Par Mohamed Chtatou

Depuis les premiers attentats terroristes commis par de jeunes Maghrébins en Europe, on parle beaucoup de radicalisation mais jamais de radicalisation ou des raisons qui ont poussé ces jeunes à se radicaliser et devenir des terroristes de premier plan.

Quelles sont donc les raisons qui ont incitées ces jeunes à devenir des Islamistes violents prêts à mourir pour une idéologie et non pas une religion qu’ils croient comprendre et maîtriser, sachant que l’Islam est une religion de paix et de compassion, comme énoncé dans le Saint Coran (2, 208) :

“Ô vous qui croyez, entrez tous dans la paix ”  

Diaspora ballotté

Ces jeunes descendent de parents migrants qui sont venus du Maghreb pour le gagnepain dans les années cinquante du siècle dernier et qui sont en majorité analphabètes. Étant donné qu’ils sont venus pour travailler ils n’ont pas eu le temps de faire le suivi scolaire de leur progéniture et même s’ils avaient voulu ils n’auraient pas pu. Livrés à eux mêmes et sans suivi ni autorité parentale, ses jeunes ont « séché » leurscours, en premier lieu, puis ont carrément abandonnél’école pour répondre à l’appel de la rue où ils se sont donnés vite à la criminalité et à la drogue. De fil en aiguille, ils se sont retrouvés au banc de la société méprisés par leurs parents et leurs proches et rejetées par leur société d’accueil.

L’historien français Pierre Vermeren estime que les Musulmans de France sont ballotés entre différents  cultures et tendances politiques :

« Par ailleurs, les musulmans de France sont insérés dans le grand bain de la mondialisation. Ils subissent une propagande considérable de la part des organisations islamiques internationales, étatiques ou privées : pour les pays prosélytes du Golfe -par ailleurs nos meilleurs clients en armements -, la plus grande communauté musulmane d’Europe est un grand espoir de  » conquête  » religieuse (au sens historique et théologique du terme) ; pour les organisations islamistes (OCI, Frères musulmans…), cette communauté est un vivier économique et intellectuel crucial ; pour les Etats du Maghreb, elle représente autant d’atouts (économiques) que de dangers potentiels (djihadisme) etc. »  

Il faut dire que la radicalisation des banlieues islamiques des grandes métropoles européennes s’est effectuée pendant des décennies au su et au vu de l’establishment sans s’y soucier. Au contraire les pays européens ont encouragé indirectement cette tendance pour produire les Moujahidines nécessaires pour combattre les Soviets en Afghanistan (1979-1989)durant la guerre froide.

Depuis ils sont étiquetés selon différentes approches d’après toujours Pierre Vermeren :

« Au regard de cette situation générale, la situation des « musulmans » de France est extrêmement complexe. « Français » pour l’Etat français. « Musulmans » pour la doxa et l’opinion. « Ressortissants » pour leurs pays d’origine. « Vivier » pour les multiples groupes politico-religieux en guerre depuis deux décennies contre les Etats qu’ils jugent « impies », qu’ils soient occidentaux ou musulmans. Dans ce contexte, le départ de milliers de jeunes Européens pour le champ de bataille syrien est un évènement majeur, d’autant que les Français y sont en tête. Lorsqu’ils revinrent du djihad d’Afghanistan en 1990, les 400 Afghans d’Algérie ont créé des maquis et lancé la guerre civile dont ils sont restés les chefs 10 ans durant. Ce sujet aussi tabou qu’explosif déborde des services de police jusqu’alors taillés pour quelques dizaines de terroristes potentiels. » 

Michèle Tribalat, estime à au moins 4,6 millions le nombre de personnes d’origine maghrébine sur trois générations en 2011, selon la répartition suivante :

Pays d’origine

(milliers)

Immigrés

(tous âges confondus)

1re génération née en France

(tous âges confondus)

2e génération née en France

(moins de 60 ans uniquement)

Total

Algérie

737

1 170

563

2 470

Maroc

679

698

130

1 507

Tunisie

246

280

129

655

Total Maghreb

1 662

2 148

821

4 631

Note : pour la 2e génération née en France, seules les personnes âgées de moins de 60 ans sont prises en compte.

