Par Mohammed Ennaji

J’ai vu les faces des assassins. Des visages secs, taillés au couteau, pas l’ombre d’une douceur dans ces portraits de malfrats abjects, pas une lueur de sentiment. Pourtant, la thèse terroriste fait réfléchir. Des femmes de chez nous sont attaquées au couteau, défigurées ou même assassinées sans qu’on agite l’ombre du terroriste. Pourquoi alors maintenant on en fait le motif, on devrait, chemin faisant, leur chercher aussi des Allah ou Akbar pour compléter le tableau !

Les assassins en cause sont des déclassés, il n’est pas question seulement du train de l’économie qu’ils ont raté mais aussi de l’école qui les a laissé tomber, dont l’absence les a enfermés dans les justifications primaires en leur faisant fermer les portes du raisonnement. Ces gens sont doublement misérables, d’une part parce qu’ils appartiennent aux classes marginalisées et d’autre part par leur absence de formation et d’intégration qui en a fait des misérables au sens humain, des individus capables du pire. Et le pire ils l’ont commis, ils ont tué des femmes innocentes, et plus encore des symboles de la féminité. Ils les ont tuées parce qu’elles sont pour eux l’inatteignable, l’inimaginable, l’image de l’autre monde auquel ils n’ont pas accès, les femmes de l’autre rive que d’autres Marocains essaient d’atteindre au risque de leur vie. Ces misérables-là n’ont même pas les moyens de sauter à la mer, ils sont englués dans une misère sociale et culturelle qui en a fait des êtres sans pitié qui se vengent en tuant de la façon la plus abjecte qui soit, en tranchant des têtes. Autrement dit des bêtes.

J’ai bien peur que le motif terroriste ne soit que l’arbre qui cache ici la forêt. Le motif terroriste devient une sorte de deus ex machina, une façon d’alibi qui lave de tout soupçon notre société, notre pouvoir, notre absence de démocratie, notre absence d’égalité sociale, notre absence d’école. Ces assassins sont le produit de notre société et non pas des recrues venues d’ailleurs, et non pas un produit parachuté d’on ne sait où. Daëch les aurait vomis comme par miracle chez nous !
Le problème est d’abord interne, économique, social, et culturel. Si on cherche d’autres justifications extérieures aux mécanismes en place, je crains fort qu’on passe à côté, et que d’autres femmes, d’autres hommes, subissent de plein fouet les assauts des prochains assassins qui sont là terrés parmi nous, tous ceux qui n’ont pas étudié, qui n’ont pas de travail, qui n’ont pas d’espoir et qui ne peuvent même pas se jeter à la mer.

Article19.ma

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