Par Ahmed Assid


Une fois encore, l’adoption de la loi-cadre sur l’éducation a été reportée à cause de l’obstination du courant traditionaliste conservateur quant à la langue de l’enseignement des matières scientifiques, ce qui nous ramène à clarifier certains choses que beaucoup de gens ne voient pas.

Beaucoup pensent que l’enseignement des sciences dans une langue est une décision politique visant à imposer cette langue pour qu’elle devienne la « langue de science », mais en réalité c’est plus compliqué. De nombreux pays sous-développés ont adopté cette mesure sans qu’elle se traduise par un quelconque avantage.

La « langue de la science » n’existe pas en dehors du processus de production de la connaissance scientifique, mais ce processus n’est accompli que par cette langue. Elle est non seulement la langue de l’enseignement de la science en tant que connaissance préconçue, mais elle est aussi une langue à travers laquelle la connaissance scientifique est élaborée. En ce sens que son rôle ne se contente pas seulement à décrire le phénomène ou à le comprendre mais à intervenir dans l’élaboration de ces connaissances d’une manière logique. Cela signifie que celui qui ne produit pas de connaissances scientifiques au niveau national ne pourra pas faire de sa langue nationale la langue de l’enseignement des sciences.

C’est la réponse à ceux qui présentent Israël comme l’exemple d’un Etat qui utilise l’hébreu pour enseigner les sciences : Israël alloue un énorme budget de 4,7% contre 0,01% pour les pays d’Afrique du Nord et au Moyen-Orient. Ceux qui souhaitent par exemple que la langue arabe soit par excellence celle de l’enseignement des sciences doivent fournir de tels moyens qui n’existe dans aucun des pays mentionnés. En l’absence de bases nationales pour la recherche scientifique, avec la propagation du charlatanisme, de la superstition dans la société et des tendances irrationnelles anti-scientifiques, il sera difficile de rattraper la marche et de faire des langues nationales des langues de l’enseignement des sciences exactes.

Ceci explique pourquoi certains Marocains ne comprennent pas les causes du faible rendement de la formation en la langue arabe des sciences et explique aussi l’incapacité d’enseigner les sciences en cette langue au niveau de l’enseignement supérieur. Il ne s’agit aucunement d’une quelconque volonté ou d’une manoeuvre qui empêche l’arabisation des sciences à l’Université. La raison principale en est que le niveau de l’enseignement scientifique dans le supérieur doit être étroitement lié au développement des connaissances scientifiques au quotidien, c’est-à-dire que la langue doit celle de la production des connaissances, des découvertes réalisées et des théories scientifiques. Tout le monde sait que la langue arabe n’exerce pas ces fonctions aujourd’hui et qu’elle a cessé de remplir ces missions depuis fort longtemps, soit au moins depuis huit siècles.

Ceux qui croient que n’importe quelle langue peut enseigner avec succès les sciences sans qu’elle soit une langue de la pensée scientifique et une langue de production du savoir scientifique se trompent, car la relation dialectique entre la langue et la pensée prouve que la langue n’est pas simplement un transmetteur des idées enseignées. Les processus intellectuels ne se forment pas uniquement dans une seule langue, et la langue de la science est la base de la pensée scientifique et en est un constituant. Lorsque les gens appellent une langue celle de la religion ou « langue du Coran », ils définissent ainsi clairement sa fonction et la lient à un domaine qu’elle lui sera difficile de dépasser si la pensée ne franchit pas le pas décisif. Ceci signifie que l’arabe ne sera jamais une langue de science ou d’enseignement des sciences avec succès si ses utilisateurs n’ont pas une pensée scientifique et une production scientifique locale de connaissances dans cette langue.

Ceci explique pourquoi les fonctions de la langue arabe ne dépassent pas les lettres et les connaissances religieuses, la presse et les médias et certaines fonctions administratives simples. L’esprit dont la réflexion reste limité à certains domaines ne peut permettre à la langue qu’il utilise d’exercer d’autres fonctions auxquelles s’est habitué l’esprit. Pour preuve, la grave perversion que commettent certains enseignants du courant de « l’islam politique », qui enseignent les sciences naturelles, la physique ou les mathématiques au niveau du secondaire en abandonnant leur véritable rôle et en s’adressant aux élèves dans un langage de prédicateurs religieux. Ils pervertissent les théories scientifiques en évoquant les « miracles scientifiques dans le Coran », sachant que lesdites théories, élaborées par de véritables scientifiques dans des laboratoires de recherche, n’ont rien à voir avec les interprétations religieuses en question. Comment alors un esprit de ce genre serait-il capable de produire des théories scientifiques ou des connaissances dans les domaines spécialisés de la science et comment la langue arabe qu’utilisent ces gens pourrait-elle devenir « la langue de science » alors qu’ils l’utilisent dans des domaines opposés à la science?

Le sous-développement des sociétés d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient sur les plans politique, social, économique et intellectuel a conduit à l’incapacité de la langue adoptée de suivre le formidable le progrès scientifique que connaît le monde développé, qui se mesure en secondes et non plus en années et siècles comme auparavant. Par exemple, tous ceux de ces pays qui ont emporté des prix scientifiques ou réussi dans des domaines scientifiques spécialisés telles que la physique nucléaire ou autres, ont le plus souvent mené leurs travaux en anglais ou dans d’autres langues étrangères telles que l’allemand et le français, et ont souvent du mal à expliquer les résultats de leurs travaux en arabe.

Cela signifie que nous sommes en face de deux choix, soit nous oeuvrons à diffuser les connaissances scientifiques, entreprendre l’éducation scientifique et modifier les structures de la pensée dans notre société et ainsi les langues nationales se transformeront par la pratique scientifique quotidienne et la réflexion scientifique en langues des sciences ou bien préserver les structures du sous-développement de la pensée et du comportement et promouvoir la tendance conservatrice opposée à la science et, dans ce cas, se contenter d’enseigner les sciences en langues étrangères qui produisent la connaissance dans les pays développés et limiter les fonctions de nos langues aux domaines dans lesquels elles pourront jouer des rôles positifs comme la communication, la littérature, historique et religieux et autres sciences humaines. Dans le cas où nous cherchons à consacrer la pensée conservatrice qui a d’autres priorités que les sciences modernes alors il ne faudra pas attendre que l’arabe ou une autre langue soit « la langue de science ».

L’objectif réel de l’attachement du courant islamiste conservateur à l’arabisation de l’enseignement des sciences n’est pas de promouvoir l’enseignement scientifique et technique, car ceci n’est pas possible en arabe dans le contexte actuel. Leur objectif est la poursuite du processus d’arabisation qui sert l’islamisation rigoureuse de la société et répandre la pensée conservatrice dont se nourrit électoralement et socialement cette mouvance. Celui qui voudrait découvrir la vérité sur la position de ces gens il devrait voir ce qu’ils choisissent pour leurs enfants, l’éducation qu’ils leur offrent et dans quelles langues?

*** La traduction du texte original en arabe a été faite par Article19.ma en accord avec l’auteur.

Article19.ma

1 COMMENTAIRE

  1. Ce discours dénote une hostilité à l’Arabe. Si l’arabe est comme vous la decrivez, que serait l’amazigh ? Et pourquoi défendez vous cette langue qui est une vraie perte de temps à nos enfants à l’école

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.