieux devraient avoir leur mot à dire sur les décisions de gouvernement. Ce pourcentage a diminué, tombant à seulement 21% en 2018.

Arab Barometer se présente comme étant « un réseau de recherche non partisan qui
donne un aperçu sur les attitudes sociales, politiques et économiques et les valeurs des citoyens ordinaires du monde arabe ». Il se veut « le plus grand référentiel de ressources publiques disponibles sur les opinions des hommes et des femmes de la région MENA ».

Article19.ma

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