KIOSK – Pour tout l’or du Sahara (Libération)

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Après un boom en 2012 au Soudan, l’orpaillage artisanal s’est étendu vers l’Ouest, jusqu’en Mauritanie. Parfois conflictuelle et difficile à réguler, la prospection permet toutefois de dynamiser l’économie… (Libération.fr)

Autrefois, l’or ne faisait que franchir le Sahara. Depuis cinq ans, on l’extrait au cœur même du désert. En 1324, quand le roi de l’Empire du Mali, Kankou Moussa, le traversa en route pour La Mecque, avec «un immense cortège» de milliers de porteurs, il marqua l’esprit des chroniqueurs arabes de l’époque par sa magnificence. Kankou Moussa transportait avec lui plusieurs tonnes d’or. «Cet homme a répandu sur Le Caire les flots de sa générosité ; il n’a laissé personne, officier de la cour ou titulaire d’une fonction subalterne quelconque, qui n’ait reçu de lui une somme en or, écrit l’écrivain syrien Al-Umari (1). Il répandit si bien l’or au Caire qu’il en abaissa le taux et qu’il en avilit le cours.»Depuis le Moyen Age et jusqu’à l’époque coloniale, le précieux métal provenant des royaumes africains a fait fantasmer les Européens. Il est aujourd’hui l’objet d’une quête effrénée, mais quasi invisible, dans les replis du plus grand désert du monde.

Anarchie

Les grandes compagnies minières ne sont pas concernées – trop peu rentable et trop instable. L’extraction se fait de manière artisanale, avec de simples pioches sur certains sites. Les filons ont attiré des dizaines de milliers d’orpailleurs dans des zones inhabitées, parfois en l’espace de quelques jours. Personne ne sait plus exactement comment et pourquoi la ruée a commencé. Est-ce l’envolée du cours de l’or, multiplié par quatre entre 2003 et 2013 ? La commercialisation des détecteurs de métaux chinois bon marché, qui a rendu la prospection abordable ? Qui fut le premier à déterrer une pépite, celui dont l’histoire répétée et amplifiée a appâté des cohortes d’aventuriers ?

Le boom a commencé au Soudan en 2012, avant de gagner le Tchad puis le Niger, et enfin la Mauritanie. «Il semble en réalité que ce mouvement constitue une seule et même ruée à l’échelle sahelo-saharienne», estime Laurent Gagnol, géographe à l’Université d’Artois. Les pionniers du secteur, désormais expérimentés, se déplacent au gré des nouvelles opportunités, des épisodes de violences ou des fermetures de mines décidées par les autorités.

Les Etats du Sahara ont dans l’ensemble échoué à tirer des revenus de ce boom de l’orpaillage. L’isolement des sites miniers, l’anarchie qui y règne, la corruption de l’administration et la vivacité des réseaux de revente clandestine ont eu raison des tentatives de taxation ou de régulation. L’or du désert afflue dans les comptoirs des Emirats, de Turquie ou d’Inde, sans remplir pour autant les caisses de l’Etat tchadien ou nigérien.

«Don de dieu»

Cependant, «le bilan est globalement positif», juge le chercheur indépendant Jérôme Tubiana. «Certains individus ont fait fortune et réinvestissent leur argent dans le pays : il y a un effet d’entraînement économique. Surtout, l’orpaillage détourne les habitants d’autres activités potentiellement déstabilisatrices pour les gouvernements.»Dans le désert, la jeunesse désœuvrée a en effet une fâcheuse tendance à s’orienter vers la contrebande, le trafic de migrants, la rébellion armée, voire le jihad… «L’or est un don de Dieu pour les Etats, affirme Emmanuel Grégoire, directeur de recherche émérite à l’Institut de recherche et de développement (IRD). L’orpaillage occupe la population et crée des emplois indirects. Pour approvisionner les villes-champignons nées de la ruée, il faut du transport, du commerce, etc. Au Sahara, les mines sont devenues une soupape.»

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Article19.ma

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