L’Agence internationale de l’énergie (AIE) publie régulièrement des études approfondies réalisées par des pairs sur les politiques énergétiques de ses pays associés. Dans son dernier rapport « Energy policies beyond IEA countries : Morocco 2019 », rendu public le 7 mai, l’Agence aborde entre autres la fermeture de la Samir, seule raffinerie du Royaume avec une importante capacité de stockage, et tire la sonnette d’alarme sur « la sécurité énergétique » du Maroc face à la chaîne d’approvisionnement mondiale.

Voici les points clefs à retenir :

« Le Maroc dépend des importations pour la totalité des combustibles fossiles, ce qui a des répercussions évidentes en termes de sécurité énergétique et d’économie nationales. Les carburants fossiles occupent une place de choix dans le mix énergétique du Maroc, avec presque 90 % de l’approvisionnement total en énergie primaire (ATEP) et 80 % de l’approvisionnement électrique.

En 2017, le pétrole représentait 62 % de l’ATEP, suivi par le charbon (22 %) et par le gaz naturel (5 %). Cette même année, la facture des importations énergétiques s’élevait à 69,5 milliards de dirhams (7,3 milliards de dollars US, soit 6,3 milliards d’euros). À ce jour, la production domestique de pétrole et gaz reste négligeable, mais le programme de prospection pétrolière et gazière géré par l’Office National des Hydrocarbures et des Mines (ONHYM) encourage les investissements en amont. La découverte de gaz dans la zone sous permis de Tendrara par le britannique Sound Energy, ainsi que la prospection en eaux profondes par l’italien Eni, font espérer des développements prometteurs.

Outre le pétrole brut, le Maroc importe aujourd’hui la totalité de ses besoins en produits pétroliers. Samir, la seule raffinerie de pétrole encore en activité au Maroc, a été placée en liquidation judiciaire en 2015. La non utilisation des installations de stockage de produits pétroliers de la raffinerie de Samir, ainsi que le non-respect des distributeurs des produits pétroliers de leurs obligations de stockage en produit pétroliers pendant plusieurs années, soulignent la nécessité d’améliorer la sécurité de l’approvisionnement en produits pétroliers.

Il y a plusieurs décennies, le gouvernement a instauré pour les industriels des obligations de stockage en produits pétroliers, mais ceci n’a été que très peu suivi d’effets, en dépit des différents mécanismes de financement utilisés dans le passé (prélèvements, taxes, etc.). La fermeture de Samir, l’unique raffinerie du pays, a des répercussions évidentes sur la sécurité de l’approvisionnement en pétrole. Le Maroc se trouve donc de plus en plus exposé aux risques de la chaîne d’approvisionnement mondiale, avec une couverture de stock inférieure au minimum légal pour tous les produits.

Le gouvernement mérite d’être félicité pour ses plans en faveur d’une augmentation de la capacité de stockage des produits pétroliers et pour son mécanisme de surveillance des approvisionnements en produits pétroliers, qui permet également de contrôler la quantité et la qualité des produits. Afin de renforcer les dispositifs de sécurité de l’approvisionnement en pétrole, le gouvernement devra améliorer les mécanismes de collecte de données sur les stocks de pétrole, assurer la disponibilité future de réservoirs de stockage de pétrole à la raffinerie Samir et améliorer la résilience des infrastructures portuaires.

+ Le gaz naturel & électricité… +

L’approvisionnement en gaz naturel algérien dépendra de la décision qui sera prise pour maintenir les accords sur le gazoduc Maghreb-Europe et de prolonger l’accord actuel au- delà de 2021.

À long terme, le Maroc prévoit d’augmenter la part du gaz naturel. Il envisage d’utiliser plusieurs nouvelles voies d’approvisionnement en gaz, y compris des importations via un gazoduc partagé avec le Nigeria, ainsi que la construction d’un terminal LNG, qui offrirait une plus grande flexibilité de contrats et d’approvisionnement. Ce scénario d’investissement devrait être justifié par des volumes largement supérieurs à la demande marocaine de gaz actuelle, soit plus de 1 milliard de mètres cube par an en 2017.

Le cadre réglementaire, qui forme une base fondamentale pour tous les acteurs du secteur, sera déterminant pour l’analyse de rentabilisation. Le projet de loi sur le gaz est soumis à la procédure auprès du Secrétaire Général du Gouvernement.

Le Maroc prévoit une augmentation de la demande d’électricité de 5 % par an en moyenne jusqu’en 2021, notamment en raison des pics de consommation imputables à l’utilisation croissante de dispositifs de refroidissement lors des journées d’été les plus chaudes. Les marges de capacité seront maintenues à un bon 10 %, mais le système énergétique doit être capable de répondre aux sécheresses saisonnières et aux pics de demande de plus en plus importants en été (avec une demande élevée pour la climatisation). Comme la population voit sa consommation d’électricité augmenter, le Maroc doit s’attendre à une accentuation future de la demande due à l’utilisation de systèmes de climatisation et d’appareils ménagers. La qualité et la sévérité des normes d’efficacité énergétique applicables aux appareils, ainsi que la gestion de la demande, seront déterminantes pour gérer les pics de demande de manière durable et respectueuse de l’environnement.

Point positif, le système énergétique marocain a augmenté sa flexibilité, avec des stations de transfert d’énergie par pompage (STEP), des centrales de gaz naturel avec stockage intégré et des importations d’électricité (qui ont doublé au cours des dix dernières années).

