Le père de l’écrivain et peintre Mahi Binebine, Fqih Binebine, a travaillé pendant 31 ans comme amuseur du roi Hassan II, une histoire passionnante que le fils a choisie de raconter dans son roman « Le fou du roi » qui a été traduit en plusieurs langues. Dans une interview accordée à alyaoum24, l’auteur revient sur ses relations avec son père et son initiation à l’écriture.

Votre père n’était-il pas été autorisé à quitter le palais royal ?

Il obtenait chaque année 15 jours de vacances pendant lesquels il allait à Marrakech, où il avait l’habitude d’acheter un veau ou un chameau, de l’immoler, et d’en faire du « Khlii » qu’il partageait avec ses amis et sa famille et prendre le reste avec lui à Rabat. Il aimait manger le Khlii avec des œufs.

Pourquoi n’avez-vous pas essayé de le connaître plus tôt ?

J’avais trois ans quand il a divorcé ma mère que Dieu ait son âme et quand j’ai grandi et gagné en maturité, je n’ai voulu ni le voir ni chercher à le contacter, surtout quand mon frère Aziz, un officier de l’armée, a été arrêté pour avoir été parmi l’unité militaire qui a attaqué le palais de Skhirat lors du coup d’État manqué de 1971. J’avais 12 ans à l’époque et j’ai été choqué par le fait que mon père a renié son fils, qui était détenu à Tazmamart.

Vous êtes parti en France et vous y avez vécu pour un certain temps ?

Comme je l’ai dit, j’ai étudié à Marrakech et j’étais brillant mais je ne voulais pas poursuivre les études, car j’aimais la musique, nous avions un groupe musical avec des amis du quartier et j’avais décidé de devenir musicien, mais ma mère a refusé et a décidé de m’inscrire à l’école Moulay Youssef de Rabat, où j’ai été interne. Ce qui était pour moi comme une prison. Après avoir obtenu mon baccalauréat en sciences mathématiques je suis parti à Paris pour y terminer mes études et, parallèlement à mes études, j’ai enseigné les mathématiques dans un lycée parisien pour pouvoir faire face aux besoins financiers. J’ai passé 8 années à enseigner les mathématiques et comme je donnais aussi dans le quartier des cours de soutien payant à domicile aux élèves, cela m’avait permis d’avoir une situation matérielle confortable.

N’avez-vous pas demandé un soutien à votre père, dont la situation matérielle était excellente et vivait dans une villa à Souissi, non loin du palais ?

Non, il a aidé mes frères, mais moi j’avais coupé tout contact avec lui, surtout lorsque j’ai appris qu’il tenait des propos injurieux que je n’aimais pas.

Comment êtes-vous passé de l’enseignement des mathématiques à l’écriture du roman et à l’art ?

En France, j’ai fait la connaissance de l’artiste espagnol, Agustín-Gómez Arcos, qui m’a dit que j’avais les graines d’un artiste et m’a accompagné pour rencontrer des artistes, assister à des ateliers et à des rencontres avec des journalistes. Il était un écrivain communiste qui avait fui le régime franquiste pour la France où il est resté en tant que réfugié, a appris le français et commencé à écrire. Étrangement, ses écrits avaient été traduits en espagnol. C’est ainsi que j’ai commencé à lire la littérature russe, allemande et aussi arabe que j’ai découvert en langue française tels les écrits de Gamal Ghitany dont j’ai lu les traductions en français.

Puis Gomez est reparti à Madrid six mois après le départ de Franco et notre relation s’est poursuivie par correspondance. Notant que mon écriture était excellente il m’a suggéré d’écrire un roman. Je lui ai demandé comment ? Il a répondu : »cherche dans ton milieu familial et tu vas trouver une histoire à écrire ». J’ai alors pensé à écrire sur Dada, une nounou esclave qui vivait avec nous à la maison et dans les bras de laquelle nous avons grandi. Après l’abolition de l’esclavage, il n’a pas été possible d’expulser ceux qui faisaient partie de la famille et Dada est ainsi resté avec nous jusqu’à sa mort. Mon roman portait sur l’histoire de cette dame. Lorsque j’ai présenté l’idée à Gomez, il l’a appréciée et m’a demandé de commencer à l’écrire. Nous nous rencontrions dans un café où il corrigeait mon écriture et m’expliquer comment écrire. Il était comme un ange que Dieu m’a envoyé pour m’apprendre le métier. Une fois l’écriture terminée, Gomez a pris contact avec la maison d’édition Stoke laquelle a publié le roman en français sous le titre « Le sommeil de l’esclave », roman qui a été traduit à trois ou quatre autres langues et a eu un grand écho.

Article19.ma

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