Un vrai miracle. Après des décennies de recherches, André Gantois avait perdu espoir. Le retraité de la poste française a pensé qu’il se rendrait vraisemblablement sur sa tombe sans jamais savoir qui était son père, incapable d’identifier le soldat américain qui a réussi à s’enfoncer sur le territoire français après le débarquement du jour J, pris une balle dans le crâne et été amené dans un hôpital militaire par la mère de Gantois.

Dans ses 70 ans, Gantois n’avait aucun indice à suivre, aucun nom et aucune trace papier. Il n’avait pas, alors,non plus la paix de l’esprit, a rapporté l’agence de presse américaine AP.

« Toute ma vie, j’ai vécu avec cette plaie ouverte », dit-il. « Je n’ai jamais accepté ma situation de ne pas connaître mon père et, surtout, de savoir qu’il n’a rien su de moi et qu’il n’était même pas au courant de mon existence. »

Alors que l’Europe, les Etats-Unis et leurs alliés célèbrent aujourd’hui les 75 ans du débarquement des 160 000 soldats de leurs troupes qui ont pris d’assaut une partie fortement fortifiée, longue de 80 km, de la côte occupée par les nazis en Normandie, l’histoire du jour J et ses effets continuent toujours de s’écrire.

+ D’autres soldats ont engendré des dizaines de milliers d’enfants +

La grande histoire, bien sûr, est bien connue, méticuleusement documentée et précieusement conservée pour être racontée et re-racontée à nouveau pour les générations à venir. Le plus grand débarquement amphibie, un triomphe de soldats et de marins, de l’industrie, de l’ingéniosité et de la logistique, sur lequel un nouvel ordre mondial a été établi, sera encore commémoré à l’avenir, le 6 juin, avec respect pour le groupe de plus en plus restreint des vétérans et avec émerveillement pour leurs exploits sur les plages du débarquement: Omaha, Utah, Junon, Sword et Gold.

Pourtant, malgré toutes ces années passées, des lacunes subsistent aussi dans les récits. Dans les barricades de Normandie, derrière lesquelles les troupes allemandes se sont retranchés et dans lesquelles celles des alliés se sont enlisées, les ossements des soldats sont toujours régulièrement déterrés. Les combats en France ont été si brutaux et si chaotiques que des milliers de personnes ont été portées disparues ou n’ont pu être identifiées avant d’être enterrées dans des tombes portant toujours la marque « Un compagnon d’armes connu que de Dieu ».

Des soldats de toutes les parties ont également engendré des dizaines de milliers d’enfants, dont certains sont incapables de répondre à cette question essentielle: D’où suis-je?

Il y a quelques mois encore, Gantois en faisait aussi partie, lorsque, ce qu’il a appelé un « miracle » inattendu, a changé sa vie et a rempli l’une de ces pièces manquantes de l’histoire de la guerre. Enfant de l’après-guerre et grandissant dans l’Est de la France, il ne faisait que tracer un tiret dans les formulaires dans la case demandant aux élèves à l’école le nom de leur père et d’autres informations sur la famille.

Sa mère et sa grand-mère lui racontaient que son père avait été tué lors de la guerre de France contre le Vietnam qui avait éclaté en 1946, année de la naissance de Gantois. La grand-mère a dit que le nom de son père était Jack. Enfant confiant, Gantois ne pouvait pas savoir qu’il s’agissait de mensonges. Il n’a pas accordé beaucoup d’attention à ses vieux voisins qui l’appelaient « le jeune américain » ou « le gamin de l’Américain ».
A 15 ans seulement, alors que Gantois pleurait la mort de sa mère à 37 ans atteinte de la tuberculose, qu’il comprit la vérité.

