Par Ali Bouzerda

À Alger, il semblerait que l’« illusioniste » qui était au service de Bouteflika a certainement perdu la main, car c’est la première fois depuis son accès à la magistrature suprême en 1999, que son nom et son image sont sérieusement malmenés par une foule de jeunes en colère.

Du jamais vu.

En fait, pourquoi l’Algérie en est arrivée là, alors que lors du 1er mandat, Abdelaziz Bouteflika était tout auréolé de son image de combattant du FLN, de son activisme diplomatique sur la scène internationale durant les années 70 et surtout de son rôle de fédérateur attaché à la réconciliation nationale, suite à une décennie sanglante – – des années 90 – – qui a fait plus de 200.000 morts.

Le petit peuple, à qui Bouteflika a promis monts et merveilles et qui l’a écouté naïvement et patiemment pendant deux décennies sans rien dire, avec les temps qui courent a perdu confiance. Trop, c’est trop! Et avec ce 5ème mandat, la réalité est apparue sous une nouvelle lumière et a pris la proportion d’une « insulte à l’intelligence » de ces jeunes algériens éduqués mais sans travail dans un pays riche. Pays qui a vu partir en fumée, et ce, en quelques années 1000 milliards de dollars de rente pétrolière. Une somme astronomique aspirée par un trou noir dont personne y compris le chef de l’État n’a pu expliquer la dilapidation.

Bouteflika, le chef de l’État ne pouvait blâmer qui que ce soit car il savait bien où cet argent a été dépensé et il connaît sans nul doute le problème dans ses moindres détails … Mais son problème à lui, est ailleurs: comment rester dans le jeu du pouvoir à n’importe quel prix et c’est ce qu’on appelle « le syndrome de la Mouradia ». Par le passé, il y avait « le syndrome de Carthage » à Tunis et qui a débuté avec Habib Bourguiba, puis Zine El Abidine Ben Ali pour devenir contagieux en Égypte et en Libye avec respectivement les présidents éternels Hosni Moubarak et Mouammar Kadhafi qui furent tous les trois balayés par le fameux Printemps arabe.

Scientifiquement parlant, c’est le syndrome d’Hubris, ou « quand le pouvoir rend fou ».

Dans son ouvrage publié en 2007, « The Hubris syndrome : Bush, Blair and the intoxication of power », médecin de formation, l’ancien ministre des Affaires étrangères Britannique, Lord David Owen a décrit cette pathologie en relatant les maladies, qui dans l’Antiquité, ont touché les chefs d’État. Le pouvoir serait parmi ces maladies qui changent radicalement la personnalité des décideurs avec l’apparition de symptômes comme : « le narcissisme, l’arrogance, l’hyper-confiance et la mégalomanie… ».

En bref, l’Hubris, « c’est la démesure », note-t-il.

Chez nos frères algériens, le locataire du palais de la Mouradia à Alger était dans « la démesure » depuis bien longtemps car il s’est présenté quatre fois successives aux élections présidentielles sans laisser la moindre chance d’alternance à ses adversaires. Et malgré son état de santé gravissime, Bouteflika a encore décidé sans ciller de briguer en 2019 jusqu’à 2024 un 5ème mandat.

Et qui ira l’en empêcher, pensait-il, ainsi que les apprentis-sorciers qui ont fait le vide autour de lui en ne gardant que des octogénaires galonnés pour gérer le pays en toute quiétude.

Sauf, comme on dit au Maghreb « celui qui compte tout seul restera seul ». Et c’est ce qui est en train de se passer durant ces dernières semaines où l’Algérie donne l’impression d’un bateau ivre. Aux commandes, il y aurait une grande bagarre et une confusion totale sur la direction à prendre, et ce, à cause de l’absence d’un timonier. Le vieux aux yeux bleus serait dans un état pré-comateux mais qu’on veut garder en vie contre vents et marées pour préparer tranquillement un cérémonial digne d’un Zaïm arabe pour la postérité.

Une chose est certaine, même si Bouteflika a bel et bien déposé sa candidature par procuration depuis son lit d’hôpital en Suisse et a essayé de mener en bateau une nouvelle fois le peuple algérien avec ses nouvelles promesses et cette parole-message mielleuse de « je vous ai compris ! », rien ne sera désormais comme avant car la boîte de Pandore a été grande ouverte.

Et c’est aussi cette parole prémonitoire de « je vous ai compris » adressé à une jeunesse chauffée à blanc qui appelle au changement, et par le passé a accéléré la chute de Ben Ali et de Moubarak.

Par ailleurs, à quelques jours de sa capture et son assassinat par de jeunes Libyens, le Colonel, qui rejetait catégoriquement l’idée de s’exiler afin d’éviter à son pays une guerre civile et de sauver sa peau in fine, ne cessait de répéter au reporter de ABC News sur un air hautain : « They love me. All my people with me…They will die to protect me. All my people ».

Le Colonel Kadhafi, lui était victime d’un autre syndrome, celui de Bab Al-Azizia.

Article19.ma

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