Les « souksexe » marocains, lieux de fantasmes inavoués !

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Par Docteur Jaouad MABROUKI
Expert en psychanalyse de la société marocaine et arabe

Je me demande toujours pourquoi les marocains tolèrent la foule étouffante des souks. Dans ces places théâtrales de jeux érotiques, nous trouvons des hommes et des femmes, certains habillés normalement et respectueusement et d’autres portant des vêtements affichant leurs croyances. Toutes ces personnes présentes, jouent dans la pièce « foule-érotique », où les corps des acteurs se frottent avec insistance sous différentes configurations, homme/femme, homme/homme, femme/femme ou bien tous à la fois.

Durant quelques secondes, les parties des  corps des acteurs, se collent complètement mais avec consentement. Tout en se mouvant sous les lois de la dynamique de la foule, des corps se lient, d’autres se délient, laissant leurs parties réciproques  batifoler entre elles pendant quelques secondes. Ainsi, cette foule se métamorphose en cérémonie sensuelle et savoureuse sous prétexte « ayayay quelle foule ! ». Ainsi après avoir quitté le souksexe-party, le corps aura au moins flirté avec 50 voire même 100 autres corps de tout sexe.

La preuve qu’il s’agit bien d’un souk’close, est que d’une part aucun des clients, homme ou femme, ne se plaint en criant « au secours, cette personne me fait des attouchements sexuels ». D’autre part, beaucoup d’entre eux viennent  les poches vides et ne fréquentent ces lieux que pour jouer aux jeux du plaisir érotique!

Je m’interroge aussi et je me demande pourquoi dans les souks cette proximité physique et ces frottements sont tolérés, alors que dans les cérémonies, de mariage par exemple, les femmes et les hommes sont séparés bien qu’ils soient souvent de la même famille ?

Les ruelles des souks de la médina sont très étroites, de 2 à 4m de largeur, et s’étranglent davantage avec les marchandises exposées en dehors des commerces. Les «  féracha »(2)  à leur tour oppressent davantage ces couloirs à moins d’un mètre créant une thrombose humaine. Ainsi, les corps des hommes et des femmes se frottent et se collent éphémèrement dans une dynamique d’échangisme consentante. Par exemple, la poitrine d’une femme flirte avec l’épaule d’un homme et les fesses embrassent le dos de la main d’un autre client.

Dans certaines ruelles de la médina, réputées d’une densité « hard » de la foule, où la vitesse de la marche ne dépasse guère celle de l’escargot, plusieurs corps fusionnent complètement, exacerbant ainsi les sensations érotiques avec un gémissement audible « ay ay ay….. quelle foule ! »

Etrangement, toutes les marchandises du souk se trouvent aussi dans les centres commerciaux et les supermarchés et sans foule. Mais les amateurs du souksexe préfèrent les fétiches made in médina !

Dans ces foules-érotiques, les fantasmes sont inavoués dans un non-dit absolu, contrairement aux corps qui jouent l’hymne au plaisir sexuel. Dans ces souksexe-party, nous entendons  des chants très fort de la chorale made in médina des «  féracha »(2), jouant ainsi le rôle des « n’gafates »(3) dans les nuits nuptiales, criants « diiiiiiix dirhaaaams, diiiiix dirhaaaams  le foulard, approchez mesdames » et « quiiiiiiinze dirhaaaams, quiiiiiize dirhaaams la culotte, servez-vous mesdames». Dans cette ambiance musicale et artistique enveloppante, les clients du souksexe, rentrent en transe, deviennent subconscients et beaucoup d’interdits sociaux se lèvent !

En faite l’ambiance du souksexe-party me rappelle le carnaval de Rio, sachant que ce carnaval ne s’organise qu’une seule fois par an, alors que le carnaval made in médina s’organise tous les jours du matin au coucher de soleil !

(1) Cérémonie traditionnelles évoquant l’alliance avec le sain.
(2) Marchands ambulants exposants leurs marchandises par terre
(3) Les femmes qui accompagnent la mariée le jour du mariage

 

Article19.ma

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