Le Directeur Général du FBI marocain M. Abdelhak Khiam poursuit sa campagne de communication sur le travail quotidien du BCIJ, installé récemment à Salé. Il vient d’accorder un entretien au groupe Al Ahdath Al Maghribiya -Med Radio et l’Observateur du Maroc. Dans cette interview, Khiam met l’accent sur les aspects techniques et juridiques de l’action de ses services mais ne cache pas que le BCIJ n’hésiterait pas une seconde à « frapper d’une main de fer toute personne qui dépasserait les lignes rouges légales et sécuritaires ».
 
Éclairage (traduction Panorapost.com)

Les journalistes arrivent dans les locaux flambant neufs du BCIJ (on dit bsije) et découvrent une administration ordinaire ou presque, avec quand même ces hommes en tenue ninja, vêtements sombres et lunettes sombres, chargés de traquer et d’appréhender des individus aux desseins aussi sombres.

Renseignement, loi et justice

Khiam commence donc ses explications et ses réponses en affirmant que le BCIJ, comme son nom l’indique, est un organisme travaillant en étroite collaboration avec les autorités judiciaires en ce qui concerne essentiellement – il faut le préciser – les activités terroristes. Son action et son approche sont surtout fondées sur le renseignement, humain et électronique. Mais le côté médiatique a aussi son importance, « comme le montre la dernière opération menée à Agadir, filmée en temps réel, sous la supervision du parquet ».

A la question de savoir si le BCIJ a été créé, comme le pense la majorité des gens, pour satisfaire des Etats qui ont quelques remarques sur le traitement antiterroriste au Maroc, Khiam répond que « non, le péril terroriste pèse sur tout le monde, Maroc compris, mais il y a aussi d’autres affaires qui le concernent, comme le crime organisé international et la contrefaçon de monnaie…  et puis, nous sommes là aussi pour montrer les efforts réels que nous menons contre le terrorisme, pour tordre le coup aux affirmations disant que nous sommes laxistes ou complaisants ».

« Nous attendrons l’adoption du nouveau Code pénal pour savoir si nos attributions seront élargies à d’autres créneaux, ou non ».

Droits et libertés

« Au Maroc, nous respectons les libertés individuelles, mais nous veillons aussi à éviter l’apologie du terrorisme ou la glorification de ses actes. Voilà pourquoi le lien est aussi étroit entre droit et sécurité, et voilà pourquoi le BCIJ a été créé dans sa forme actuelle ».

« Le travail de la DST hier et du BCIJ aujourd’hui est mené, vous pouvez en être convaincus, dans le strict respect des principes  juridiques et de la règle de droit ».

« Chaque citoyen qui se sentirait lésé ou bousculé peut recourir à la justice contre nous, et je suis personnellement disposé à répondre aux questions d’un juge si quelqu’un me poursuit et affirme qu’il n’a pas été traité conformément aux lois et à ses droits ; nous sommes régulièrement visités par des représentants du parquet qui contrôlent notre action, nos modes d’intervention et nos traitements des gens que nous avons arrêtés ».

La nouvelle forme du terrorisme et la nécessité de la vigilance

Si la menace terroriste a évolué depuis une dizaine d‘années, aujourd’hui, explique le patron du BCIJ, les organisations terroristes déploient de nouvelles forme d’actions, comme les crimes les plus abjects filmés, de nature à influencer des jeunes et des gens à « faible personnalité ». « Les Marocains doivent savoir, tout en menant une vie normale et sans craintes particulières, que nous sommes là, que nous surveillons, dans le respect des droits de chacun et de tous, mais que nous saurons frapper d’une main de fer toute personne qui dépasserait les lignes rouges légales et sécuritaires ».

Et la coopération sécuritaire avec d’autres pays ? «  La menace terroriste dépasse les frontières et nécessite une collaboration étroite avec les services d’autres pays. La maîtrise du Maroc dans l’action opérationnelle est désormais reconnue, mais pas seulement dans cet aspect-là, puisque les autres pays nous reconnaissent aussi notre excellence en matière d’analyse de l’information et de traitement des données ».

« Modus operandi » de l’anti-terrorisme

Comment fonctionne le BCIJ ? La DST veille et surveille, puis communique l’information au BCIJ qui réagit, puis agit. « Pour le démantèlement de la cellule d’Agadir, arrêtée juste après l’installation du BCIJ, il faut savoir que la DST surveillait les faits et gestes de ses membres depuis 5 mois, avant de nous procurer les informations nécessaires pour procéder à leur mise hors d’état de nuire ».

Quand procéder à une arrestation ? « Le fait pour un individu de visiter des sites de djihadistes et d’entretenir des discussions avec des présumés terroristes  (Daech, al-Qaïda…) constitue un préalable à l’action de ces gens, et de la nôtre… comme la recherche des moyens de fabrication d’explosifs, des techniques d’entraînement au maniement des armes ou au combat… mais cela n’est toujours pas suffisant pour arrêter ce type d’individus. L’intervention se fait à d’autres moments, quand on a la conviction que l’intention terroriste est établie. La veille est permanente car le recrutement se fait par internet, et le plus souvent pour des motifs religieux… ».

Ainsi, le fait d’envisager un voyage dans les zones de tension ou de s’intéresser aux idées djihadistes n’est pas suffisant en soi pour arrêter quelqu’un, même s’il est alors mis sous surveillance. Cela étant, le chef du BCIJ insiste sur le rôle de la famille, de l’école et de la société pour l’encadrement des jeunes un peu paumés, et il y en a… Ça change un peu, en effet, d’entendre un chef policier parler de société, d’encadrement, d’éducation, et de privilégier la plume et le sermon parental aux grilles de prison et aux tenailles.

Et la vigilance de la population ?

Oui, explique Abdelhaq Khiam, « il faut que toute personne remarquant des faits anormaux en avertisse les autorités, même s’il s’agit de son propre fils. Mieux vaut qu’il soit appréhendé et ‘rééduqué’ qu’il ne se fasse exploser ou qu’il commette l’irréparable en tuant des gens… Nous avons 180 femmes qui ont rejoint les rangs de Daech, en compagnie de leurs enfants, dont nous attendons le retour, transformés dans l’intervalle en terroristes. La lutte contre le terrorisme ne nous appartient donc pas qu’à nous seuls, elle est de la responsabilité de tous ».

Lyrisme…

A la question de savoir comment vivent ces policiers au quotidien et s’ils peuvent mener une existence normale dans des conditions de travail anormales, la réponse est lyrique, et émue… « Et le Maroc ? Ne mérite-t-il pas que l’on sacrifie tout pour lui ? Nous sommes prêts à tout sacrifier, nos personnes comprises, pour ce pays ».

Article19.ma/Panorapost.com

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