Le suicide chez l’enfant et l’adolescent
J’ai remarqué ces dernières années, plusieurs publications médiatiques des cas de suicide chez les adolescents et plus particulièrement chez les enfants. Ceci suscite une douleur et une angoisse chez les lecteurs. Ainsi, j’ai vu qu’il est important de clarifier ce phénomène.

1- Quelques chiffres

L’enfant ne peut pas concevoir la mort comme un phénomène irréversible avant 6 ans. En France un chiffre de 30 à 100 enfants se tuent chaque année mais on peut penser qu’un grand nombre d’accidents sont des analogues suicidaires et donc il est impossible de parler de suicide, car l’enfant ne peut en aucun cas avoir la même conception de suicide comme celle qu’on trouve chez l’adolescent et l’adulte.

Par contre chez l’adolescent de -14 ans, le nombre de suicide, en France, est variable en fonction des années, par exemple en 2000 « 44 cas », en 2008 « 26 cas », en 2011 « 41 cas », en 2014 « 30 cas ».

Donc il est difficile de dire que le nombre augmente, peut être c’est une impression suite à la quantité de publications des cas de suicide dans les médias!

2- Le suicide chez l’enfant

Chez l’enfant on parle de « se donner la mort » et non de « suicide ». Il peut survenir suite à un passage à l’acte impulsivement sans aucune évaluation des véritables risques de perdre la vie. Ce passage à l’acte impulsivement peut être une solution à ses problématiques scolaires ou relationnelles ou familiales ou affectives. Il est difficile pour nous professionnels, d’imaginer que le suicide chez l’enfant est un acte réfléchi et prémédité. Aussi dans le même contexte, se donner la mort, peut être un accident en voulant imiter un héros ou un membre de la famille suicidé par exemple. Il peut survenir aussi dans un contexte dans lequel se confondent le jeu, l’aventure et l’insouciance.

3- le suicide chez l’adolescent

Chez l’adolescent, se donner la mort peut être impulsif sans contrôle ou bien un passage à l’acte suite à une crise de colère, ou bien subir une grande injustice ou une rupture sentimentale ou encore une trahison. Chez l’adolescent, on peut parler de suicide prémédité et voulu et planifié face à une détresse affective, le plus souvent dans une relation pathologique avec ses parents

4- facteurs révélateurs du risque de suicide chez l’enfant

Nous ne disposons pas de réelles études cliniques pour évaluer les risques de suicide chez l’enfant, du fait que l’enfant n’a pas encore une maturité intellectuelle et affective suffisantes pour exprimer sa douleur et sa dépression par exemple. Encore plus difficile, car l’enfant se donne la mort d’une manière impulsive et non réfléchie.

5- symptômes révélateurs de la probabilité de suicide chez l’adolescent

Nous avons des signes cliniques suffisants pour évaluer le risque suicidaire réfléchi et impulsif. Raison pour laquelle nous restons toujours très vigilants sans aucune sous-estimation de ce risque au point où personnellement, je considère tout ado est exposé au risque de suicide et même devant des problématiques banales à nos yeux.

Parmi ces facteurs révélateurs nous notons, l’isolement, la désocialisation, le désinvestissement scolaire, la négligence de son hygiène, la tristesse, l’amaigrissement ou la prise de poids, les crises de colères ou l’absence de l’autodéfense, l’effacement, trop ou peu de sommeil, les antécédents familiaux de suicide, difficultés scolaires et relationnelles, des idées de mort, une joie ou une tristesse excessive par exemple.

Devant ces symptômes, il est impératif de consulter un spécialiste.

6- l’âge d’apparition de suicide

L’enfant ne pense pas au suicide en tant que tel, mais plutôt au désir de mourir et il ne peut concevoir le suicide et le planifier qu’à partir de 10-12 ans à peu près.

7- parler du suicide avec les enfants et les ados

Nous savons que les enfants, par le biais des réseaux sociaux, s’intéressent à ce phénomène qui reste mystérieux pour eux, sachant que l’enfant est attiré par le mystère de toute chose.
Les parents doivent parler du suicide comme une disparition définitive qui provoque du chagrin pour eux, car ils aiment fort leurs enfants. Ils doivent leurs expliquer, que quelques soient les raisons, ils sont là et ils sont capables de les résoudre afin de continuer de vivre ensemble, car les gens qui nous aiment ont besoin de nous. Insister aussi sur le fait que s’ils parlent aux proches, au médecin de famille et à la maitresse de leurs difficultés et souffrances, ils pourront être aidés par eux et rester en vie à coté de ceux qui les aiment.

Les parents doivent être très proches de leurs enfants, présents, passer du temps avec eux et jouer beaucoup avec eux. Nous devons leur exprimer notre amour sans réserve et être réellement présents dans leur vie en s’intéressant à leur monde, à leurs amis, à leurs problèmes avec leurs camarades et ne pas considérer ceux-ci sans aucun intérêt « trucs d’enfants ». Leurs expliquer que chacun de nous a ses problèmes selon son âge et nous les vivons tous avec douleur. Les parents doivent être prudents de ne pas considérer le chagrin de l’enfant suite à une dispute avec ses amis par exemple, n’est rien devant le chagrin de la perte d’emploi chez l’adulte, il s’agit toujours du chagrin. Le fait de s’intéresser à l’enfant de cette manière, consolide les liens d’amour et imbibe l’enfant d’affection. C’est le fait d’être aimé qui donne un sens à la vie.

Docteur Jaouad MABROUKI, Expert en psychanalyse de la société marocaine et arabe

Article19.ma

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