Éclairage – Ceux qui fuient le Maroc et ceux qui y retournent

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Par Ahmed Assid


La fuite effrénée du pays ne se fait pas seulement à travers les embarcations de la mort, qui constituent des canots de sauvetage pour certains, mais aussi, non moins tragiquement, à travers l’immigration légale des hauts cadres spécialisés dans des domaines vitaux.

Ils quittent le Maroc chaque année à cause des horizons bouchés. Alors que l’on s’intéresse aux jeunes qui se jettent dans la mer à cause du désespoir ou à une jeune étudiante qui a été tuée par les gardes de son pays par mépris de l’être humain, des personnes porteuses de savoir précieux, disposant d’une expertise et de qualifications importantes quittent notre pays. Car ils suscitent l’intérêt et sont sollicitées par des pays plus avancés lesquels leur offrent les conditions requises pour un travail productif et une vie digne.

Si les migrants à bord des embarcations de la mort fuient le pays à cause du chômage, du vide et du désespoir, les cadres supérieurs partent malgré les opportunités d’emploi au Maroc, à cause de la négligence, de l’asservissement, de la culture de la servitude, de la bureaucratie, de la corruption et du clientélisme qui prévaut sur la qualification et le savoir.

En revanche, je suis parfois surpris par le retour de certains cadres dans leur pays le Maroc, ravis de les entendre parler de leurs expériences et de leur esprit combatif qui les a poussés à revenir après qu’ils se soient assurés de meilleures conditions de travail dans le pays. Je leur demande pourquoi reviennent-ils au moment où tout le monde cherche à partir ? Ils disent c’est parce qu’il y a quelque chose qui nous manque et que nous ne le trouvons pas dans les pays d’accueil malgré toutes les possibilités qui existent, c’est le goût de la vie… Dans le pays, on peut faire beaucoup. Il suffit de trouver la place que vous méritez et qui vous fait sentir le respect de soi.

+ Bizarrement, le pouvoir se plaint de la faiblesse de la fibre patriotique +

Cependant, la catégorie qui provoque l’étonnement, ce ne sont pas les migrants des embarcations de la mort ni ceux qui reviennent, ni les cerveaux migrateurs et qui ne reviennent pas. Il y a une catégorie entre les deux. Ce sont les hommes politiques parmi ceux qui disposent de l’influence, de la richesse, du pouvoir et de l’autorité et qui résident à l’étranger bien qu’ils occupent des postes officiels de gestion des affaires publiques au Maroc. Nous sommes devenus confrontés à des phénomènes étranges comme un ministre qui réside en Espagne et prend son avion privé pour venir quand il le veut pour s’enquérir de son administration et de certaines de ses affaires, même si le pays lui a tout donné, richesse et pouvoir, il ne daigne pas y vivre. Bizarrement, le pouvoir se plaint de la faiblesse de la fibre patriotique chez les jeunes marocains au moment où il y a des responsables non patriotes, parce qu’ils n’ont même pas le sentiment d’appartenir au Maroc.

En fin de compte, personne ne quitte son pays par son propre choix, mais les gens fuient l’oppression et l’humiliation quand ils ne sentent pas avoir leur place dans le pays et reviennent quand ils trouvent les conditions d’une vie digne, à l’exception de ceux qui ont cumulé richesse, pouvoir et nationalité étrangère et qui méprisent le pays au point de ne pas lui accorder l’honneur d’y résider.

*** PS : Traduction de l’arabe par Article19

Article19.ma

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