Le site américain d’information « U.S. News & World report » a consacré récemment un article sur les startups au Maroc et leur difficulté notamment pour ce qui est de leur l’accès financement.

Voici les principales remarques relevées par cette analyse qui interpelle les décideurs à agir pour une mise à niveau rapide du secteur afin de relever le défi:

« Ali Elouafiq est confortablement attablé dans un café de la place Mohammed V au centre-ville de Casablanca. Il prend une pause, il est patron d’une startup dans les technologies de l’information, une chose rare au Maroc.

Depuis 2011, Ali Elouafiq a participé à la création de 5 startups technologiques différentes au Maroc, portant entre autres sur la sécurité informatique, la facturation et la mise en réseau. Aucune n’a duré plus d’un an – une seule a survécu 3 mois.

« Nous avons eu des problèmes qui ont rendu le projet plus coûteux et nous avons manqué d’argent », affirme Elouafiq.

En plus de l’argent, Elouafiq a indiqué que les entrepreneurs marocains manquent de concepteurs novateurs, de business plans bien ficelés et de créateurs qui comprennent les marchés et les technologies. Selon le rapport Doing Business in Morocco de Santander Bank, le pays manque également d’une base importante de clients fortunés et les banques au Maroc sont peu disposés à prendre des risques.

De tels obstacles se trouvent dans un pays où les nouvelles entreprises technologiques ont le potentiel d’employer des jeunes et de créer un marché intérieur, selon une évaluation de la Banque mondiale suite à une demande de prêt de 50 millions de dollars du Maroc pour financer des startups.

Alors que les investissements dans les startups africaines croissent rapidement, les fonds investis dans ce secteur au Maroc sont encore loin derrière d’autres pays du continent. En 2017, le financement en capital-risque en Afrique a atteint 560 millions de dollars, selon Partech Ventures.

L’Afrique du Sud a été la principale destination des investissements avec 167,9 millions de dollars en 2017, suivie du Kenya (147 millions de dollars) et du Nigéria (114,6 millions de dollars). En revanche, le Maroc n’a attiré que 3,9 millions de dollars de capital-risque en 2017, selon Partech.

+ Les PME n’ont jamais été vraiment soutenues par les autorités +

La Banque mondiale a indiqué que le Maroc a besoin d’un meilleur accès aux capitaux, de protections juridiques renforcées et de davantage de réseaux d’entreprises.

Cette évaluation intervient malgré les efforts concertés déployés ces 5 dernières années pour développer l’écosystème des startups marocaines. Le fonds Maroc Numérique, un fonds de capital-risque pour les startups technologiques, a promis l’investissement de 200 millions de dirhams dans les startups tout comme le pays a organisé des compétitions telles que DEMO Africa et Seedstars, qui accordent des subventions et un mentorat aux startups les plus performants.

La société marocaine Technopark, avec des investissements publics et de banques telles que la BMCE et Attijariwafa Bank, a également crée des « Technoparks » à Casablanca, Rabat et Tanger (et ouverture d’un Technopark à Agadir en 2019), des parcs qui offrent des espaces de bureaux et des réseaux pour les entrepreneurs dans les secteurs de l’énergie verte, des technologies de l’information et des télécommunications.

Riccardo Fabiani, analyste pour Energy Aspects et ancien analyste pour Eurasia Bank pour la région MENA, a indiqué que l’intérêt du Maroc pour les startups était assez récent.

« Il n’y a jamais eu d’intérêt, réellement, de développer des petites et moyennes entreprises. Cela n’a jamais vraiment fait partie de la stratégie, de la vision (des responsables marocains) », a-t-il déclaré. « Elles (les PME) n’ont jamais été vraiment soutenues par les autorités, elles n’ont jamais vraiment eu accès aux réseaux des privilégiés, des crédits, des connexions avec les hommes politiques et les grands hommes d’affaires ».