« Ecoutez, André, je dois vous dire » « , se souvient Gantois, 73 ans, de sa grand-mère lui confessant: « Votre père était un Américain pendant la guerre. »

Au début, Gantois se sentait perdu. Plus tard, à la vingtaine, il devient déterminé à vouloir en savoir plus.
Après s’être marié et avoir envisagé de fonder sa propre famille, Gantois s’est senti obligé de mettre un nom, un visage, dans l’histoire incomplète et de remplir ce que sa femme, Rosine, dit être « un énorme trou » dans sa vie.
« Il n’avait pas de nom », dit-elle. « Il m’a dit: ‘Je mourrai sans jamais savoir qui il était’.  »

Les visites dans les bureaux des représentations américaines en France n’ont engendré que de la frustration. Gantois se souvient qu’un responsable de l’ambassade lui aurait dit: ‘Beaucoup de gens cherchent leur père, parce qu’ils veulent de l’argent, ils veulent être indemnisés par le gouvernement américain. Mais vous devez avoir des preuves’. Je n’avais aucune preuve ».
D’autres pistes se sont également avérées être des impasses. Jusqu’en juin dernier.

Poussé par sa belle-fille, Gantois a passé un test ADN. Quelques semaines plus tard, au milieu de la nuit, elle l’appela avec les résultats étonnants.
« Vous avez un frère américain, une soeur, toute une famille », se souvient Gantois. « Je ne savais pas quoi dire ».

Le teste a permis de révéler que son père était Wilburn ‘Bill’ Henderson. D’Essex, dans le Missouri, le soldat a atterri sur la plage d’Omaha apparemment juste après le jour J, en Normandie, et ayant été blessé à la tête dans les derniers mois de la guerre il a rencontré Irène Gantois dans un hôpital en Allemagne occupée.

+ « J’ai tourné la page… je ne suis plus dans le brouillard » +

Après la capitulation de l’Allemagne en mai 1945, lorsque le soldat lui a rendu visite chez elle, dans l’Est de la France, elle ne lui a apparemment pas dit qu’elle était enceinte. Il est rentré aux Etats-Unis, a fondé une famille et n’a jamais parlé d’elle à ses enfants avant sa mort en 1997.

L’histoire aurait pu prendre fin là pour André Gantois si son demi-frère américain n’avait pas été soumis à un test ADN. Par chance, ils ont tous deux choisi la même société de tests, ce qui a permis de les réunir. Les deux hommes et la demi-soeur de Gantois, Judy, se sont rencontrés pour la première fois en septembre dernier en France.

Allen Henderson a fait le test sur un coup de tête, car la société avait une offre spéciale sur ses prix et, dit-il, parce que « j’ai pensé, eh bien, ce serait intéressant ».
Gantois et Henderson reconnaissent à quel point ils ont de la chance non seulement de se rencontrer mais aussi que leur père ait survécu à la Normandie et à ses séquelles.

« Quand j’étais petit, il me racontait toujours des histoires sur son séjour en France, parlait un peu français et parlait de l’enfer de la guerre, des balles survolant les têtes et les gars mourant autour », raconte Henderson, 65 ans, qui vit à Greenville, en Caroline du Sud. « Incroyable qu’il ait survécu. »

Henderson dit qu’il a tout de suite su lorsqu’il a vu Gantois qu’ils étaient frères parce que la ressemblance est si frappante.

« Vous savez, André ressemble plus à mon père qu’à moi », dit Henderson. « Vos manières, votre sourire, votre visage, j’ai presque l’impression de parler à mon père. »
L’histoire d’autres familles en temps de guerre n’a toujours pas été résolue. Peut-être qu’elles le resteront ainsi avec les années qui passent.

A titre d’exemple, en 2016, sur un tableau d’affichage électronique français, Jeannine Clément a demandé des informations sur son père biologique, un soldat allemand qui était en poste en France avant d’être envoyé sur le front russe en 1942.

Sa mère lui avait fait signe d’au revoir dans une gare, « en larmes et enceinte », a écrit Clement. « Elle n’a plus jamais entendu parler de lui. »

A 76 ans maintenant et en mauvaise santé, Clément attend toujours.

André Gantois dit qu’il a de la peine pour ceux qui n’ont pas de réponse. « Ce n’est pas facile de vivre ainsi », dit-il. « J’ai tourné la page. Toute l’histoire de mon père, c’est ça, c’est fait. Je ne suis plus dans le brouillard ».

*** Traduction synthétisée de l’anglais d’Article19.

Article19.ma

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.