Comment Trump a-t-il encouragé ses alliés arabes à poursuivre leur politique contre la liberté de la presse? Comment les organisations de défense des droits de l’homme pourraient-elles faire face à cette situation? Le site allemand DW a posé ces questions à l’occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse.

Ce n’est pas nouveau que la plupart des pays arabes soient classés au delà des 100 premiers rangs ou même que certains d’entre eux figurent en queue du classement établi par Reporters sans frontières (RSF) pour la liberté de la presse dans le monde. Leur classement est devenu habituel à cause du nombre des journalistes arabes détenus dans les prisons dont certains sont accusés de délits de presse et d’édition et d’autres de délits de droit commun douteux au point que l’autocensure est devenue, selon plusieurs rapports, le moyen idéal pour les journalistes dans leur travail quotidien pour éviter de se retrouver dans le radar d’une autorité qui voudrait généraliser un modèle de presse de la propagande. Mais la nouveauté au cours des dernières années, c’est l’ampleur de l’hostilité qu’éprouve le président américain Donald Trump à l’encontre des médias et de journalistes.

En raison de l’alliance étroite de Trump avec un certain nombre de dirigeants arabes, en particulier d’Arabie saoudite et d’Egypte, des questions viennent à l’esprit sur la possibilité pour l’administration américaine d’encourager les pays arabes à poursuivre leurs politiques contre la liberté de la presse, surtout avec la place timide réservée aux droits humains dans les rapports de la Maison blanche sous le mandat de Trump qui ne trouve aucune gêne à qualifier Abdel Fattah al-Sissi de « grand président », en dépit des nombreuses critiques des défenseurs des droits de l’homme à l’égard du régime égyptien, en particulier dans le domaine de la liberté de la presse et de la liberté d’expression.

+ Des rapports noirs…+

Même les Etats-Unis, qui ont une longue tradition journalistique et que traduisent des journaux influents sur l’opinion publique internationale ont perdu 3 places dans leur classement mondial pour se situer à la 48ème place cette année. Selon le rapport de RSF de 2018, Trump a entraîné le pays à la 45ème place en qualifiant la presse d’ennemi du peuple américain dans une série d’attaques verbales contre des journalistes, ainsi qu’en tentant d’empêcher plusieurs chaînes d’avoir accès à la Maison Blanche, ses accusations répétées de « Fake News » et sa demande d’annuler les autorisations accordées à certaines institutions de presse.

Toutefois, l’influence ne s’arrête pas aux seuls Etats-Unis, mais elle a une portée internationale, selon RSF: « le justificatif ‘fake news’ a été utilisé pour resserrer l’étau sur les médias dans les pays démocratiques et totalitaires ». C’est ce que souligne le rapport de l’organisation cette année: « L’hostilité déclarée à l’égard des journalistes et même la haine de certains dirigeants politiques dans de nombreux pays ont conduit à des actes de violences encore plus graves qu’auparavant et de manière récurrente ».

Cependants, le phénomène des « fake news » reste plus répandu dans la région arabe, notamment en raison d’une faiblesse manifeste de la qualité de la production journalistique et des conditions de la profession, mais « la remarque concerne ici la manière dont les gouvernements gèrent ces phénomènes ». En ce sens que « les pays du trou noir » utilise « la loi! » pour réprimer la liberté de la presse, affirme le photographe journaliste égyptien Shukan (de son vrai nom Mahmoud Abu Zeid) dans un entretien avec DW, à l’occasion de sa sortie de prison après cinq ans et demi en détention.

Le cas du journaliste Jamal Khashoggi est le plus grand exemple de l’évolution grave dans le traitement réservé aux journalistes. Malgré les rapports de la CIA révélant une implication saoudienne de haut niveau dans l’assassinat, Trump a non seulement insisté pour maintenir des liens étroits avec Riyad, mais a rejeté les accusations contre son proche allié, Ie prince héritier Mohammed Bin Salman, et l’a défendu à plus d’une occasion.

« Les positions hostiles de Trump à l’encontre des journalistes donne implicitement le feu vert aux régimes du Moyen-Orient pour les réprimer », a déclaré Suhaib al-Khayati, directeur du bureau nord-africain de RSF à Arab DW ajoutant que la position de Trump « encourage les régimes du Moyen-Orient à continuer de resserrer l’étau sur les journalistes, voire de les assassiner, comme ce fut le cas avec Khashoggi. »

+ Les pays arabe ont-ils besoin de Trump? +

Même avec un président américain « démocrate » comme Barack Obama, la presse dans les pays arabes n’était pas mieux lotie: « Les pays arabes par leur nature oppriment les journalistes et portent atteinte aux droits de l’homme. C’est leur méthode depuis des années et ils ne changeront pas, même ceux qui se présentent comme étant une démocratie « , a déclaré Suhaib, notant que le classement mondial de la liberté de la presse depuis 2002 montre que le Moyen-Orient est toujours en queue du classement.

Les Etats arabes sont non seulement hostiles à la liberté de la presse, mais également à l’ensemble des libertés, ajoute Shukan imputant la responsabilité non seulement à l’Etat, mais aussi à la presse de l’élite en raison de sa proximité du pouvoir et de son entente avec ce dernier ce qui l’a fait perdre son indépendance et a ouvert la voie à l’émergence du blogging et du journalisme citoyen ».

Mais la répression s’est élargie à ces nouveaux espaces et comme il est devenu possible à toutes les personnes à travers le monde de raconter ses histoires sans faire appel à la presse de l’élite, de nombreux gouvernements ont été gênés par la perte de l’arme de l’opinion publique et ont commencé à menacer les sociétés des réseaux sociaux et à les utiliser parfois pour servir leurs intérêts politiques et économiques, a expliqué Shukan.

+ Des outils permettant à la presse de résister +

Avec un recul de forces internationales qui avaient toujours brandi le slogan de la liberté de la presse (l’Allemagne à la 13ème place, la France à la 32ème, la Grande-Bretagne à la 33ème) et de l’environnement général des droits de l’homme à travers le monde, les organisations de défense des droits humains subissent une pression accrue pour dévoiler les violations dans la presse et plaider en faveur de l’amélioration des conditions de travail des journalistes, malgré les attaques dirigées contre ces organisations de la part de pays qui tentent de gagner l’opinion publique locale en les accusant entre autres de falsifier les faits et de servir des agendas étrangers, des accusations provenant des fois de cercles officiels et d’autre de de médias contrôlés.

Reporters sans frontières cherche à améliorer les conditions de travail des journalistes dans la région arabe en plaidant notamment en faveur leurs droits, qui sont violés, et en oeuvrant à leur formation continue en vue de les protéger juridiquement, de préserver leur intégrité physique et de renforcer leurs connaissances en matière de protection électronique en plus du dialogue avec les autorités et de la présentation de recommandations pour l’amélioration du climat de la presse, a affirmé Suhaib Al Khayati.

L’expérience tunisienne donne beaucoup d’espoir aux journalistes de la région. La Tunisie a progressé de 25 places par rapport à l’année dernière et se classe au 72ème rang mondial après avoir chuté à la 138ème place en 2013. Selon Suhaib Al Khayati, la leçon la plus importante à tirer de cette expérience est « la mobilisation de la communauté des médias à faire face à toute tentative d’atteinte à la liberté de la presse, en tant qu’un des acquis de la révolution tunisienne ».

N/B: la traduction et mise en forme de cet éclairage de DW est d’Article19.ma

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