L’émancipation et l’autonomisation des femmes ont été promues, notamment par la réforme du Code de la famille, tout comme a été instituée la représentation des femmes dans les différentes assemblées, qu’elles soient communales, régionales ou nationales.

Toutefois, relève une étude publiée par le Centre marocain de recherche Tafra, l’analyse des dynamiques d’autonomisation des femmes met en avant la complexité des disparités territoriales selon les milieux de vie.

Selon cette étude, dans les arrondissements (quartiers des 6 plus grandes villes du Maroc), seules 26,5% des femmes sont analphabètes tandis que 12,04% sont diplômées du supérieur. En revanche, dans les municipalités (communes urbaines), le taux d’analphabétisme est de 10 points supérieur (36,8%) tandis que la part des diplômées du supérieur est divisée par deux, avec 5.8%. Enfin, dans les communes rurales, le taux d’analphabétisme féminin est extrêmement élevé, 60.5%, tandis que les femmes diplômées du supérieur sont très peu nombreuses, 1.02% en moyenne.

Ces niveaux d’éducation très différenciés se traduisent par une différence d’âge au mariage des femmes relativement faible entre les arrondissements (27,8 ans), les municipalités (25,8 ans) et les communes rurales (25,3 ans), l’avancée de l’âge au mariage de 2004 à 2014 ayant concerné les villes comme les campagnes, soulignent les auteurs de l’étude Alicia François et David Goeury.

De même, le comportement démographique converge avec l’indice synthétique de fécondité (ISF) de 1,8 enfant par femme pour les arrondissements, 2,1 dans les municipalités et 2,5 dans les communes rurales. Or, là encore, la fécondité des femmes rurales a continué à baisser, tandis que celle des femmes urbaines a légèrement progressé depuis 2004. Désormais, seules 260 communes ont un taux supérieur à 3, et 30 ont un taux compris entre 4 et 5. En effet, les femmes les moins éduquées imitent les femmes les plus éduquées notamment afin de pouvoir garantir une éducation de qualité à leurs enfants.

Le taux de scolarisation des filles de 7 à 12 ans est de 98,1% dans les arrondissements, de 97,5% dans les municipalités et de 90% dans les communes rurales.

Éducation secondaire ou supérieure, âge plus tardif au mariage et surtout diminution de la fécondité ouvrent normalement la possibilité d’accéder au marché de l’emploi et ainsi à une participation accrue à la vie économique en dehors de la sphère domestique. L’accès à des revenus monétaires directs sans passer par une autorité familiale est considéré comme le véritable indicateur d’autonomie des femmes. Or, les tendances nationales de 2004 à 2014 sont assez complexes.

Selon les auteurs de l’étude, ces divergences interrogent sur les choix opérés lors du recensement de 2014 pour classer les femmes entre indépendantes, aides familiales et actives.

+ Un changement d’horizon des femmes… +

Ainsi, à l’échelle nationale, le taux d’activité a diminué et le nombre de femmes actives est passé de 2,65 millions à 2,51 millions amenant à un resserrement de la mesure de l’activité autour du salariat qui couvre désormais 71% des emplois féminins et tout particulièrement le salariat privé avec 57,3% des emplois. 1,4 million de femmes sont désormais salariées dans le privé contre 823 000 en 2004. De même, les salariées dans le public sont passées de 257.000 à 350 000. Il faut aussi noter que les femmes employeurs ont été multipliées par trois, atteignant 50 000 femmes. Par conséquent, l’accès aux emplois de qualité s’est amélioré pour les femmes marocaines.

En revanche, le nombre de femmes indépendantes stagne à 350 000 et surtout le nombre de femmes aides familiales a été divisé par deux. Se pose alors la question de savoir si cela traduit une véritable mise en retrait des femmes des activités économiques familiales ou au contraire, un biais statistique qui ignore la participation de ces dernières à de petites entreprises familiales du fait de leur non déclaration.

Cette situation peut aussi être expliquée par un changement d’horizon des femmes. Ces dernières, du fait d’un accès à l’éducation accrue, souhaitent désormais accéder à des emplois salariés de qualité. Or, malgré un accès plus important au salariat, le marché de l’emploi apparaît comme incapable de répondre aux attentes des femmes qui se déclarent désormais au chômage, ainsi le taux de chômage de ces dernières s’est hissé à 29,6%.

L’étude relève, enfin, que malgré un cadre réglementaire qui renforce l’autonomie des femmes, il apparaît que le Maroc a été marqué par une phase complexe de régression durant la dernière décennie. Avancée de l’âge au mariage des femmes, recul du taux d’activité féminin et augmentation du taux de chômage des femmes apparaissent comme divergentes du cadre juridique et des efforts de promotion des femmes.

Cependant, les phénomènes sont plus complexes : les femmes ont bénéficié d’un accès plus important à l’emploi salarié, à la création d’entreprises grâce à un niveau d’éducation plus élevé amenant à un changement d’horizon économique. Or, seuls quelques quartiers des grandes métropoles concentrent les opportunités pour les femmes amenant à une polarisation croissante du territoire marocain et des inégalités grandissantes entre ces métropoles et le reste du territoire.

Article19.ma

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