Selon une étude de l’Insee, publiée en 2012 à partir de données de 2008, parmi les personnes vivant en France fin 2008, 1 602 000 sont nées au Maghreb, 1 130 000, nées en France et âgés de 18 ans ou plus, ont au moins un parent né au Maghreb (dont 360 000 ont un seul parent dans ce cas) et 820 000 mineurs nés en France ont au moins un parent né au Maghreb  (dont 350 000 ont un seul parent dans ce cas). Au total, fin 2008, il y avait 3 552 000 personnes d’origine maghrébine vivant en France nées au Maghreb ou dont un parent y est né.

Leur premier problème était et est toujoursindéniablement un manque criard d’identité. Pour lespays d’origine de leurs parents, ils sont des Européens parce qu’ils ne parlent pas la langue. Pour les européensils sont des fils d’immigrés et non des Européens. En quelques sortes ces jeunes se retrouvent rejetés par tout le monde et, conséquemment, ils expriment leur colère par la violence et l’anticonformisme parce qu’ils se sentent délaisser et sans patrie, ni culture ni identité,dans un no man’s land affectif et émotionnel, un vrai wasteland sans pareil.

Effet boomerang

Les gouvernements européens ont ignoré ces jeunes depuis des décennies, dans des cités qui ressemblent plus à des camps d’internement qu’autre chose. On leur tapait fort sur les doigts quant ils se manifestaient par le biais de la petite délinquance. Pire on les traînait dans la boue à cause de leur origine, leur couleur, leur religion et leur façon de vivre. Ils vivaient dans la marge dans des pays qui se targuent d’être démocratiques et solidaires. Ces jeunes ne récoltaientque l’insulte et le rabaissement, aucune reconnaissance ou compréhension.

Jeunes maghrébins d’Europe

La démocratie pour eux était un vain mot, une supercherie et encore plus un attrape-nigaud. Ils vivaient dans un monde parallèle inhumain et humiliant: une race de sous-hommes, bons à la poubelle. En réalité ils étaient mûrs pour n’importe quelle forme de radicalisation, pour s’affermir, échapper à l’humiliation et se sentir humain, pour enfin se venger d’une société qui les méprise. Ne dit on pas que la vengeance est un plat qui se mange froid. Ils se sont retrouvés dans l’Islamisme qui leur offrait au moins une vie décente et une reconnaissance et une identité qui les arrache des griffes de sociétés qui leur sont hostiles de prime abord.

Le recrutement de futurs martyrs ou terroristes

Ces jeunes pour éviter les affres de leur isolement se connectaient à des sites Islamistes qui leur promettent le bonheur sur terre et la félicité dans l’au-delà, c’est-à-dire dans le paradis ou tout est permis et est disponible. Cet appel des sirènes religieuses à touché de plein fouet le point névralgique de cette jeunesse marginalisée et qui a grand besoin de chaleur humaine et de compréhension affective.

Apres ses prises de contact virtuel, les frères recruteurs rencontrent les nouveaux membres de leur confrérie terroriste pour les mettre en confiance, puis ils les invitent pour des rencontres de socialisation et après des cessions d’initiation où on leur remet des sommes d’argent importantes pour subvenir à leurs besoins immédiats sans demander de contrepartie aucune. D’autres sommes leur seront versées durant les multiples rencontres que nécessite le lavage progressif du cerveau.

La formation de futur martyr/terroriste passe par plusieurs phases distinctes :

1- Affirmation du soi dans le nouvel environnement;

2- Formation religieuse avec, en fond de toile, le sacrifice de soi pour la gloire de l’Islam. Conduitegratifiée par le bonheur éternel : le paradis, d’après l’idéologie islamiste;

3- Incitation les jeunes contre la civilisation occidentale matérialiste et athée ;

4- Préparation psychologique des jeunes pour le sacrifice et le martyr ;

5- Formation paramilitaire au maniement des armes et bombes et aussi formation  aux arts martiaux ;

6- Communication des cibles potentielles et rédaction et enregistrement du testament; et

7- Passage à l’acte.

