« Être ou ne pas être : telle est la question », disait Shakespeare. La question de l’observance obligatoire en public du jeûne au Maroc est devenue un sujet de débat incontournable à l’occasion de chaque mois de Ramadan entre ceux qui sont pour le maintien de la loi punissant les personnes qui n’observeraient pas cette obligation sous prétexte de « respect des sentiments des musulmans » et ceux qui y voient un texte « archaïque » qui ignore la liberté individuelle.

Au cours des dernières années, de nombreux cas de poursuites judiciaires ont été entreprises à l’encontre de personnes ayant rompu en public le jeûne du ramadan, des poursuites qui ont provoqué une vague d’indignation par les défenseurs des droits humains, appelant ainsi à l’abolition de l’article 222 du code pénal.

L’article 222 du code pénal marocain, rappelle-t-on, punit d’un à six mois d’emprisonnement et d’une amende de 200 à 500 dirhams quiconque « notoirement connu pour son appartenance à la religion musulmane, rompt ostensiblement le jeûne dans un lieu public pendant le temps du ramadan, sans motif admis par cette religion ».

Pour sa part, le ministre de la justice, Mohamed Aujjar, a estimé que « quiconque veut rompre le ramadan, c’est son affaire avec Dieu, mais il ne doit pas heurter les sentiments des gens et celui qui veut exercer sa liberté qu’il respecte les autres », selon le site arabophone Hespress.

+ L’Etat peut changer les choses mais… +

Pour le défenseur des droits de l’homme, Ahmed Assid, « le maintien de la loi dans sa forme actuelle est inacceptable comme le prouve le débat au sein de la société ». Car, a-t-il déclaré à Hespress, « une nouvelle génération de Marocains n’accepte plus le modèle actuel de religiosité basé sur des conduites folkloriques », estimant que « la société n’est pas conservatrice mais c’est l’Etat à travers sa politique publique qui l’a rendu ainsi ».

« L’Etat peut changer la tendance de la société en cinq ans à travers l’utilisation des médias et de l’enseignement, des prédications et autres », a-t-il ajouté soulignant que « l’Etat ne le veut pas car il continue de tirer sa légitimité de la religion », la question étant liée, selon lui, à « un système politique beaucoup plus complexe », selon Assid.

Assid a indiqué que « l’article 222 du Code pénal a été introduit par le résident général Lyautey et visait les citoyens français vivant au Maroc, afin d’éviter les provocations et les affrontements. Maintenant, il n’y a plus de colonisateurs et tous sont ici Marocains ».

« Les gens doivent comprendre le sens de la liberté et de la différence. Un Marocain en Suisse, par exemple, voit un musulman rompant le jeûne du ramadan et il ne peut pas faire de commentaires parce que l’Etat ne l’incrimine pas. La même personne au Maroc se précipitera au commissariat pour le signaler », a-t-il affirmé.

Assid a expliqué que « les mouvements de jeunesse sont venus en réponse à « l’autoritarisme qui est prévaut pendant le mois de ramadan », appelant à revoir le système éducatif marocain et les médias à jouer leur rôle et à ne pas inviter que « les religieux obscurantistes » dans l’unique but d’augmenter leur audience, ajoute la même source.

Le débat n’est toujours pas tranché…

Article19.ma

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