Des messages tant attendus en fait pour comprendre la suite des événements. A partir d’Oran, le chef d’État-major Ahmed Gaid Salah a de nouveau abordé la situation politique en Algérie avec moins de diplomatie qu’avant.

C’est sa première intervention, ce mercredi 10 avril2019, depuis le départ de Bouteflika et la désignation de Bensalah comme président intérimaire.

Cinq messages à retenir pour comprendre ce qui se prépare l’armée pour ce que l’on appelle « la deuxième République Algérienne ».

1 – Rester dans le cadre de la Constitution

Répondant aux appels des jeunes à faire table-rase du passé et de ses hommes au pouvoir, le Général a, par contre rappelé à l’ordre les contestataires en insistant sur la nécessité de rester dans « le cadre constitutionnel » lors de la phase de transition.

Gaid Salah a appelé les Algériens à « prendre en considération » le fait que « la conduite de la période de transition nécessite un ensemble de mécanisme dont la mise en œuvre doit s’effectuer conformément à la Constitution qui stipule que le président du Conseil de la nation que choisit le Parlement avec ses deux chambres, après le constat de la vacance, assume la charge de chef de l’État pour une durée de trois mois, avec des prérogatives limitées, jusqu’à l’élection du nouveau président de la République ».

Pour résumer: l’armée refuse de sortir du cadre fixé pour la Constitution, rappelle l’homme fort du régime.

2 – L’armée veillera au grain durant la phase de transition

La période de transition « se fera avec l’accompagnement de l’Armée nationale populaire », a annoncé Gaid Salah. Selon lui, l’institution militaire « veillera au suivi de cette phase », au regard de « la confiance réciproque entre le peuple et son armée ».

L’armée veillera donc, selon Gaid Salah, à ce que cette période se passe « dans un climat de sérénité et dans le strict respect des règles de transparence et d’intégrité et des lois de la République ». En filigrane, un avertissement à ceux qui refusent le choix des militaires.

3 – L’ennemi imaginaire de toujours

Des mises en garde contre l’ennemi de « l’intérieur » et « l’extérieur ». Cela rappelle l’époque stalinienne en Union Soviétique où le Général a fait sa formation militaire,

Dans son allocution, le chef d’état-major a lancé plusieurs mises en garde à l’adresse, notamment de « parties étrangères » qui « partant de leurs antécédents historiques avec notre pays, poussant certains individus au-devant de la scène actuelle en les imposant comme représentants du peuple en vue de conduire la phase de transition ».

Le Général n’a toutefois pas nommé ces parties non par pudeur mais pour semer la confusion.

Il a accusé ces « parties étrangères » de vouloir « mettre en exécution leurs desseins visant à déstabiliser le pays vers un vide constitutionnel et détruire les institutions de l’État, voire provoquer une déclaration de l’état d’exception ».

Par ailleurs, il a affirmé que l’armée protégera « cet immense élan populaire » contre « l’exploitation par ceux qui la guettent de l’intérieur et l’extérieur ». Il a notamment dénoncé « quelques individus appartenant à des organisations non-gouvernementales » qui ont été, selon lui, « pris en flagrant délit dont la mission consiste à infiltrer les manifestations pacifiques et les orienter, avec la complicité et en coordination avec leurs agents de l’intérieur ». Il n’a pas cité de noms à ce sujets non plus.

4 – Réouverture des dossiers de corruption

Indépendance de la justice et réouverture des dossiers de corruption contre la « bande »
Gaid Salah a affirmé que la justice « a recouvert ses pleines prérogatives » et « agira en toute liberté, sans contraintes aucunes, sans pressions ni ordres ».

Cette liberté d’action devra permettre, selon lui, d’« entamer des poursuites judiciaires contre tout la bande impliquée dans les affaires de détournement des fonds publics et d’abus de pouvoir pour s’enrichir illégalement ».

Il a assuré que les enquêtes et poursuites judiciaires s’étendront « à tous les dossiers précédents », en citant l’affaire Khalifa, l’affaire Sonatrach et celle du Boucher. Trois dossiers dans lesquels plusieurs personnalités politiques sont citées.

En un mot : après Bouteflika, la justice aura les mains libres. Une promesse difficile à tenir, selon certains journaux algériens.

5 – Appel à la patience…

Le général Gaid Salah affirme que le volet socio-économique de la crise « s’aggravera davantage si les positions obstinées et les revendications irréalisables persistent », ce qui rend nécessaire, selon lui, « de faire preuve de patience, de conscience et de lucidité afin de réaliser les revendications populaires, guider le pays vers la paix et jeter les bases d’un État de droit et d’institutions ».

La phase que traverse le pays « requiert, voire impose à l’ensemble des enfants du peuple algérien dévoué, fidèle et civilisé, de fédérer les efforts de tous les nationalistes en suivant la voie de la sagesse, de la pondération et de la clairvoyance », a-t-il dit, affirmant sa conviction que « le peuple comprendra et mesurera la sensibilité de la situation et privilégiera l’intérêt national ».

Le général Ahmed Gaid Salah a affirmé que le volet socio-économique de la crise « s’aggravera davantage si les positions obstinées et les revendications irréalisables persistent », ce qui rend nécessaire, selon lui, « de faire preuve de patience, de conscience et de lucidité afin de réaliser les revendications populaires, guider le pays vers la paix et jeter les bases d’un État de droit et d’institutions ».

La phase que traverse le pays « requiert, voire impose à l’ensemble des enfants du peuple algérien dévoué, fidèle et civilisé, de fédérer les efforts de tous les nationalistes en suivant la voie de la sagesse, de la pondération et de la clairvoyance », a-t-il souligné.

En d’autres termes : le changement dans la continuité.

Article19.ma

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