À 60 ans, Latifa a décidé de faire un saut en Syrie dans une tentative désespérée de sauver ses cinq petits-enfants, après que son fils Hussein, combattant de l’Etat Islamique (EI), ait été tué dans un bombardement à Raqqa.

Raqqa était la capitale de Daech sous le commandement d’Al Baghdadi. Ce dernier est toujours recherché par les Américains contre une récompense de $25 millions pour celui qui le dénichera.

Mais trois ans plus tard, à savoir 2016, cette grand-mère marocaine n’arrive pas à quitter le pays d’y Levant.

« Mon fils et sa femme sont venus en Syrie sans mon accord. Après 7 ou 8 mois, sa femme m’appelle au secours pour me dire que Hussein est décédé et me demande de venir la chercher, elle et ses enfants », raconte-t-elle aux reporters de l’agence espagnole EFE depuis le camp kurde « Roj », situé au Nord-est de la Syrie. Un lieu accueillant des femmes de différentes nationalités, en grande majorité, ayant rejoint Daech.

Le fils de Latifa se nommait « Hussein Al Guili », de nationalité marocaine, qui a quitté Fès pour rejoindre l’autoproclamé califat terroriste en Syrie. Il est mort à l’âge de 42 ans, dans un bombardement en 2015 à Raqqa, avec son frère aîné, également djihadiste.

Avec un mari malade et le reste de la famille insouciante du sort de ses petits-enfants orphelins, Latifa décide de prendre le risque de rejoindre Bilad Cham pour tenter de les sauver des griffes de Daech. Pour cela, elle entre en communication avec les membres de l’organisation terroriste, et s’arrange à ce qu’ils lui remettent les enfants une fois arrivée à Raqqa.

+ Non sans mes petits enfants +

Latifa prend d’abord l’avion pour la Turquie, dans laquelle elle reste deux jours dans un hôtel.

« Ils m’ont appelé pour me dire: prépare-toi, on vient te chercher. Je suis allée avec eux dans une voiture, sur le chemin je n’ai rien pu voir jusqu’à ce qu’on me signale qu’on est arrivés à Raqqa », raconte t-elle aux journalistes.

Le chemin lui a paru très facile jusqu’en Syrie. Mais une fois qu’elle a commencé à poser des questions sur ses petits-enfants aux responsables, ils lui ont rétorqué qu’elle « n’avait rien à voir avec eux ». L’un des hommes aurait même essayé de la convaincre de rester en lui offrant un logement et de l’argent. La femme refuse catégoriquement.

Durant l’interview, Latifa n’a cessé de serrer très fort un de ses petits, l’embrassant avec les larmes aux yeux.

La marocaine raconte qu’au début, ils ne l’ont pas laissé voir les orphelins. La plus petite était âgée de 2 ans, née en Syrie.

« Je leur ai crié que je voulais seulement mes petits-enfants. Ils m’ont alors confisqué le téléphone, le passeport, la carte d’identité… et je me suis retrouvée sans rien. Pendant un mois, j’étais dans de mauvais draps. J’ai failli devenir folle, je pleurais et criais sans arrêt ».

Les djihadistes finissent par céder et ils lui ont ramené ses cinq petits-enfants.

Selon l’accord de principe, il était convenu qu’elle reparte avec les petits en repassant par la Turquie, mais les hommes de Daech lui ont dit d’attendre.

« Je ne comprenais pas comment il était difficile de sortir alors que c’était tellement facile d’entrer en Syrie », s’exclame-t-elle.

Ces hommes sont restés à Raqqa jusqu’à ce que les forces kurdes s’emparent de la ville en octobre 2017. Mais les djihadistes ont déplacé les civils, dont Latifa et les 5 enfants, à la ville de Mayadin, un des derniers bastions du groupe islamique à l’Est de la Syrie.

Là-bas, Latifa rencontre un contrebandier qui, six mois plus tard, l’aide à échapper à la captivité, en l’emmenant à Shadid, une localité dans la province de Hasaka.

La vieille dame et les petits sont placés ensuite dans un camp contrôlé par les autorités kurdes.

+ Cri de secours +

Les conditions de vie dans le campement ne sont pas « bonnes pour les enfants », explique Latifa.

« Ils sont trop petits pour le comprendre. Nous sommes sept personnes vivant dans la même tente, mais Hamdoullah (Dieu merci) il y a un four ».

La mamie est âgé de 63 ans maintenant, et exhorte les autorités marocaines à la rapatrier, elle et ses petits-enfants. Elle affirme qu’elle n’a aucun contact, ni avec les autorités marocaines ni avec sa famille au pays, à cause des restrictions que lui impose l’administration du camp Roj.

« Si Dieu le veut et que les choses s’arrangent, nous rentrerons au pays. Sinon, nous resterons ici ».

Latifa sait que « ses enfants n’ont aucun avenir ici » car leur père est mort, et qu’elle n’est qu’une « vieille dame ».

« Je n’ai aucun espoir dans l’avenir car il est déjà ruiné ». Et c’est pour ça, que je demande à « toutes les mères » qu’elle fassent attention à leurs enfants pour qu’il ne leur arrivent pas la même chose.

Elle demande à tout le monde de prier pour elle.

« Ne m’oubliez pas dans vos prières s’il vous plaît », dit-elle en s’adressant aux journalistes d’EFE.

Article19.ma

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