Les nébuleuses islamistes assurent leurs martyrs de la prise en charge de leur famille et la glorification de leur acte sur la toile.

radicalisation

Les pays européens ont du pain sur la planche avec ces jeunes Maghrébins issus d’une immigration lointaine. Il semble, toutefois, que directement ou indirectement les autorités européennes, ne sachant à quel saint se vouer,pratiquent, ainsi, une sorte de fuite en avant remarquable. Dès qu’il y a un attentat, on identifie,immédiatement, ces jeunes avec leur pays d’origine alors qu’ils sont nés et éduqués en Europe et certains,parmi eux, n’ont jamais visité leurs pays d’origine de leurs parents ou grands parents et ne parlent généralement pas un traître mot de l’Arabe ou de l’Amazigh.

De mauvaises langues diront que les Européens quant il s’agît d’athlètes ou de sportifs Maghrébins qui brillent sur la scène internationale, ils sont, immédiatement, identifiés comme des Européens, mais dès qu’il s’agit de criminalité ou terrorisme ils sont Maghrébins, chose qui, à la longue, les pousse àdavantage d’acculturation et de recherche d’identité de rechange, fusse t-elle criminelle.

Que faire ?  

1- Les autorités européennes doivent tout d’abordentreprendre  des études approfondies de terrain sur ces jeunes:

2-S’enquérir sur les besoins de ses jeunes, leurs problèmes, leurs visions de future et leurs aspirations;

3– S’intéresser à leurs besoins identitaires et affectifs; et

4– Étudier les raisons de leur non-intégration et de rejet catégorique de leurs sociétés.

En principe ces études devraient être entreprises par des sociologues, pédagogues, islamologues et psychologues, à la suite de quoi ils peuvent présenter une stratégie de récupération de ses jeunes qui n’est autre qu’une stratégie de déradicalisation.

Stratégie de déradicalisation

Il faut dire que beaucoup de ses jeunes ont échoué à l’école et par conséquence se sont retrouvés à la rue avec un petit bagage de connaissances qui peut s’avérer dangereux parce qu’ils peuvent être facilement récupéré  par autrui pour usage criminel et invitation à la haine raciale ou religieuse.

Ces jeunes doivent se sentir citoyens à part entière et doivent bénéficier d’une deuxième chance d’apprentissage dans des institutions spécialisées ou des centres de formation professionnelle pour les intégrer dans le tissu socio-économique du pays

Créer  des terrains de sport de proximité dans les cités  ainsi que des centres culturels  et artistiques et encourager les jeunes à  laisser s’exprimer  leurs talents puis les diriger vers le professionnalisme, un bon exemple est le programme de Canal +: Jamel Comedy Show qui a su amarrer  une jeunesse à un rêve et une promesse de future rayonnant.

La société  civile doit s’impliquer davantage dans les cités pour les rendre plus attrayantes  par l’organisation de festivals de musique et de culture et prendre en exemple les favelas brésiliennes de Rio qui sont devenus aujourd’hui des hautslieux de culture. Les cités européennes sont des vrais favelas, il ne faut pas se leurrer, Molenbeek en Belgique en est un bon exemple.

Quartier multiculturel de Molenbeek à Bruxelles

Dans le domaine de l’intégration,  il faut s’inspirer de l’expérience positive des autorités anglaises qui ont encouragés les festivals de quartier qui sont des activités  à double effet positif: célébration et glorification de la culture d’origine et de l’identité devenant ainsi une affirmation de l‘intégration, sans oublier pour autant le multiculturalisme.

Les pays européens  ne doivent pas aller dans le sillage du Trump qui veut se débarrasser du multiculturalismeambiant,  chose qui va déclencher le choc des cultures,mais plutôt célébrer le concept de nation arc-en-ciel,cher à feu Nelson Mandela.

Article19.ma

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