Par Ahmed Assid

“Monsieur le Ministre, meilleures salutations,

Par cette lettre ouverte, je n’ai pas pour objectif d’ajouter à vos soucis, ni de vous accabler de questions pour lesquelles vous ne vous considérez pas comme étant directement responsables, d’autant plus que vous êtes responsable de la gestion de l’un des secteurs les plus dégradés de l’État et des plus arriérés au point que nous sommes devenus classés au niveau international derrière des pays en guerre. Mais mon but est d’attirer votre attention sur des phénomènes étranges et dangereux qui rongent quotidiennement notre école et notre système éducatif et font que sa qualité avoisine le zéro.

Cette lettre fait suite à la visite que m’a rendue une citoyenne marocaine, mère d’une fille, venue de Casablanca pour me demander de faire connaître son problème et de sensibiliser à ce sujet les citoyens et les responsables en particulier. Si cette dame était la seule à se plaindre nous aurions dit qu’il s’agit d’un cas isolé et particulier et nous n’aurions pas décidé de vous déranger en le portant à votre attention. Mais, malheureusement, c’est devenu un problème déroutant pour les pères et les mères d’élèves aussi bien de l’enseignement public que privé.

C’est un phénomène très triste qu’une dame reproche à l’école de la faire haïr par sa propre fille et de la faire entrer quotidiennement en dispute avec elle. L’école est devenue une source qui alimente les querelles familiales et propage la haine entre les enfants et leurs familles.

Il s’agit, monsieur le ministre, d’un problème complexe et épineux, à savoir le comportement des enseignants et des éducateurs au sein des écoles et pendant les cours, bien que nous ayons revu plus d’une fois le contenu des programmes et des manuels de l’éducation religieuse.

La plus récente révision à laquelle avait appelé le roi Mohammed VI dans un discours officiel, le 6 février 2016, avait donné lieu à la constitution d’une commission royale qui a procédé au changement de ces contenus pour les débarrasser de l’extrémisme lequel est incompatible avec les objectifs pédagogiques de l’école moderne. Mais immédiatement après cette révision, qui a suscité beaucoup de résistance de la part de la tendance idéologique qui a malheureusement infiltré tous les rouages de l’administration de l’éducation, de l’inspection et de l’édition scolaire, nous avons relevé que de nombreux enseignants et enseignantes persistent à continuer de prodiguer dans leurs discours aux éléves tous les contenus supprimés. Parmi les résultats les plus graves de ce comportement irresponsable l’apparition de phénomènes étranges dont la confrontation entre les enfants et leurs parents.

Nous avons modifié le contenu des manuels et des cours sans modifier la conscience des enseignants, ni leurs cerveaux pour les rendre responsables de nos enfants que nous envoyons à l’école pour finalement trouver face à eux ceux qui lavent leurs cerveaux pour y semer les graines de l’extrémisme et de la radicalisation irrationnelle. Le problème de la dame susmentionnée est qu’elle ne se reconnaît pas dans le discours des enseignants et des enseignantes qui tiennent quotidiennement à inculquer des idées étranges dans l’esprit des élèves comme le fait qu’il ne faut ni manger ni boire ni parler avec la femme qui ne se couvre pas la tête ou encore de n’éprouver aucun sentiment envers un père qui ne fait pas la prière, ne jeûne pas car il est “incroyant”.

C’est ainsi que les enseignants et les enseignantes se permettent eux-mêmes le droit d’affecter négativement la vie et les valeurs de la famille à travers l’école, en exploitant leur présence seuls avec les enfants, au moment où ceci ne relève pas de leurs compétences et des tâches pour lesquelles ils exercent le métier d’enseigner.

