A six mois des élections législatives et européennes en Belgique, le gouvernement fédéral dirigé par le libéral francophone Charles Michel a buté contre le pacte mondial sur les migrations, à l’origine d’une discorde avec les nationalistes flamands de la NV-A, qui a précipité la chute de son cabinet et plongé le pays dans une crise politique profonde.

La NV-A, qui comptait trois ministres et deux secrétaires d’Etat au gouvernement Michel, s’était retirée de la coalition gouvernementale en raison de son désaccord sur le pacte de Marrakech. Suite à ce retrait, le Roi a nommé de nouveaux ministres dans le cadre d’une coalition minoritaire à trois partis (les libéraux francophones du MR, les chrétiens démocrates flamands CD&V, et les libéraux flamands Open VLD).

Cette situation a affaibli le gouvernement devant les députés, notamment de l’opposition qui ont exigé du Premier ministre de présenter un programme et demander la confiance du Parlement.

Lors d’une séance plénière, mardi soir, Charles Michel, conscient de l’impossibilité de son gouvernement minoritaire de recueillir la confiance des députés, est monté au perchoir pour solliciter l’appui du Parlement au cas par cas, ce qui a provoqué l’ire des députés et poussé le Premier ministre à annoncer la démission de son cabinet.

« J’ai exprimé cet appel avec une profonde sincérité et une profonde conviction dans l’intérêt des citoyens. Je constate que cet appel n’a pas convaincu, n’a pas été entendu, à ce stade en tout cas », a-t-il déclaré.

« Je prends donc la décision de présenter ma démission et mon intention est de me rendre chez le roi immédiatement », a-t-il affirmé.

Le Premier ministre a été reçu en audience dans la soirée par le Roi Philippe qui a décidé de tenir en suspens sa démission et annoncé qu’il entamera des consultations politiques avec les partis dans l’objectif d’éclaircir la situation politique d’ici jeudi, date de la tenue d’une nouvelle séance plénière de la Chambre. Le pays se trouvera alors devant deux scenarii, soit la tenue d’élections fédérales anticipées, soit le maintien du gouvernement pour la gestion des affaires courantes d’ici le 26 mai prochain, date prévue des élections fédérales, régionales et européennes.

La crise politique belge a été largement commentée ce mardi par la presse.

Les éditorialistes évoquent avec ironie « le surréalisme à la belge » d’une « petite crise en chambre » reçue avec « fatalisme », mais s’inquiètent dès lors que les électeurs se jettent en conséquence dans « les bras des extrêmes ».

Pour le journal Le Soir, la Belgique se retrouve dans «une situation irresponsable» désormais, se demandant qui peut encore croire la classe politique ?

Et l’éditorialiste d’ajouter que « les peuples ont une voix et se fâchent lorsqu’on l’instrumentalise, en se jetant dans les bras des extrêmes ».

La Libre Belgique écrit pour sa part que « les électeurs sont adultes et voteront, le 26 mai, en connaissance de cause », n’écartant pas le risque d’ »une forte croissance des extrêmes, de droite et de gauche, et un pays hautement ingouvernable ».

Le quotidien «La Dernière Heure» prédit de son côté un épisode interminable de négociations politiques «entre la Flandre qui votera au centre droit et Bruxelles et la Wallonie (très) à gauche?».

D’autres observateurs estiment que le pacte mondial sur les migrations était un alibi pour les partis politiques, notamment les nationalistes flamands, pour entamer une campagne électorale prématurée en surfant sur la vague migratoire, alors que pour d’autres cette crise est annonciatrice d’un renouveau politique dans le pays pour faire éclore de nouvelles formes de démocratie directe et participative et ouvrir les yeux des citoyens sur les dangers qui les guettent au cas où ils seraient tentés par les extrêmes.

Article19.ma

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