Par Mohamed Ennaji

L’individualisation du politique est un trait de caractère du champ politique au Maroc. Elle est signe de la faiblesse des partis politiques en tant qu’organisations, qu’idéologies, et plus encore comme projets ou plutôt absence de projets.

C’est cette faiblesse de ces formations devant le pouvoir et dans la durée qui explique pourquoi les individus ont une telle importance et une telle persistance dans notre champ politique.

Il n’y a pas que le Makhzen qui individualise.

Lui en tant que pouvoir multiséculaire rôdé aux contacts et aux négociations derrière le hijâb (voile séparant le palais du champ politique à ciel ouvert), privilégie les liens avec les individus (trait hérité de la société tribale), qu’il met en avant en en louant la grandeur pour mieux les phagocyter.

De tels cas sont légion, on peut en citer comme exemple fameux et frappant, celui de Abderrahman Elyousfi.

Sollicité comme passeur par la monarchie, il fait traverser le gué au prince mais arrive à l’autre bord essoufflé, se rendant compte qu’il s’est vidé de sa substance « politique » au profit du maître qu’il a servi.

Et puis il est laissé en route, fini, la politique c’est aussi la mort quand on a suffisamment nourri l’autre.

Mais l’individualisation est aussi un recours pour les partis, comme susdit, en raison de leur faiblesse comme porteurs de projet.

L’USFP n’a pour histoire aujourd’hui à revendiquer que Ben Barka, Benjelloun, Bouabid, des individus.

Le PPS recourt lui à Ali Yata, l’Istiqlal à Allal El Fassi.

Il y a donc une similitude de points de vue sur ce plan entre le Makhzen et les partis.

Cet aspect est essentiel aujourd’hui pour mieux comprendre le cas Benkirane.

Il ne faut pas se laisser abuser par la campagne dont il fait l’objet sur les réseaux sociaux et qui politiquement n’a aucune portée à moyen terme.

+ Le bilan politique ? +

Ce sont les structures qui nous importent et non les jugements à l’emporte-pièces.

Benkirane est un cas particulier, il est l’objet d’une individualisation concomitante par son parti et par le pouvoir.

Ce dernier souffle le chaud et le froid avec lui, parce qu’il n’a pas encore une idée précise sur son devenir, aussi il entretient avec lui une relation complexe dont le Makhzen a le secret vue son expérience avec les chefs de zaouïa dans des zones où son pouvoir n’est pas sûr.

C’est dans cette perspective qu’il faut placer la réflexion sur les chefs de partis et les partis eux-mêmes.

Rester obsédé par la question de la retraite change complètement la nature du problème et en cache l’essentiel, c’est-à-dire la nature des relations entre le pouvoir et ses opposants, celle de la gestion des conflits entre eux.

La question de l’argent occulte la personnalité réelle de Benkirane et se révèle du même ordre que la manifestation ridicule dont il avait fait l’objet avant les élections.

Chez les chefs passés dont El Yousfi, la question du bilan politique, des avancées réelles envers le pouvoir m’importent plus que sa retraite ou pas retraite.

Celle-ci est une question subsidiaire, c’est la même question que je me pose avec Benkirane.

Article19.ma

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