Le Maroc prévoit la mise en place d’une troisième interconnexion avec l’Espagne et d’une autre avec le Portugal. Néanmoins, les besoins en équilibrage du système énergétique vont devenir plus importants, car la part des énergies renouvelables variables dans la production d’électricité devrait augmenter de 15 % d’ici à 2030 en raison des ambitieux programmes éolien et solaire mis en place par le gouvernement.

Il est possible de rendre le système énergétique plus efficace et d’éliminer les contraintes. Le gouvernement devrait aider l’ONEE à améliorer l’exploitation et l’équilibrage de systèmes indépendants, avec une meilleure réaction à la demande, des centrales thermiques flexibles et des investissements plus généreux dans les réseaux et les interconnexions. L’ONEE est encouragée à développer un planning englobant le système énergétique dans sa totalité, sous la direction de l’ANRE et en collaboration avec MASEN et d’autres parties prenantes, ce qui permettra d’améliorer la vision commune sur les perspectives à moyen terme du secteur de l’électricité.

Particulièrement exposé aux pénuries d’eau, aux tempêtes côtières et à l’érosion, le Maroc a fait des progrès dans la lutte contre les impacts socio-économiques du changement climatique. Il s’est principalement focalisé sur l’agriculture, la pêche et le tourisme, avec une large gamme d’applications solaires, par exemple les pompes à eau solaires dans le secteur agricole. L’installation de technologies de refroidissement sec dans les stations d’énergie solaire concentrée (ESC) représente une avancée majeure. Le gouvernement devrait évaluer les progrès généraux réalisés en matière d’interaction énergie-eau afin d’améliorer la résilience des infrastructures énergétiques (ports, réseaux et centrales électriques).
Des partenariats internationaux et régionaux sur le thème de l’énergie.

+ Accord de la construction d’un gazoduc avec le Nigeria +

Le Maroc est un partenaire actif sur la scène internationale de l’énergie. Il a développé de nombreux partenariats orientés vers la transition énergétique, les énergies renouvelables, la lutte contre le changement climatique, et le commerce régional. Le Maroc a su attirer des financements et de l’aide technique en faveur de la lutte contre le changement climatique. Point positif, le gouvernement œuvre activement en faveur d’une intégration plus approfondie des marchés régionaux entre l’Europe et l’Afrique.

À l’occasion de la COP22, le Maroc a rassemblé les chefs d’État africains autour du Sommet africain de l’action, qui s’est conclu par la création de trois commissions sous- régionales dédiées : la Commission de la région du Sahel, la Commission des États insulaires et la Commission du Bassin du Congo. En tant que membre de la Ligue des États Arabes et de l’Union africaine, le Maroc est très engagé avec l’Afrique et crée des perspectives de coopération, de commerce et de développement économique sud-sud. Sur la base d’étroites collaborations bilatérales et multilatérales (avec la Commission Africaine de l’Énergie et la Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest), le Maroc peut tirer parti de son expérience en matière de transition énergétique afin d’encourager la transition vers une énergie verte dans les pays d’Afrique subsaharienne, en soutenant leur développement durable, l’accès à l’énergie et le développement des ressources.

Le Maroc, qui souhaite tisser des liens avec les marchés énergétiques des pays africains riches en pétrole et en gaz, a conclu un accord de construction d’un gazoduc avec le Nigeria. Le pays cherche également à faciliter les échanges commerciaux dans le secteur de l’électricité renouvelable (et de l’hydrogène) avec l’Europe et ses voisins africains.

Avec ses partenaires de l’Union européenne, une feuille de route pour le commerce d’électricité durable entre le Maroc et le marché intérieur européen de l’énergie a été signé par le Maroc et l’Allemagne, la France, l’Espagne et le Portugal le 19 décembre 2018 à Bruxelles. Enfin, la création du Pool énergétique d’Afrique de l’Ouest fera certainement naître de nouvelles opportunités de collaboration régionale avec l’Afrique.

+ Cinq Recommandations clés +

– – Pour la transition du pays vers les énergies vertes, encourager les investissements privés en faveur de ces énergies en réformant les marchés du gaz et de l’électricité et en rendant opérationnelle l’autorité de régulation prévue.

– – Faire de l’efficacité énergétique une priorité nationale en appliquant la législation existante, en élaborant des politiques et des normes en faveur d’une efficacité énergétique rentable, et en agissant rapidement pour adopter et mettre en œuvre une stratégie nationale d’efficacité énergétique à l’horizon 2030 afin de remplir les objectifs fixés par le gouvernement à cette échéance, en s’appuyant sur des ressources financières adaptées.

– – Améliorer la sécurité énergétique afin de mieux gérer les risques résultant de la dépendance aux importations, en révisant les politiques de stockage de pétrole, en prenant des mesures pour sécuriser les importations futures de gaz naturel et renforcer l’exploitation du système énergétique, et en réorganisant le système énergétique afin de faire la part plus belle aux énergies renouvelables variables.

– – Accélérer le développement des technologies renouvelables ainsi que les innovations en allant au-delà du secteur énergétique, afin d’encourager l’adoption de systèmes durables de refroidissement et de chauffage, de transport et de gestion de l’eau.

– – Mettre l’accent sur une gouvernance et une coordination interministérielle efficaces, sur le traitement en priorité des mesures les plus importantes et les plus urgentes, tout en veillant à ce que les engagements annoncés trouvent une véritable traduction sur le terrain, en s’appuyant sur des analyses permettant d’identifier les solutions les plus avantageuses financièrement et sur des données permettant d’évaluer les progrès réalisés. »

Article19.ma

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