La dame en question a remarqué que sa fille avait également du mal à apprendre le français et lorsqu’elle s’est renseignée elle a découvert que l’enseignante du français parle aux élèves en langue arabe classique. Elle a demandé à la rencontrer pour connaître le secret de cette approche contraire à la pédagogie des langues. Elle a été étonnée d’entendre l’enseignante lui expliquer que la langue française ne servira pas à grand chose à sa fille car elle ne la sauvera pas dans l’au-delà ? !.

Je ne serai pas long et vous évoquer les enseignants qui parlent aux petites filles du mariage de Aïcha à l’âge de neuf ans, ni de ceux qui passent le temps du cours à terroriser les élèves, à décrire les types de tortures et le châtiment réservé aux infidèles, ni de ceux qui trouvent leur grand plaisir à raconter les invasions, les combats et la lutte pour la “dignité de la Oumma et son honneur”. Il s’agit d’un combat quotidien contre la vie et les valeurs de beauté et du bien au nom de la religion laquelle est censée être un symbole de bien dans l’esprit des enfants.

Monsieur le ministre, ces faits, qui sont devenus quotidiens dans nos écoles, nous montrent comment, en quelques décennies, nous sommes devenus un peuple qui ne comprenne pas les valeurs humaines les plus élémentaires, telles que la propreté, le respect de l’autre, la considération de la dignité humaine, et de faire montre d’intégrité, d’honnêteté et de capacité de critique et d’initiative. Ils nous montrent aussi comment comment nous sommes devenus un peuple qui considère la tricherie intelligence, la corruption un gain, la ségrégation une supériorité, et la haine foi et droiture. Nous avons fait de l’école une fabrique de sujets au service d’agendas belliqueux au lieu d’en faire une pépinière pour forger des citoyens libres et productifs.

Je sais monsieur le ministre que vous n’êtes pas responsable de cette piètre situation et que vous n’aimerez pas que vos enfants tombent entre les mains de cette catégorie d’enseignants, mais je suis aussi sûr que vous conviendrez avec moi que ce que nous ne voulons pas pour nous-mêmes et nos enfants il faut qu’on ne le veuille pas non plus à tous les gens. Vous n’êtes pas seul responsable de la formation de ces enseignants qui sont dans une situation proche de l’analphabétisme, mais vous, en tant que ministre de l’Éducation nationale, êtes responsables aujourd’hui d’une réalité dont la gestion vous a été confiée. Je vous écris pour vous poser deux questions:

La première question concerne votre programme de formation d’enseignants compétents qui ont, avant tout, un sens éducatif et une conscience professionnelle, et qui considèrent leur mission comme la tâche la plus sacrée, tant que les peuples ne se relèvent point sans un système éducatif performant et de qualité.

La deuxième porte sur la manière avec laquelle vous considérez la possibilité de contrôler les enseignants qui trahissent leur mission éducative et font de la salle de classe le lieu de régler leurs comptes avec les manifestations de modernisation de l’Etat et de la société, et avec les acquis de l’humanité sans se rendre compte des énormes dégâts qu’ils provoquent dans l’esprit des enfants.

**** PS : Cette chronique a été traduite par la rédaction d’Article19.ma, toutefois son contenu n’engage que son auteur.

Article19.ma

1 COMMENTAIRE

  1. bonsoir
    beaucoup d’Imams au Maroc abusent de part leur statut (d’imama) pour semer l’extrémisme
    beaucoup d’instituteurs et profs ils sèment des idées religieuses radicales dans les esprits de nos jeunes
    notre religion est une foi intérieur dans chaque et chacune de nos citoyen , ce n’est pas pour autant de rabâcher, à tout et sur tout et dans tous les lieux , pour la rendre dure , et la faire dévier de son noble but la tolérance et le vie en commune Musulmans chrétiens et juifs ensemble
    les plus dangereux ce sont les Imams incultes et ignorants qui déforment le sens de l’Islam
    la Tunisie a interdit la prière à l’école disant bravo
    l’Algérie pareil en remplaçant le temps de la prière par la révision et le soutien scolaire , mille bravo

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