Le Maroc s’en tire relativement bien par rapport aux autres pays africains figurant dans le rapport Doing business de la Banque mondiale, derrière le Rwanda dans le classement général. Cependant, le pays est très en retard par rapport aux autres pays du continent en ce qui concerne les facteurs clés nécessaires au démarrage d’une entreprise, notamment le Nigéria et le Kenya en matière d’accès au crédit. Selon le même rapport, le Kenya, le Nigéria et d’autres pays d’Afrique subsaharienne jouissent également de droits juridiques plus stricts de protection des bailleurs.

Pour un pays comme le Maroc, auquel la Banque mondiale attribue une note de 2 sur une échelle de 0 à 12, il y a peu d’incitation à fournir des lignes de crédit aux startups.

« C’est le genre de fossé que le Maroc tente maintenant de combler et c’est complètement différent d’un pays comme le Kenya où il n’y a pas de grandes entreprises. Ils partent d’une base très faible et donc, pour eux, il est plus facile de mettre l’accent sur les startups », a ajouté Fabiani.

En revanche, explique-t-il, les entrepreneurs marocains doivent lutter contre les réseaux bien établis des grandes entreprises. « Dans un pays en développement (avec des entreprises bien établies), il n’y aura jamais d’accès loyal et objectif au crédit, ce n’est pas ainsi que les pays en développement fonctionnent. Une banque dans un pays en développement prête toujours en fonction de la réputation ou des relations », a-t-il poursuivi.

+ « Vous avez tout un système contre vous… » +

Salmane Berraoui est du même avis. Il est PDG de la startup Hooplacar basée à Casablanca, une entreprise qui rémunère les automobilistes qui roulent avec des publicités peintes sur leurs voitures. « Je pense qu’il est plus difficile d’être un entrepreneur en démarrage au Maroc. Vous avez tout un système contre vous », dit Berraoui.

Outre les problèmes de la bureaucratie, de l’innovation et des coûts initiaux, Hooplacar a également dû surmonter une culture de marché qui ne favorise pas encore les startups axées sur la technologie, ce qui rend difficile l’accès aux lignes de crédit.

« Je dois réduire les risques autant que possible avant d’aller voir les financiers », explique Berraoui. « Ce ne devait pas être ainsi ».

C’est l’un des problèmes que les Technoparks sont censés résoudre. Ces centres offrent des espaces de bureau ainsi que des possibilités de mise en réseau, un soutien à l’investissement et un mentorat.

« Les grandes entreprises ne font pas vraiment confiance aux petites startups. C’est un gros problème », déclare Boutnia Boucherit, responsable des partenariats et du soutien au Technopark de Tanger. « Pour que les startups se développent rapidement, elles ont besoin de grandes entreprises et de gros contrats pour travailler avec elles ».

Selon M. Berraoui, le seul moyen de surmonter ces obstacles est de prouver que la prise de risque peut être rentable. Il a souligné que le Maroc avait besoin contre vents et marées d’une histoire de réussite.

« Pourquoi les gens investissent-ils tant dans les startups aux Etats-Unis, en France, en Grande-Bretagne et même dans certains pays d’Afrique ? », se demande Berraoui.

« arce qu’ils connaissent quelqu’un qui a investi 100 000 dollars et a obtenu plusieurs centaines de milliers (en retour) 5 ans plus tard. Si nous n’avons pas cela, c’est vraiment difficile ».

Elouafiq, qui a commencé à travailler sur une 6ème entreprise il y a un an, pourrait bien devenir cette histoire de réussite. Il est actuellement à la recherche de fonds pour créer un réseau de recherche participative sur la technologie de téléportation d’informations, une technologie qui permettrait le partage numérique de l’information sans connexion Internet.

Bien qu’encore au stade des semailles, Elouafiq a de grands espoirs.

« Je suis sûr que ça fonctionne. Je suis sûr que la méthode fonctionne. J’espère juste que je n’abandonnerai pas ».

Article19.ma

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