Par Jamal Felhi

Pour un premier roman c’est un coup de maître. Paru début janvier aux éditions Albin Michel, « Le ciel sous nos pas » de Leïla Bahsaïn a été bien accueilli par les critiques en France qui y ont vu « une langue métissée et très imprégnée de l’imaginaire marocain ». Un choix et une aussi nécessité que défend l’auteure pour qui le travail sur la langue est de première importance.

« Quand je démarre un projet littéraire ce qui m’intéresse avant tout c’est travailler sur la langue », souligne-t-elle dans un entretien accordé à article19.ma.

Le qualificatif métissé vient des critiques qui ont parlé du livre en France et « je leur donne raison, en ce sens que certaines tournures et certaines expressions très marocaines ont été traduites dans le livre avec beaucoup de poésie ».
Pour Leïla Bahsaïn, qui a déjà reçu en 2011 le prix de la nouvelle, décerné par l’Institut français de Tanger et la bibliothèque nationale du Royaume, l’écriture fait partie de son « mon mouvement de vie naturelle ».

« Depuis l’enfance j’écrivais des petits poèmes, des petites choses. C’est ma nature. Ecrire c’est d’abord un besoin, c’est une nécessité. C’est ce qui m’anime à chaque fois que je veux démarrer un texte et c’est aussi la volonté de travailler sur la langue avant tout. J’aime modeler la langue pour qu’elle corresponde à un personnage et à l’histoire que j’ai envie de raconter. C’est d’abord ce travail sur la langue qui m’intéresse et c’est toujours le point de départ. Là en l’occurrence pour ce roman, au début il y avait cette voix de femmes qui a commencé à être très très présente et je suis partie de là, de ce langage métissé qui est plein de poésie et qui est, en même temps, directe parfois ».

« Le ciel sous nos pas » n’est ni une autobiographie ni un témoignage, dit l’auteure pour qui la fiction est une autre manière de raconter la réalité.

« Dans tout ce que j’écris j’aime bien parler en connaissance de cause. Il n’y a pas de témoignage. Il y a beaucoup de fiction et d’imagination. Au fait, je tisse une fiction à partir d’éléments de la réalité à partir d’un contexte que je connais », affirme Bahsaïn qui est née et a grandi au Maroc jusqu’à l’âge de 19 ans avant de partir en France où elle vit depuis près de 13 ans.

+ Une petite histoire très imprégnée de l’imaginaire des contes traditionnels marocains +

Dans « Le ciel sous nos pas », il est question d’une jeune fille qui, au début du roman, est adolescente et qui dit appartenir à la génération pour qui tout se paye et s’achète au supermarché. C’est la génération de la mondialisation.
Cette jeune femme a la particularité de vivre dans une famille exclusivement féminine. Elle vit avec celle qu’elle appelle mère officielle et une sœur qu’elle appelle Tifa et qui est un personnage plein de mystère.

Elle raconte cette adolescence où elle essaye de contourner un peu les traditions pour vivre sa vie de jeune fille avec tout ce que cela implique. Elle parle de ses relations avec ses professeurs. Puis, survient un drame et, au même moment, cette sœur Tifa va partir vivre en France parce qu’elle va se marier et ne donner plus de ses nouvelles qu’à travers un compte bancaire qu’elle alimente depuis l’étranger. La mère officielle va décéder dans des circonstances que le lecteur découvrira…et le personnage va être obligé de partir en France rejoindre cette sœur ».

Et d’ajouter : « La jeune femme arrive en France. Elle traverse ce qu’elle appelle la petite mer, la Méditerranée, et elle arrive dans ce qu’elle désigne comme le beau nombril du monde et là c’est la déception puisque ce beau nombril du monde ne correspond pas exactement à ce qu’elle aurait pu imaginer ni aux images que véhiculaient la télévision, les films et les manuels scolaires surtout que cette sœur Tifa qu’elle vient de rejoindre habite dans la banlieue parisienne où pour avoir la paix, les femmes doivent être voilées des pieds à la tête.

La première partie du roman se passe au Maroc, la deuxième en France et entre les deux il y a aussi une petite histoire très imprégnée de l’imaginaire des contes traditionnels marocains que l’auteure a inventée.

Le nouveau roman de Leïla Bahsaïn, qui vient d’être sélectionné pour le prix France Télévision 2019, comprend aussi des verres poétiques en arabes et sera bientôt traduit vers cette langue.

En résumé, un roman prometteur et très fascinant.

Article19.ma

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