Endettés jusqu’au cou, de nombreux bénéficiaires du Programme « Moukawalati » risquent la prison

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Six ans après l’annonce quasi officielle de l’échec du Programme national d’appui à la création d’entreprises « Moukawalati », lancé par le gouvernement Driss Jetou en 2006 dans le but d’aider les jeunes à créer leurs propres entreprises, les jeunes ayant bénéficié de ce programme continuent d’endurer d’énormes difficultés et de faire face aux poursuites judiciaires lancées à leur encontre par les banques qui leur avaient accordé des prêts pour lancer leurs projets.

Lundi dernier, la police du parlement a arrêté l’un des bénéficiaires du programme « Moukawalati », alors qu’il s’apprêtait à sortir du siège de l’institution législative où, avec certains de ses collègues, il venait de rencontrer un groupe parlementaire. Son motif : il était recherché pour défaut de remboursement du prêt bancaire qu’il avait contracté pour créer son entreprise et dont le projet a connu l’échec.

Selon les informations recueillies par Hespress, le jeune homme, qui a été arrêté à l’intérieur du parlement et transféré vers Beni Mellal pour y être incarcéré dans l’attente de sa comparution devant la justice, avait monté un projet d’apiculture qui n’a pas réussi pour se retrouver criblé de dettes dont il ne peut s’acquitter.

Les jeunes qui ont bénéficié du programme Moukawalati et dont les projets ont échoué vivent ainsi dans la crainte en raison de leur incapacité à rembourser les prêts contractés auprès des banques, notamment après que ces dernières aient entamé des procédures judiciaires pour recouvrer leur argent. Sous pression, certains de ces jeunes ont divorcé leurs conjoints, d’autres sont devenus dépressifs alors que d’autres encore sont allés jusqu’à penser au suicide comme ce fut le cas d’un jeune homme à Agadir.

« La plupart des bénéficiaires du programme Moukawalati ont échoué dans leurs projets et risquent aujourd’hui la prison à tout moment car ils sont incapables de payer les mensualités de leurs prêts », a indiqué Fathallah Ahmed, membre de l’Union nationale des jeunes entrepreneurs et ancien membre de la coordination nationale du programme « Moukawalati » dont l’Etat voulait en faire un moyen de réduire le chômage des jeunes mais qui est devenu un cauchemar pour ses bénéficiaires.

Fathallah Ahmed a ajouté que ledit programme gouvernemental a été crée par le gouvernement sans l’accompagner d’une formation pour les bénéficiaires, ni d’un suivi après la mise en place de leurs projets, ni des prêts à des conditions avantageuses en les laissant contracter des prêts appliqués à tous les entrepreneurs.

Pour lui, « l’idée du programme Moukawalati en soi était bonne, mais les dispositions d’accompagnement étaient mauvaises ».
L’Etat comptait sur Moukawalati pour créer environ 90 000 emplois à travers la création de 30 000 petites entreprises, mais le nombre d’entreprises créées depuis le lancement officiel du programme en 2007 et jusqu’en 2017 n’était que de 2050, selon les statistiques données par le Vice-président de la Chambre de l’industrie, du commerce et des services de Rabat lors d’une rencontre organisée l’année dernière par la coordination des victimes du programme « Moukawalati ».

Il a également souligné que les jeunes bénéficiaires de ce programme se sont retrouvés face aux institutions bancaires après que le gouvernement les ait abandonnés et les ait laissés face à leur propre sort.

Pour éviter la prison, les bénéficiaires du programme Moukawalati ont repris espoir après avoir appris que le projet de la loi de finances 2019 stipule dans son article 9 l’effacement des dettes pour les entrepreneurs, c’est ce qui les a poussés à rencontrer les groupes parlementaires afin qu’ils bénéficient de cet article. Seulement, après leur rencontre avec l’un des groupes, lundi dernier, l’un de leurs collègues a été arrêté pour aller rejoindre en prison d’autres victimes de Moukawalati.

Article19.ma

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