Maroc: Les nouveaux VIP « sacrés »…

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Par Abdellatif Ouahbi

Nous avons beaucoup entendu parler de discussions ardues lors de l’élaboration de la constitution de 2011. La question de « la sacralité » était parmi les sujets de ce débat à l’échelle nationale. Ce concept désignait une seule personne dans ce pays, à savoir Sa Majesté le roi, et ce selon les constitutions antérieures. Et nous avons entendu que Sa Majesté est intervenue personnellement pour supprimer ce concept, peut-être pour sa connotation religieuse et sa dimension psychologique chez les citoyens.

Ainsi, la nouvelle constitution s’est contentée seulement, dans son texte, des principes d’ »inviolabilité » et de « respect » dus à Sa Majesté le roi.

De même, parmi les principes qui ont été ajouté à la constitution de 2011 figure « la reddition des comptes », car les parlements à travers le monde exercent le droit de contrôle sur les ministres nommément et en leur qualité à l’occasion de l’évaluation et de la critique de leur gestion de la chose publique. Nous trouvons ainsi des parlementaires qui défendent la politique du gouvernement et d’autres qui la critiquent et ce en fonction de leur positionnement politique au sein de la majorité ou de l’opposition. Mais ils se gardent de prononcer des mots injurieux à l’encontre de leurs collègues parlementaires.

Sauf qu’avec le niveau politique déplorable que le Parlement marocain a atteint, nous notons que certains parlementaires, en particulier de la majorité, ont commencé à dépasser les limites fixées par les règles législatives et sont passés de la défense des choix gouvernementaux à la défense des intérêts particuliers des ministres de leur parti.

En réalité, le niveau auquel est parvenu le parlement marocain n’illustre que la médiocrité de la pensée politique de certains parlementaires. Car il n’est pas possible que l’on puisse imaginer qu’après la suppression de « la sacralité  royale »  القداسة الملكية, on produira des politiciens gouvernementaux sacrés dont il n’est pas permis de critiquer leur gestion des affaires de l’État.

 Pire encore, la mission de certains de ces parlementaires est passée du contrôle de ces responsables à l’élaboration d’un discours intellectuel et politique réservé à la position de ces ministres et, avec ce comportement, nous avons commencé ainsi à tenir un discours humiliant à l’égard du rôle du Parlement et même à l’égard du responsable gouvernemental concerné qui semble incapable de se défendre en se cachant derrière des remparts humains dévolus à cette tâche.

+ « Les nouveaux sacrés : un danger qui menace la Constitution, la démocratie et la liberté d’opinion » + 

Le plus dangereux aujourd’hui en politique est la création de personnes sacrées, soit pour leurs pouvoirs financiers ou leur faiblesse politique. Celui qui ne voudra pas que les parlementaires le critiquent ne devrait pas assumer la responsabilité de la gestion des affaires publiques et devra se contenter de gérer son empire et personne alors n’interviendra dans son activité, qu’il paie ses impôts, honore ses dettes et règle la situation sociale de ses employés. 

Mais qu’il décide dans l’économie et détermine les prix des produits sensibles de consommation, gère les milliards des contribuables et puis prenne une armada pour affronter tous ceux qui procèdent à l’évaluation son activité gouvernementale c’est une humiliation à la mission constitutionnelle octroyée par le législateur au parlement et à son rôle ainsi qu’à la nature et à la conception de la  responsabilité pour ceux qui assument la responsabilité de la gestion des affaires publiques et de la vie quotidienne des citoyens.

Ainsi, nous constatons qu’au moment où notre pays tente de rompre avec la logique des personnes qui décident seules, en dehors de la logique démocratique et au-dessus de l’égalité entre les citoyens, qu’ils soient riches ou non, et le cercle de la citoyenneté, en vertu de la constitution, ils exercent de larges prérogatives constitutionnelles et refusent nos droits constitutionnels de contrôle, d’évaluation et de suivi de leur gestion des affaires publiques. Ils veulent juste que leur soit accordé cette sacralité politique que le roi a abandonnée avec grandeur et bienveillance.

Ces « nouveaux sacrés » deviennent un danger non seulement pour l’action partisane et politique, car selon cette logique les partis se transformeront d’institutions politiques de réflexion en un outil pour réprimer la pensée différente et un mécanisme au service de leurs intérêts. Ils deviennent aussi un danger qui menace la Constitution, la démocratie et la liberté d’opinion. Il y a une grande différence entre les partis et les entreprises, chacun des deux dispose de son propre mode de gestion, et s’ils se combinent, la politique devient une menace pour la démocratie et partant pour le pays.

**** N/B: La traduction de cet article a été réalisé par la rédaction d’Article19.ma, toutefois son contenu n’engage que son auteur, Me Abellatif Ouahbi, député du PAM à la Chambre des représentants. 

Article19.ma

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