Lors d’un entretien exclusif, Me Abdellatif Ouahbi qui aspire à la Direction du parti du Tracteur ne cache pas son mécontentement face à la « méchante » sortie médiatique de Benkirane en juin contre le PAM. Par ailleurs, il a abordé l’action du gouvernement El Othmani, avant d’exprimer son point de vue sur ce qui se passe en Algérie qu’il décrit comme un « volcan en ébullition ». Et de terminer avec la situation du PAM et la scène politique marocaine en général y compris les élections de 2021, en tirant toutefois la sonnette d’alarme avec ces mots : « Nous traversons une grande crise politique ».

Voici les points clefs de cet entretien réalisé par l’équipe d’Article19.ma:

Malgré les divergences politiques entre le PAM et le PJD, Me Ouahbi ne cache pas son amitié avec Benkirane.

« Benkirane nous a nui. Il n’est pas concerné, ni de près ni de loin, par un différend interne du parti », s’indigne-t-il.

« Benkirane, ex-secrétaire général du Parti justice et développement, ancien chef du gouvernement et ami, devait respecter ses limites envers nous. Nous l’avons seulement averti et lui avons expliqué qu’il s’agit de questions internes dont il ne doit pas se mêler », dit-il.

Et d’ajouter : « mon amitié avec lui est au dessus de toutes ces divergences qui surviennent. »

En ce qui concerne le numéro 1 du PJD et nouveau leader du parti, Ouahbi le considère avec un certain détachement :

« Il se défend et défend son gouvernement et c’est son droit. Il a une conception de la gestion du gouvernement et de la situation politique au Maroc. Nous, nous aussi, nous avons notre conception de la situation. Nous disons qu’il y a une crise, lui il dit qu’il n’y en a pas. En tout cas, lui, il défend son projet et les résultats de sa gestion depuis presque deux ans ou plus. C’est normal qu’il parle ce langage et nous le comprenons. De toute manière, c’est cela le débat démocratique, l’un défend et l’autre critique selon la position politique de chacun d’eux ».

+ « Nous traversons une grande crise politique… » +

Quant à son évaluation du champ politique marocain à la veille des élections cruciales de 2021, le dirigeant PAMiste est pragmatique, pour ne pas dire pessimiste.

« Nous traversons une grande crise politique, nous la couvrons, mais je n’ai pas confiance en la situation actuelle de silence », affirme-t-il.

« Nous vivons donc une crise silencieuse. Les partis politiques doivent bouger, exprimer un point de vue et une vision et nous devons ouvrir un débat et un dialogue au Maroc sur les questions politiques et tout le monde doit se préparer à 2021 avec une vision commune qui consacre la démocratie et contribue à son édification d’une meilleure manière », souligne-t-il.

+ L’Algérie : ce qui me faisait peur, c’est ce volcan en ébullition +

Quand on lui demande son pressentiment sur les développements politiques en cours en Algérie, Me Ouahbi parle d’un pronostic qu’il aurait fait il y a quelques années et qui s’est réalisé, à savoir « l’irruption du volcan ».

« Ce qui me faisait peur c’était le volcan qui était en ébullition en Algérie et voilà que nous assistons à l’irruption de ce volcan. Tous les indicateurs montaient qu’on allait arriver à cette situation, notamment l’absence de partis, la faiblesse des partis, un certain immobilisme politique, l’absence d’un dialogue politique et maintenant tout a explosé et s’est ouvert le dialogue, et chaque partie s’accroche à sa position. J’espère que l’Algérie sortira de sa crise plus forte qu’elle ne l’a été. J’espère qu’elle prenne la voie de la démocratie pour donner l’opportunité aux civils pour qu’ils aient un rôle. Nous serons contents si elle pourra sortir de sa crise avec moins de dégâts », rappelle-t-il.

+ « Au PAM, ce que dit Benchamach ne nous concerne pas » +

À la question où en est le PAM avec ses dissensions internes et ses préparatifs pour la rentrée politique, l’avocat du PAM reste confiant.

« Nous sommes en train de préparer le congrès national du parti qui aura lieu du 27 au 29 septembre prochain. Les réunions des sous-commissions de la commission préparatoire se poursuivent. Nous poursuivons les préparatifs matériels et politiques du congrès. Il aura lieu les 27, 28 et 29 septembre de cette année », annonce-t-il.

Quant au choix d’octobre exprimé par le leader actuel du parti du Tracteur Hakim Benchamach, Me Ouahbi reste de marbre.

« C’est une question qui les concerne. Nous, nous avons fini. Maintenant nous nous préparons au congrès et ce que disent ces gens nous ne nous intéresse pas ».

Quand on l’a bousculé pour lui demander : ne craignez-vous pas une scission au sein du PAM à cause des rivalités régionales, Me Ouahbi a déjà la réponse :

« Ce sont eux qui se sont mis en dehors du parti. Ils ne respectent ni les instances ni les canaux du parti. Ces gens veulent un parti sur mesure et cela nous l’accepterons pas et nous irons jusqu’au bout ». Et d’ajouter qu’il n’y a pas de distinction entre un Rifain et un Soussi au sein du PAM.

« Cette rivalité n’existe pas. Moi, je ne suis pas des partisans de cette logique et je n’ai pas du tout cette conception. Il y a avec nous beaucoup de Rifains militants du parti et nous n’avons pas cette logique. Maintenant, la logique est : devons-nous bâtir un parti démocratique, militant et moderniste ou bien le laisser sous sa forme actuel et dirigé de la même manière que par le passé avec un mélange d’instructions, de dépassements des instances… Toutes ces expériences et l’échec de 2016 nous poussent à revoir notre pratique et la nature de notre organisation politique ».

À la fin voici ce que pense Maître Ouahbi des prochaines échéances électorales de 2021:

« Que le PAM prenne n’importe quelle position, le plus important qu’il ait une position honorable et de manière démocratique et qu’il se batte comme les autres et quel que soit le résultat nous l’accepterons ».

La messe est dite !

Article19.ma

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